ie de saint Philibert
LB DXABLS A B.SZKS
Éclairée de bonne heure par la divine lumière de l'Evangile, la Champagne qui avait vu le baptême des Francs et dont le sol avait été si souvent arrosé par le sang des martyrs, ne devait pas être à Fabri des attaques du plus formidable ennemi du christianisme. Aussi les chroniqueurs le citent-ils cherchant à séduire de temps en temps les âmes candides de nos fervents aïeux.
Frodoard, qui écrivait V Histoire de V Église de Reims vers le milieu du x© siècle, raconte qu'il se permit un jour d'incendier la ville où résidait saint Remî. a Mais le vénérable pontife se prosternant aussitôt dans l'église du bienheureux martyr saint Nicaise, implora le secours de Notre-Seigneur, et, se dirigeant d'un pas rapide vers les flammes, leur ordonna de s'arrêter. Tout à coup l'incendie se mit à fuir, et, poussé par le saint prélat, sortit de la ville par une porte qui se trouvait alors (mverte. Pour conserver le souvenir de cette victoire si miraculeuse remportée sur Satan, saint Rémi fit fermer la porte avec défense de ne jamais l'ouvrir. Quelque temps
après, un habitant nommé Fercinet qui demeurait près de cette porte, fit une ouverture à la maçonnerie pour y jeter les immondices de son logis. Mais son audace fut bientôt cruellement punie, car la main dé Dieu s'appesantit sur lui d'une manière si terrible que tout périt dans sa maison*. »
Sous l'abbatiat de Bérenger, un moine nommé Hugues, natif de Brienne, voulant vivre à sa guise, s'eiifuit du monastère fondé par saint Berchaire dans la vaste forêt du Der. Elevé par le savant Adson qui s'était formé une bibliothèque composée des chefsd'œuvre de l'antiquité, ce moine avait de bonne heure cultivé les belles'-lettres et appris surtout les procédés de la peinture et de \h sculpture. Doué d'un gracieux extérienr, Hugues se rendit à Châlens pour
1. Histoire de l'Église de Bheims, par Frodoard, chap. xiu Collection des Mémoires relatifs à Thistoire de France, par M. GuizoT.
y trouver quelque moyen d'existence. L'évêque Gibuin faisait alors réparer son église qui menaçait ruine et appelait à lui bon nombre d'ouvriers. Hugues se présente donc à révêque et donne tant de preuves de son habileté que le prélat le charge de renouveler les peintures de sa cathédrale que le temps avait effacées. Comblé de soins et jouissant d'une complète liberté, notre artiste finit par oublier son monastère et par s'éloigner de la bonne voie.
Peu de temps après, l'évêque Gibuin fut appelé par l'abbé Bérenger pour consacrer l'église de Montier-en-Der dont la construction venait d'être terminée, et partit avec Hugues, auquel il témoignait la plus vive sympathie. Mais dans l'enceinte du couvent notre moine défroqué retrouva ses frères et voulut faire quelque ouvrage pour la décoration de l'église qu'il avait abandonnée.
L'évêque Gibuin, qui avait révélé l'excellence de V ses études à l'abbé de Montier-en-Der, obtint pour
son protégé la faveur de ne point vivre selon la règle ^^ de la maison. Il fut donc installé par les moines dans une. hôtellerie écartée, où toutes les choses même superflues lui furent fournies, et se mit à composer une belle image de la croix du Seigneur. Mais le Sauveur de ce monde ne permit point qu'un homme qu'il avait attendu si longtemps dessinât l'image de sa figure.
Hugues, en effet, s'était à peine mis à l'œuvre qu'il
tomba malade et souffrit des douleurs si aiguës qu'il appela les religieux et les pria de le revêtir de son habit monacal, avouant en toute humilité qu'il avait vécu « comme un loup sous une peau de brebis. » Touchés de son repentir et surtout émus par ses cris douloureux, les frères qui remplissaient Tappartement où il gisait, se hâtèrent de lui accorder ce qu'il demandait.
Mais l'ennemi du genre humain, voyant cet artiste revêtu de l'habit qu'il avait autrefois méprisé, se plaignit amèrement de ce que les moines avaient r^çu parmi eux un homme si mauvais, et, trop faible pour résister aux prières de tant de religieux, appela à lui une de ses formidables légions. Deux diables, plus hardis que les autres, allaient s'emparer de l'âme du pauvre artiste, lorsqu'une dispute survint tout à coup. L'un d'eux prétend qu'il ne peut avancer, parce que le bienheureux Berchaire protège le moine, tandis que l'autre n'ose le saisir parce qu'il est fortifié par la vertu du saint viatique. Le malade, effrayé cependant à la vue de ces deux diables, poussait de grands cris, lorsque soudain la Reine des anges apparut toute resplendissante et le délivra des terribles assauts des satellites du démon.
Hugues recouvra même la santé et passa le reste de ses jours dans le monastère, mais s'il n'eut pas la gloire d'achever la sainte image qu'il avait à peine J ébauchée, comme le disent les chroniques, le diable '
sauva son nom de Toubli, car ce n-est qu'à son apparition que nous devons ces détails sur le premier artiste connu de la Champagne i.
Sur le territoire de Voisines, à quelque distance de l'ancienne cité des Lingons, s'étend le beau vallon de Bersey, jadis habité par de nobles personnages dont les somptueuses demeures ont été détruites par les Barbares. D'immenses débris en jonchaient encore le sol au commencement du xiiie siècle, mais un bon chrétien n'osait à cette époque en approcher, parce que dejpuis longtemps le bruit s'était répandu que le Prince des ténèbres y avait fixé sa résidence. Le vallon restait donc désert, et ses riches débris inspiraient tant d'effroi que personne n'était assez téméraire pour se permettre de les fouiller.
*'Acia 5S. Ordinis BenedicH, vol. 2, p. 8?^, 856. Les Mdneê du Jkr, par l'abbé Bouillbvaux, p. IM.
Guillaume de Langre», que la soif de Tor tourmentait, résolut cependant un beau matin de pénétrer dans le vallon maudit et d'en remuer h ml. Armé d'un instrument tranchant, il soulève quelques pierres et découvre une immense dalle qui servait sans doute à fermer quelque caveau. Excité par la passion qui le dévore, il frappe à coups tellemefit redoublés, que la dalle cède et que devant lui s'ouvre tout béant un immense caveau d'où s'échappe une odeur si infecte qu'il recule de frayeur. « C'eat bien là la demeure de Satan, » se dit-il, et d'a^ freuses images passent devant ses yeux. Il croit voir le diable s'emparer de son âme et se rire de sa folie; il veut se retirer et, content de son modeste patrimoine, étouffer les mauvaises pensées qui surgis^ sent dans son cœur.
Mais un pâle rayon de soleil, perçant les nuages épais qui voilaient le ciel et pénétrant dans le caveau, fait scintiller sa lumière sur des monceaux d'or. A cette vue, Guillaume n'hésite plus ; l'or qu'il convoite de toutes les forces de son âme le plonge dans un tel aveuglement qu'il jure de vendre ce qu'il a de plus cher pour la possession de ce métal. S'élançant donc dans le sombre caveau, il approche des monceaux d'or et va les saisir, lorsque tout à coup Satan lui apparaît sous un aspect hideux et s'assied sur l'or comme sur son trône. Le mécréant stupéfait chancelle et sent courir sur s(»n front une sueur de mort,
Mais Satan le rassure : « Tu peux choisir dans ces monceaux et sortir de mon domaine, lui dit-il, mais souviens - toi que dans huit jours tu m'appartiendras. »
Guillaume, que la soif des richesses ranime, saisit un plat d'or et regagne son logis à pas précipités, comme un criminel qui craint les regards des hommes et qui fuit la lumière. Le voilà donc dans sa maison bien close, contemplant cet or qu'il a reçu de Satan, formant mille projets et rêvant de belles entreprises; Mais bientôt les remords pénètrent dans son cœur. Le malheureux se rappelle qu'il a vendu son âme et qu'il est perdu sans ressource. Plein de terreur, redoutant son cruel ennemi, il veut encore toucher son ti'ésor, mais le plat lui semble tellement brûlant qu'il n'ose y porter la main et se met à pousser d'affreux gémissements. Des voisins accourent, lui demandent la cause de sa douleur^ mais dans son délire il murmure des paroles si étranges qu'il jette l'effroi parmi ceux qui l'entourent.
Quelques jours après, la maison du maudit parut tout embrasée. Guillaume ayant disparu depuis ce prodige, tous les habitants de Langres crurent que Satan s'était emparé de sa proie. Le plat d'or, laissé probablement en échange de l'âme du pauvre Langrois, fut recueilli par quelques voisins qui se hâtèrent de le déposer dans le trésor de la cathédrale pou apprendre aux fidèles qu'il n'est pas toujours bon de
convoiter les richesses i. Mais hélas! la passion de For devait encore séduire bien des gens, comme le prouve l'exemple suivant.
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Vers le même temps, vivait à Langres un auti*e homme nommé Chirapa, célèbre par son opulence et surtout par sa prodigalité. Ce personnage dépensa tant une année qu'à la fin ses créanciers s'assemblèrent pour le dépouiller. Que faire dans une si déplorable situation? Tout autre que notre I^angrois se serait enfui de la ville et se serait retiré dans une contrée lointaine. Mais Chirapa, sans s'émouvoir, s'empresse d'appeler le diable et de lui vendre son âme pour des monceaux de ce métal si recherché par l'espèce humaine.
Ses créanciers, ébahis à la vue de ses nouvelles richesses, lui font mille excuses d'avoir téméraire-
1 Annuaire ecclésiastique et historiçiuc du diocèse de Langres. Langres, 1838, p. 544.
ment troublé son repos, tandis que Chirapa se moque de leurs fausses alarmes et leur annonce qu'il tiendra tous les jours table ouverte chez lui sans craindre une diminution bien sensible dans ses coffres.
Le bruit se répand bientôt dans la ville que Chirapa possède d'immenses trésors et que sa déconfiture n'était qu'un mensonge forgé par la jalousie. De nombreux amis accourent dans son logis et consument joyeusement le temps à savourer des mets délicieux.
Un jour, cependant, le vin vint à manquer dans un de ces splendides festins auxquels assistait un religieux. Chirapa descend promptement dans sa cave, mais à peine a-t-il franchi la dernière marche qu'il voit le diable à califourchon sur un tonneau.
— Eh bien'.^es-tu'prêt, Chirapa ? s'éérie le Prince des ténèbres.
— Déjà ! balbutie]|Chîrapa, par pitié, permets-moi d'achever ce festin.
Le diable, qui croyait posséder cette pauvre âme, se laisse toucher par la supplique de Chirapa. Notre homme remplit donc son vase et s'en revient tout penaud dans la salle où s'ébattaient ses joyeux convives.
Mais la pâleur qui s'est répandue sur son visage n'échappe point au regard du religieux. Chirapa dépose son vase sur la table et raconte sa terrible
vision. Le bon moine rassure le malheureux et se charge d'aller lui-même solliciter messire Satanas.
— Que veux-tu ? lui dit le diable, dès qu'il aperçoit le religieux.
— Te remercier d'abord et te faire une requête.
— Laquelle ?
— Accorde seulement huit jours de répit à Çhir«pa.
— Huit jours ! le mécréant ne m'a-t-il pas donné sa parole ?
— • Un jour.
— Pas une heure.
•r- Le temps au moins de brûler la diandelle qu« je porte.
Le diable cède et veut bien attendre quelques minutes. Mais le retigieiEx s'empresse de souffler la dbt£uidelle et la consacre aussitôt à Dieu. Furieux, te diable se récrie^ mais, honteux de sa dé&ite, ^ s'enfuît dans les abîmes, et depuis cette étrange vision n'osa plus reparaître.
La chandelle fut déposée dans le trésor de la cdithédrale de Langres, où les voyageui^ peuvent encore la voir. Il paraît même qu'elle obtînt l'honneur d'être fkée par beaucoup d'éeiivalns, car M. OamaAdety à Tobligeanoe duquel nou$ devons tous ces détail^ fL lu un poème de 545 vers consacné à cette légende et que conserve précieusement la bibliothèque impéri^Ue^
ZiS DZASLS A CZiAZB.TA7Z
Parmi les abbayes qui s'élevèrent sur le sol champenois, l'historien aime surtout à citer celle de Clairvaux. Fondée par saint Bernard, dont les austérités et les miracles frappèrent d'admiration l'Europe occidentale, elle devait exciter la haine de Satan, auquel le saint homme dérobait beaucoup de victimes. Aussi, s'il faut en croire Césaire dans ses Dialogues des Miracles, le Prince des ténèbres dirigea-t-il toutes ses batteries contre les pauvres moines, ayant complètement échoué dans ses tentatives contre le saint abbé, comme le constate le chroniqueur que je viens de citer.
« Un jour, raconte-t-il, saint Bernard s'était fait donner de la graisse pour en enduire ses chaussures près du feu, dans le chauffoir, comme le plus humble de ses frères. Le démon, choqué de cette abnégation, entre dans le chauffoir sous le vêtement d'un hôte et demande où est l'abbé du monastère. A ces mots, saint Bernard lève les yeux et regarde celui qui l'appelle.
— Quel abbé î s'écrie Satan. Ne vaudrait-il pas mieux accourir au-devant de ses hôtes que de faire
rougir ses moines en se livrant devant eux à des occupations si malséantes ?
Le vénérable abbé, reconnaissant aussitôt son interlocuteur, continua de graisser ses chaussures sans dire mot, de sorte que le diable disparut, tout confus de son échec. ' »
Mais, comme je Fai dit, s'il échoua devant saint Bernard, le rusé prit bien des fois sa revanche dans le monastère.
« Un jour un pauvre moine verse tant de larmes qu'il arrose la terre de ses pleurs et finit par se croire un saint. Le diable qui avait découvert sa pensée lui apparaît, revêtu d'habits noirs et le rappelle à l'humilité.
« Aux offices, de jeunes frères veulent donner libre essor à leur voix plus ou moins harmonieuse et lancer des notes avec une certaine cadence. Le diable ouvre un sac et y jette à pleines mains les sons de ces moines vaniteux. Malheur à ceux qui, pendant les matines, se laissent aller au sommeil ! Le diable leur présente des mets si délicieux que ces pauvres moines dans leurs rêves vont jusqu'à ronger les stalles qu'ils occupent et qu'ils prennent pour des carpes et des brochets. »
Césaire prétend même que Satan se permit un jour de leur offrir de la fiente de cheval et de se trans-
1. Études sur l'éuu intérieur des abbayes dslerdennes, par d'Arbois de Jubainvillis, in-8o 1858, p. 49.
former en queue de veau et en puce pour les distraire dans leur psalmodie. Mais, sans cesse repoussé par Tombre de saint Bernard, le Prince des ténèbres iinit par cesser ses persécutions, car, dès le xiv^ siècle, on assure qu'un jour il se revêtit des habits d'un Bernardin pour assister gravement à vêpres. Pourquoi n'a-t-il point persévéré ?
ZiSS DXASZia A T3V07S8
S'il faut en croire Robert d'Auxerre,qm a constaté daJ^s BQ. <}hranique le terrible incendie de 11S8 qui dévora tant d'édi^ces à Troyep, le diftble aurait apparu dans une métairie située sur le territoire de «ette ville peu de temps avant le désasti^. Mais il paraît
que cette fois, dérogeant à ses vieilles habitudes, il se montra doux et affable, exécutant avec célérité tout ce qui lui était ordonné et se transformant en véritable valet de chambre. Sénèque a dit quelque part que les bienfaits en&ntent les ingrats. Le diable dut reconnaître toute la justesse de la remarque du philosophe romain, car les bonnes gens, pour le récompenser de ses services, firent venir un prêtre en le conjurant de chasser de leur logis un tel serviteur. Le prêtre demande d'abord un vase d'eau, mais le diable, qui se doute de la cérémonie, le renverse et s'écrie qu'il recommencera toutes les fois qu'on voudra l'exorciser avec de l'eau bénite. Fatigué cependant de lutter contre des gens auxquels il ne voulait que du bien, l'espiit malin se retira et ne reparut plus, comme l'aflirme Robert d'Auxerre. Et, en effet, devait- il obliger plus longtemps des personnes qui le chassaient de leur maison ? ^
i. Chronologiaseriem lemporum et hisloriam rerum in orbe geslarum con'inens in lucem édita operà et studio N. Camuz.ei. Trecis, 1608.
De tous les procès que suscita rambition de Phllippe-le-Bel, le plus scandaleux, après celui des Templiers^ fut «peut-être celui qu'eut à subir l'évêque de Troyes, Jean Ouichard, « accusé d'avoir par e>i§ri« et ma^é^ procuré la mort de l'épouse du roi. Cette mtiuvàise femme, qui avait recommandé regorgement des Flamandes, parce qu'elle avait vu d'un œil jaloux leurs parures élégantes à Bruges, serait aussi celle qui, selon une tradition plus célèbre que sûre, se faisait amener la nuit des étudiants à la tour de Nesle pour les faire jeter dans les ondes. Reine dé son chef pour la Navarre et comtesse de Champagne, elle en voulait à l'évêque qui pour finance avait sauvé, dit-on, un homme qu'elle détestait. Non con-tente de l'avoir fait chasser du conseil du roi, elle le força de résider dans son diocèse et jura qu'elle perdrait son comté de Cbsonpagne ou lui son évêcbé*. » Elle aurait peut-être triomphé^ èï la mort ne l'eût surprise encore jeiine. Mais l'évêque Guichard devait
i. HiiUHre de France, par Michc&et, t. m, p. âlS.
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trouver d'autres persécuteurs, car Philippe-le^Bel, époux de Jeanne» n'était pas homnae à éviter le scandale pour remplir ses coffres ou pour satisfeire sa vengeance.
En efiét, le pauvre <jaichard qui avait été depuis longtemps poursuivi par cet infâme florentin Noffé^ Dey^ le vil dénonciateur des Templiers^ et contre lequel s'étaient élevés de bien faibles témoignages^ apprit tout-&-coup que le monarque avsût obtenu du pape une bulle d'après laquelle l'arcbevêque de Sens et les évêques d'Orléans et d'Auxerre étaieint chaînés de le Juger. Saisi et jeté cette fois dans une prison, il est aecasé d'avoir empoisonné la reine Jeanne et d'avoir tenté de faire périr Charles, comte d'Anjou et le Jeune roi de. Navarre. Dans l'acte rédigé prc^r biement par un des légistes dont le roi s'entourait depuis le oomm^icement de son règne, il est dé* daré que Ouickard est sorcier, qu'il détestait Hanche et Jeanne, parce qu'elles l'avaient fait chasser du conseil, qu'il s'est vanté de les ÊEdre mourir, que s'é<tast même id)Ouché avec une^ sorcière, il .lui a demandé le moyen de se faire aimer de leanne^ qu'à arecherché un mauvais moine nommé Jecm de Fay<ite^ qUUI a appdé le disible et que oelùi-^i lui a révéié une exœlleiite recette pour se débarrasser de ses ennemis. Il est même ajouté, qu'à l'instigation dti démon, Guichard a fait une reine de cire, l'a bapti*sée du nom de JeanHe^ et que la reine est o^rte
aussitôt que la cire a été fondue, comme le diable l'avait déclaié danâ l'ermitage de Saint-Flavit, où révèque se rendait souvent avec le jacobin. Enfin l'acte se termine par une accusation plus grave encore. Il paraît que le malheureux Guichard, voulant £8Ûre périr Charles d'Anjou et le jeune roi de Navarre, aurait composé un violent poison devant l'ermite de Saint-Flavit et que les effets en parurent si tembles que le religieux s'enfuit à Sens tout effirayé pour dénoncer les sinistres projets de i'évèque aux ofOciers du roi. •
Guichard comparut donc devant les commissaires nommés par le pape et vit s'avancer plusieurs témoins qui déposèrent contre luL Le premier fut l'ermite de Saint-Flavit, qui avoua connaître la sorcière, et déclara que Guichard, non content d'avoir fait fondre une image de cire, composa dans son ermi-' tage un poison qu'il devait adroitement glisser dans le breuvage de Charles d'Anjou et du roi de Navarre lorsque ceux-ci se rendraient en Champagne. Le second fut la sorcière dle-mème, qui ïwfétendit que Guichard lui avait deomndé le moyen de se iaire aimer de la reine Jeanne, et qu'elle lui avait répondu que le diable seul possédait cette recette. Sur quoi^ ajoutart^lle^ revécue ayant osé lire le grimoire, le diable apparut aussitôt et se mita converser familièrement avec le «moine*
Ces témoignages furent confirmés par d'autres
témoins et surtout par le huitième, qui se plaignit des tortures que lui fit subir Guillaume de Rangers, bailli de Sens, pour lui arracher des aveux. Mais, frappé tout à coup de maladie, l'archevêque abandonne cette affaire et laisse les deux évêques d'Orléans et d'Auxerre continuer l'énquêb. Noffé-Dey recrute cependant encore d'autres témoins et s'acharne d'unie manière étrange contre la victime de ses fausses accusations. Le premier témoin, cette fois, ose déclarer que l'évêque de Troyes est le fils d'un diable qu'il désigne sous le nom de Petum.Le deuxième l'accuse d'avoir tué le prieur de Saint-Ayoul, de Provins, pour le remplacer dans sa charge. D'autres ajoutent qu'il a machiné la mort de la reine Blanche et de sa fille Jeanne, contre lesquelles il avait conçu une haine si profonde qu'on l'entendit un jour dire qu'il aimerait mieux se faire juif que de renoncer à ses projets de vengeance contre elles.
Interrogé sur ces faits, Guichard nie d'abord toutes les dépositions. Et en effet, s'il était sorcier, pourquoi aurait-il appelé à son secours une pauvre sorcière, et s'il était fils du diable, pourquoi aurait-il mérité d'être choisi pour évêque de la capitale de la Champagne ? Forcé cependant de répondre^ il avoue qu'il a donné l'absolution à un hérétique et fait fabriquer de la fausse monnaie*.
1. Mémoires de V Académie des Inscriptions. Nouvelle série, l. vi, p. 603-619. Mémoire rédigé par BoJï»sti»'AN(it.As.
Mais à cette époque combien d*héfétiqaes ne comptait-on pas et combien de monarques se' permettaient d'alÊérer les monnaies et même d'en abaisser ]a valeur ! Il faut croire que les accusations dirigées contre Tévèque de Troyes parurent bien faibles, car Fabbé Fleury nous apprend que ce prélat fut relâclié longtemps après et que son innocence fut reconnue par Tinfôme Noffé-Dey lui-même*.
Le clerc de Troyes, qui écrivait ea 1350 son poème du Renard contrefait j vante les qualités 4e Guichard, qu'il fait naître à Pontigny. Ce Guichard successivement moine, prieur de Saint -Ayoul de Provins et îibbé de Môntier4a-Celle, se distingua tellement par «es beHés quafités que le chapitre de Troyes le choisit pour son évêque. Mais, ajoute le clerc qui pourtant flagella trop vivement peut-être les moines et les prêtres, il advint que
Sas )i mirent moiu d'acboisons, Martres, bougrerlcs et poisons.
Dont en la fin fu trouvez purs s.
Hâtons -nous de conclure que Guichard ne fut poursuivi que parce qu*il se montra le défenseur de la pfepauté ou peut-être dea Templiers, dont PhiJi)[>|>e-