‹ Le diable amoureux (volume 2)Chapitre 8 sur 14 · L'ASSASSINAT · texte numérisé non relu

L'ASSASSINAT

Le Diable atmourenx )

iondetta étoit entrée avec moi dans la voiture; elle étoit sur le devant. Quand .nous fûmes sortis de la ville, elle ôta le chapeau qui la tenoit à l'ombre. Ses cheveux étoient renfermés dans un filet cramoisi; on n'en voyoit que la pointe : c'étoient des perles dans du corail. Son visage, dépouillé de tout autre ornement, brilloit de ses seules perfections. On croyoit voir un transparent sur son teint; on ne pouvoit concevoir comment la douceur, la candeur, la naïveté, pouvoient s'allier au caractère de finesse qui brilloit dans ses regards. Je me surpris faisant malgré moi ces remarques, et, les jugeant dangereuses pour mon repos, je fermai les yeux pour essayer de dormir.

Ma tentative ne fut pas vaine : le sommeil s'empara de mes sens, et m'offrit les rêves les plus agréables, les plus propres à délasser mon âme des idées effrayantes et bizarres dont elle avoit été fatiguée. Il fut d'ailleurs très long, et ma mère, par Le Diable amoureux. 5

la suite, réfléchissant un jour sur mes aventures, prétendit que cet assoupissement n'avoit pas été naturel. Enfin, quand je m'éveillai, j'étois sur les bords du canal sur lequel on s'embarque pour aller à Venise.

La nuit étoit avancée; je me sens tirer par la manche : c'étoit un 'portefaix; il vouloit se charger de mes ballots. Je n'avois pas même un bonnet de nuit.

Biondetta se présenta à une autre portière pour me dire que le bâtiment qui devoit me conduire étoit prêt. Je descends machinalement , j'entre dans la felouque, et retombe dans ma léthargie. Que dirai-je? Le lendemain matin, je me trouvai logé sur la place Saint-Marc, dans le plus bel appartement de la meilleure auberge de Venise. Je le connoissois, je le reconnus sur-le-champ. Je vois du linge, une robe de chambre assez riche auprès de mon lit. Je soupçonnai que ce pouvoit être une attention de l'hôte chez qui j'étois arrivé dénué de tout.

Je me lève et regarde si je suis le seul objet vivant qui soit dans la chambre; je cherchois Biondetta.

Honteux de ce premier mouvement, je rendis grâces à ma bonne fortune. « Cet esprit et moi ne

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sommes donc pas inséparables: j'en suis délivré ;

et, aprei mon imprudence, si )<• ne p< rdi <|ue ma

compagnie aux gardes, je dois m'estimer très heureux.

« Courage, Alvare, continuai-je ; il y a d'autres cours, d'autres souverains que celui de Naples. Ceci doit te corriger si tu n'es pas incorrigible, et tu te conduiras mieux. Si l'on refuse tes services, une mère tendre, l'Estramadure et un patrimoine honnête te tendent les bras.

« Mais que te vouloit ce lutin qui ne t'a pas quitté depuis vingt-quatre heures? Il avoit pris une figure bien séduisante ! Il m'a donné de l'argent, je veux le lui rendre. »

Comme je parlois encore, je vois arriver mon créancier; il m'amenoit deux domestiques et deux gondoliers. « Il faut, dit-il , que vous soyez servi en attendant l'arrivée de Carie. On m'a répondu, dans l'auberge, de l'intelligence et de la fidélité de ces gens-ci, et voici les plus hardis patrons de la république.

— Je suis content de votre choix, Biondetto, lui dis-je. Vous êtes logé ici?

— J'ai pris, me répond le page les yeux baissés, dans l'appartement même de Votre Excellence, la pièce la plus éloignée de celle que vous occupez,

pour vous causer le moins d'embarras qu'il sera possible. »

Je trouvai du ménagement, de la délicatesse, dans cette attention à mettre de l'espace entre elle et moi. Je lui en sus gré.

« Au pis aller, disois-je, je ne saurois la chasser du vague de l'air, s'il lui plaît de s'y tenir invisible pour m'obséder. Quand elle sera dans une chambre connue, je pourrai calculer ma distance. » Content de mes raisons, je donnai légèrement mon approbation à tout.

Je voulois sortir pour aller chez le correspondant de ma mère. Biondetta donna ses ordres pour ma toilette; et, quand elle fut achevée, je me rendis où j'avois besoin d'aller.

Le négociant me fit un accueil dont j'eus lieu d'être surpris. Il étoit à sa banque; de loin il me caresse de l'œil, vient à moi. « Don Alvare, me dit-il, je ne vous croyois pas ici. Vous arrivez très à propos pour m'empêcher de faire une bévue; j'allois vous envoyer deux lettres et de l'argent.

— Celui de mon quartier? répondis-je.

— Oui, répliqua-t-il, et quelque chose de plus. Voilà deux cents sequins en sus qui sont arrivés ce matin. Un vieux gentilhomme, à qui j'en ai donné le reçu, me les a remis de la part de dona Mencia.

N<^ ît-M'vant |i.is de vos nouvelles, elle vous a cru iiiilnlc < t a chargé un Espagnol de votre connoissance de me les remettre pour vous les faire passer.

— Vous a-t-il dit son nom?...

— Je l'ai écrit dans le reçu : c'est don Miguel Pimientos, qui dit avoir été écuyer dans votre maison. Ignorant votre arrivée ici, je ne lui ai pas demandé son adresse. »

Je pris l'argent, j'ouvris les lettres. Ma mère se plaignoit de sa santé, de ma négligence, et ne parloit pas des sequins qu'elle envoyoit. Je n'en fus que plus sensible à ses bontés.

Me voyant la bourse aussi à propos et aussi bien garnie, je revins gaiement à l'auberge; j'eus de la peine à trouver Biondetta dans l'espèce de logement où elle s'étoit réfugiée. Elle y entroit par un dégagement distant de ma porte; je m'y aventurai par hasard, et la vis courbée près d'une fenêtre, fort occupée à rassembler et recoller les débris d'un clavecin.

« J'ai de l'argent, lui dis-je, et vous rapporte celui que vous m'avez prêté. » Elle rougit, ce qui lui arrivoit toujours avant de parler; elle chercha mon obligation, me la remit, prit la somme, et se contenta de me dire que j'étois trop exact, et

qu'elle eût désiré jouir plus longtemps du plaisir de m'avoir obligé.

« Mais je vous dois encore, lui dis-je, car vous avez payé les postes. » Elle en avoit l'état sur la table : je l'acquittai. Je sortois avec un sang-froid apparent; elle me demanda mes ordres, je n'en eus pas à lui donner, et elle se remit tranquillement à son ouvrage. Elle me tournoit le dos; je l'observai quelque temps : elle sembloit très occupée, et apportoit à son travail autant d'adresse que d'activité.

Je revins rêver dans ma chambre. « Voilà, disois-je, le pair de ce Calderon qui allumoit la pipe à Soberano; et, quoiqu'il ait l'air très distingué, il n'est pas de meilleure maison. S'il ne se rend ni exigeant ni incommode, s'il n'a pas de prétentions, pourquoi ne le garderois-je pas? Il m'assure d'ailleurs que, pour le renvoyer, il ne faut qu'un acte de ma volonté. Pourquoi me presser de vouloir tout à l'heure ce que je puis vouloir à tous les instants du jour?» On interrompit mes réflexions en m'annonçant que j'étois servi.

Je me mis à table. Biondetta, en grande livrée, étoit derrière mon siège, attentive à prévenir mes besoins. Je n'avois pas besoin de me retourner pour la voir : trois glaces, disposées dans le salon,

répétoient tous ses mouvemens. Le dîner fini, on dessert : elle se retire.

L'aubergiste monte, la connoissanec n'étoit pas nouvelle. On étoit en carnaval, mon arrivée n'avoit rien qui dût le surprendre.il me félicita sur l'augmentation de mon train, qui supposoit un meilleur état dans ma fortune, et se rabattit sur les louanges de mon page, le jeune homme le plus beau, le plus affectionné, le plus intelligent, le plus doux qu'il eût encore vu. Il me demanda si je comptois prendre part aux plaisirs du carnaval : c'étoit mon intention. Je pris un déguisement et montai dans ma gondole.

Je courus la place, j'allai au spectacle, au Kidotto. Je jouai, je gagnai quarante sequins, et rentrai assez tard, ayant cherché de la dissipation partout où j'avois cru pouvoir en trouver.

Mon page, un flambeau à la main, me reçoit au bas de l'escalier, me livre aux soins d'un valet de chambre, et se retire après m'avoir demandé à quelle heure j'ordonnois que l'on entrât chez moi. « A l'heure ordinaire », répondis-je sans savoir ce que je disois, sans penser que personne n'étoit au fait de ma manière de vivre.

Je me réveillai tard le lendemain, et me levai promptement. Je jetai par hasard les yeux sur les

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lettres de ma mère demeurées sur la table. « Digne femme! m'écriai-je; que fais-je ici? Que ne vais-je me mettre à l'abri de vos sages conseils! J'irai, ah! j'irai; c'est le seul parti qui me reste. »

Comme je parlois haut, on s'aperçut que j'étois éveillé : on entra chez moi, et je revis l'écueil de ma raison. Il avoit l'air désintéressé, modeste, soumis, et ne m'en parut que plus dangereux. Il m'annonçoit un tailleur et des étoffes. Le marché fait, il disparut avec lui jusqu'à l'heure du repas.

Je mangeai peu et courus me précipiter à travers le tourbillon des amusemens de la ville. Je cherchai les masques, j'écoutai, je fis de froides plaisanteries, et terminai la scène par l'Opéra, surtout le jeu, jusqu'alors ma passion favorite. Je gagnai beaucoup plus à cette seconde séance qu'à la première.

Dix jours se passèrent dans la même situation de cœur et d'esprit, et à peu près dans des dissipations semblables. Je trouvai d'anciennes connoissances, j'en fis de nouvelles. On me présenta aux assemblées les plus distinguées; je fus admis aux parties des nobles dans leurs casins.

Tout alloit bien, si ma fortune au jeu ne s'étoit pas démentie; mais je perdis au Kidotto, en une soirée, treize cents sequins que j'avois amassés.

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On n'a jamais joué d'un plus grand malheur. A trois heures du matin, je me retirai, mis à sec, devant cent sequins à mes connoissances. Mon chagrin étoit écrit dans mes regards et sur tout mon extérieur; Biondetta me parut affectée, mais elle n'ouvrit pas la bouche.

Le lendemain, je me levai tard. Je me promenois à grands pas dans ma chambre en frappant des pieds. On me sert, je ne mange point. Le service enlevé, Biondetta reste, contre son ordinaire. Elle me fixe un instant, laisse échapper quelques larmes. « Vous avez perdu de l'argent, don Alvare, peutêtre plus que vous n'en pouvez payer...

— Et quand cela seroit, où trouverai-je le remède?...

— Vous m'offensez; mes services sont toujours a vous au même prix; mais ils ne s'étendroient pas loin s'ils n'alloient qu'à vous faire contracter avec moi de ces obligations que vous vous croiriez dans la nécessité de remplir sur-le-champ. Trouvez bon que je prenne un siège : je sens une émotion qui ne me permettroit pas de me soutenir debout. J'ai d'ailleurs des choses importantes à vous dire. Voulez-vous vous ruiner?... Pourquoi jouez-vous avec cette fureur, puisque vous ne savez pas jouer?...

— Tout le monde ne sait-il pas les jeux de ha-

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sard? Quelqu'un pourroit-il me les apprendre?

■ — Oui, prudence à part, on apprend les jeux de chance, que vous appelez mal à propos jeux de hasard. Il n'y a point de hasard dans le monde : tout y a été et sera toujours une suite de combinaisons nécessaires, que l'on ne peut entendre que par la science des nombres, dont les principes sont en même temps et si abstraits et si profonds qu'on ne peut les saisir si l'on n'est conduit par un maître; mais il faut avoir su se le donner et se l'attacher. Je ne puis vous peindre cette connoissance sublime que par une image. L'enchaînement des nombres fait la cadence de l'univers, règle ce qu'on appelle les événemens fortuits et prétendus déterminés, les forçant, par des balanciers invisibles, à tomber chacun à leur tour, depuis ce qui se passe d'important dans les sphères éloignées jusqu'aux misérables petites chances qui vous ont aujourd'hui dépouillé de votre argent. »

Cette tirade scientifique dans une bouche enfantine, cette proposition un peu brusque de me donner un maître, m'occasionnèrent un léger frisson, un peu de cette sueur froide qui m'avoit saisi sous la voûte de Portici. Je fixe Biondetta, qui baissoit la vue. « Je ne veux pas de maître, lui dis-je, je craindrois d'en trop apprendre; mais es-

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*ayez do me prouver qu'un gentilhomme peut savoir un pou plus que le jeu, et s'en servir sans compromettre son caractère. » Elle prit la thèse, et voici, en substance, l'abrégé de sa démonstration :

« La banque est combinée sur le pied d'un profit exorbitant, qui se renouvelle à chaque taille; si elle ne couroit pas de risques, la république feroit un vol manifeste aux particuliers; mais les calculs que nous pouvons faire sont supposés, et la banque a toujours beau jeu en tenant contre une personne instruite sur dix mille dupes. »

La conviction fut poussée plus loin. On m'enseigna une seule combinaison, très simple en apparence; je n'en devinai pas les principes, mais, dès le soir même, j'en connus l'infaillibilité par le succès.

En un mot, je regagnai, en la suivant, tout ce que j'avois perdu, payai mes dettes de jeu, et rendis, en rentrant, à Biondetta l'argent qu'elle m'avoit prêté pour tenter l'aventure.

J'étois en fonds, mais plus embarrassé que jamais. Mes défiances s'étoient renouvelées sur les desseins de l'être dangereux dont j'avois agréé les services. Je ne savois pas décidément si je pourrois l'éloigner de moi; en tout cas, je n*avois pas la force de le vouloir. Je détournois les yeux

pour ne pas le voir où il étoit, et le voyois partout où il n'étoit pas.

Le jeu cessoit de m'offrir une dissipation attachante. Le pharaon, que j'aimois passionnément, n'étant plus assaisonné par le risque, avoit perdu tout ce qu'il avoit de piquant pour moi. Les singeries du carnaval m'ennuyoient; les spectacles m'étoient insipides. Quand j'aurois eu le coeur assez libre pour désirer de former une liaison parmi les femmes du haut parage, j'étois rebuté d'avance par la langueur, le cérémonial et la contrainte de la cicisbéature. Il me restoit la ressource des casins des nobles, où je ne voulois plus jouer, et la société des courtisanes.

Parmi les femmes de cette dernière espèce, il y en avoit quelques-unes plus distinguées par l'élégance de leur faste et l'enjouement de leur société que par leurs agrémens personnels. Je trouvois dans leurs maisons une liberté réelle dont j'aimois à jouir, une gaieté bruyante qui pouvoit m'étourdir, si elle ne pouvoit me plaire; enfin un abus continuel de la raison qui me tiroit pour quelques momens des entraves de la mienne. Je faisois des galanteries à toutes les femmes de cette espèce chez lesquelles j'étois admis sans avoir de projets sur aucune; mais la plus célèbre d'entre elles avoit

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ili's dcueins s"i moi, qu'elle lit bientôt éclater.

On la nommoit Olympia. Elle avoit vingt-six ans, beaucoup de beauté, de talons et d'esprit. Elle me laissa bientôt m'apercevoii du goût qu'elle avoit pour moi, et, sans en avoir pour elle, je me jetai à sa tête pour me débarrasser en quelque sorte de moi-même.

Notre liaison commença brusquement, et, comme j'y trouvois peu de charmes, je jugeai qu'elle finiroit de même, et qu'Olympia, ennuyée de mes distractions auprès d'elle, chercheroit bientôt un amant qui lui rendît plus de justice, d'autant plus que nous nous étions pris sur le pied de la passion la plus désintéressée. Mais notre planète en décidoit autrement. Il falloit sans doute, pour le châtiment de cette femme superbe et emportée, et pour me jeter dans des embarras d'une autre espèce, qu'elle conçût un amour effréné pour moi.

Déjà je n'étois plus le maître de revenir le soir à mon auberge, et j'étois accablé, pendant la journée, de billets, de messages et de surveillans.

On se plaignoit de mes froideurs. Une jalousie qui n'avoit pas encore trouvé d'objet s'en prenoit à toutes les femmes qui pouvoient attirer mes regards, et auroit exigé de moi jusqu'à des incivilités, pour elles, si l'on eût pu entamer mon caractère. Je

me déplaisois dans ce tourment presque perpétuel, mais il falloit bien y vivre. Je cherchois de bonne foi à aimer Olympia, pour aimer quelque chose et me distraire du goût dangereux que je me connoissois. Cependant une scène plus vive se préparoit. J'étois sourdement observé dans mon auberge, par les ordres de la courtisane. « Depuis quand, me dit-elle un jour, avez-vous ce beau page qui vous intéresse tant, à qui vous témoignez tant d'égards, et que vous ne cessez de suivre des yeux quand son service l'appelle dans votre appartement ? Pourquoi iui faites-vous observer cette retraite austère ? Car on ne le voit jamais dans Venise.

— Mon page, répondis-je, est un jeune homme bien né, de l'éducation duquel je suis chargé par devoir. C'est...

— C'est, reprit-elle, les yeux enflammés de courroux, traître ! c'est une femme ! Un de mes affidés lui a vu faire sa toilette par le trou de la serrure...

— Je vous donne ma parole d'honneur que ce n'est pas une femme...

— N'ajoute pas le mensonge à la trahison. Cette femme pleuroit, on l'a vue; elle n'est pas heureuse. Tu ne sais que faire le tourment des cœurs qui se donnent à toi. Tu l'as abusée comme

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tu m'abuses, et tu l'abandonnes ! Renvoie à ses parens cette jeune personne, et, si tes prodigalités t'ont mis hors d'état de lui faire justice, qu'elle la tienne de moi. Tu lui dois un sort : je le lui ferai, mais je veux qu'elle disparoisse demain.

— Olympia, repris- je le plus froidement qu'il me fut possible, je vous ai juré, je vous le répète, et vous jure encore que ce n'est pas une femme; et plût au Ciel !...

— Que veulent dire ces mensonges, et ce plût au Ciel! monstre? Renvoie-la, te dis-je, ou... Mais j'ai d'autres ressources; je te démasquerai, et elle entendra raison, si tu n'es pas susceptible de l'entendre. )>

Excédé par ce torrent d'injures et de menaces, mais affectant de n'être point ému, je me retirai chez moi, quoiqu'il fût tard.

Mon arrivée parut surprendre mes domestiques, et surtout Biondetta; elle témoigna quelque inquiétude sur ma santé : je répondis qu'elle n'étoit point altérée. Je ne lui parlois presque jamais depuis ma liaison avec Olympia, et il n'y avoit eu aucun changement dans sa conduite à mon égard ; mais on en remarquoit dans ses traits : il y avoit sur le ton général de sa physionomie une teinte d'abattement et de mélancolie.

Le lendemain, à peine étois-je éveillé que Biondetta entre dans ma chambre, une lettre ouverte à la main. Elle me la remet, et je lis :

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