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grande personnages tels que Sylvestre H et Albertle-Grand se soient permis d'invoquer le Prince de^ ténèbres pour lui arracher des secrets qui feraient sourire de pitié les moindres savants du xixe siècle ? J*aime même à croire que la Champagne n*a jamais vu sa face hideuse, parce que ses apparitions n'ont été que bien vaguement constatées et que, pur esprit, il ne peut prendre de fbrrne matérielle que par une permission spéciale de Dieu, que le rusé se garderait bien de demander pour les raisons qtie je vais exposer.
XIU
' Beaucoup de^ gens s'imaginent que le diable a cessé de paraître, parce qu'il n'existe pas ou parce quHl ne |)eiit pren<ire de forme mat^ielle: Mais nous avons àéclaré\ qu'il existe et' qu'il a paru plus d'une fois, puiisqu'il suffît de lire l'Ëiiritiù-e Mainte pour s'en convainere^'à moins qu'où ne veuille mer toute révélation et rejeter les croyances de la plus haute antiquité qui reconnaisiaitTnéiûe l'existence des mauvais esprits.
Satan est rusé, avons*nous dit quelque part, et le drôle Ta prouvé dès le commencement du monde, lorsqu'il fit tomber dans ses pièges nos premiers parents. Croyez-vous, chers lecteurs, qu'il lui soit bien avantageux de paraître au milieu du xixe siècle, lorsque de tous côtés FEglise de Dieu est ébranlée jusque dans ses fondements et que ses dogmes sont niés avec un cynisme dont auraient rougi nos bons aïeux? Hélas! ne sait-il pas que de fréquentes apparitions ramèneraient les hommes à Dieu, en leur prouvant qu'au-delà de la tombe il y a des abknes où vont s'engouffrer les méchants, pour y subir sans aucun doute de terribles châtiments ? Le diable aime mieux laisser la besogne à ceux qui se sont faits ses agents et rester invisible en voyant chaque jour s'étendre ses vastes domaines. Et certes il faut avouer que ses^ employés remplissent leur onction avec un zèle dont Satan lui-même ne les aurait jamais crus capables. Voyez-les à l'œuvre : quelle force, quelle persévérance ils déploient pour feire triompher le wice et se rire même des stienaees de l'Éternel î
Impuissants dans leur haine farouche eoatre le «uce^sseur de saint Pieitre> ce vénérable pontife qui, faible ^ persécuté, défend encore les opprimés et «ecourt les malheureux^ ik se sont déchaînée contre le Christ lui^mèBie et lui ont audaeîeusement àeraaMé s'ilétmt Dieu. Qui l'aurait eru? Leurs libeltesinfiàmes se sont répandus dans les villes et dans les eampa-
gnes et ont causé tant de ravages que partout se manifeste non plus cette indifférence léthargique naguère déplorée par Tabbé de Lamennais, mais ce sarcasme précurseur de Teffroyable tempête révolutionnaire qui engloutit le trône et l'autel. Croit-on que Satan serait assez téméraire pour paraître -daHS de telles circonstances et pour jeter par sa présence quelque salutaire frayeur dans ces millions d'àmes égarées ? Tout au contraire, il les pwvertit au nom de cette liberté qui souvent n'est plus que la licence la plus elTrénée et les plonge quelquefois dans une affreuse misère.
Voyez les campagnes où les rayons du soleil fécondent la terre, où Tair est si pur, où la puissance de Dieu étincelle à chaque pas. Pourquoi se dépeuplent-elles chaque jour d'une population qui vient s'abriter dans les sombres carrefours de nos villes ? Parce qu'ayant abdiqué sa noble destinée, l'homme semble fuir l'aspect du ciel, sa véritable patrie^ et chercher des jouissances matérielles, avant que le fossoyeur ait anéanti son' existence e» le couvrant de quelques mesures de terre. Mais comme ces inlbrtunéâ sotiifrent et se lamentent dans leurs humides e^ étroites demeures ! Ils avaient rêvé repês et plaisirs, et pour gagner quelques morceaux de pain, à quels travaux vraiment pénibles ne sont-ils point condamnés ? C'était bien la peine de déserter les champs pour venir souvent traîner dans nos rues un corps
tout décrépit, tout usé par la souffrance, et qui tomberait d*inamtion, si la charité chrétienne n'ojiyrait point ^ar pitié ses hôpitaux à tous les pauvres!
Il est bien vrai que, plus heureux, quelques-uns finissent par conq^iérir la fortune et par obtenir, certain crédita Mais combien de maisons ne s'élèventelles point par la fraude ! Il faut lire les journaux financiers pour connaître la perversité de certains spéculateura qui, diaque jour semant autour d'eux d'innombrables ruines, obtiennent quelquefois la majesté et l'inviolabilité d'une fortune princière. Les malheut-eux devraient pourtant se rappeler que la •mort feuthe les millionnaires comme de simples mortels et les jette tout palpitants devant le trône de l'Eternel ! Mais^ eaivrés paj* la prospérité, ils ne connaipsent ici-'bas de Providence que les oscillations de la Bourse et les mille pièges qu'ils tendent aux faibles pour exploiter leur crédulité. Des peines et des récompenses futures ils n'admettent que les jouissances matérielles que leur procure cet or qu'ils ' gagnent par la fraude ou par l'impudence, et telle - est la dégradation de leurs mœurs que 1^ séduction d'une jeiane tille passe à leurs yeux pour un expient dont ils osent faire parade. Que cette infortunée bien vite délaissée s'asphyxie pour échapper à la honte ou se vautre dans ^ la fange pour s'étourdir, peu leur imfpoTjte 1 Ces vils prêtées de l'égoïamie n'en continuent pas moins de levef fièrement la tête, déployant
partout leur ruse infernale pour déjouer les poursuites de la justice humaine et pour afficher les grands airs du galant homme.
Mais cependant de quels coups terribles ne sonthil» point frappés par le Dieu qu'ils ont renié et qui veut encore lès combler des don» de sa miséricorde ! Ces. hommes pervers trouvent souvent pour compagnes des jeunes filles chrétiennes dont les vertus devraient les ramener au bien. Mais lorsque le cœur est desséché ou qu'à la voix de la conscience ont succédé les rugissements des passious, le mariage n'est guère qu'une simple spéculation, qu'une affaire de bourse. * Aussi de quelles révélations honteuses ne retentissent point chaque année les tribunaux? Que de femmes indignement trompées ne vont point se réftigier dans leurs familles pour échapper aux mille tortures de certains hommes dépravés ! Quant aux enfants, qui leur apprend de nos jours à prier, à respecter même leurs semblables ? Prier, mais à quoi sert la prière, crie-t-on de toutes parts ? Est-ce que Dieu n'est point trop grand pour s'abaisser jusqu'à nous? Est-ce que, s'il daigne jeter un regard sur sa faible créature, il ne sait pas mieux qu'elle ce dont elle a besoin ? Nos semblables ! Est-ce que la fortune seule n'élève point les hommes et ne les partage pas en classes totalement distincies ? Aussi demandes à ceux qui sont chargés -d'instruire et de former la jeunesse quels obstacles ils rencontrent dans l'exercice de leur
pénible fonction. Autrefois pieuse et modeste, la jeunesse travaillait avec ardeur pour conquérir quelque rang dans la société et surtout pour perpétuer le souvenir des vertus dç ses bons aïeux. Aujourd'hui molle et vaniteuse, elle se révolte contre le joug pourtant bien léger qui lui est imposé et se hâte de quitter les bancs de l'école et de fuir l'église pour jouir de cette fortune qu'elle convoite. Et combien de fois ne compte-t-elle point le capital qui doit lui échoir, le grossissant dans son imagination déréglée et se permettant effrontément de l'escompter pour se vautrer dans les orgies?
Mais ce n'est pas seulement dans les hautes régions de la société que le diable exerce son pouvoir tyrannique par ses nombreux agents. Il faut le voir à l'œuvre dans les bas-fonds dont les romanciers nous ont depuis longtemps dévoilé toute la dégradation. Il y en a qui naissent, qui vivent et qui meurent dans ce Paris tant vanté sans jamais avoir entendu parler de Dieu. Ces malheureux ne connaissent de châtiments que ceux du code pénal et de récompenses que les orgies au milieu desquelles ils peuvent se dérober à la justice humaine. Sans cesse inquiets et turbulents, lâches et énervés par les boissions, ils se rueraient contre tout pouvoir noblement exercé, si' le sceptre n'était point tenu par une main vigoureuse. Et pourtant que n'a4-on point fait pour ces âmes perverties? D'admirables sociétés se sont
fîondées pour soulager leurs souffrances et pour leur rappeler qu'il est au-delà de ce monde une vie meilleure. Un hospice même grandiose s'élève près de la cathédrale pour leur prouver que la, religion seule rapproche les hommes et leur imprime un certain caractère de grandeur. Mais combien s'obstinent dans leur endurcisseme^nt et s'acharnent comme le Pharaon d'Egypte à nier même la puissance et la bonté de l'Eternel l S'il frappe, s'il récompense, ils attribuent tout à cet aveugle destin qui n'existe que dans leur imagination pervertie. ,
Croyez-vous, chers lecteurs, qu'à la vue de tant de ruines et d'une telle, décadence le diable éprouve le désir de se montrer pour nous faire sonder la profondeur de l'abîme qui se creuse sous nps pas ? Hé)as' quand bien même Satan pourjrait prendre forr^ç humaine, )e ruS(é ne serait point a^sez téméraire pour noi^s détourner de la mauvaise voie par sa présence. Mais demander le pouvoir de paraître et de nousj révéler les châtiments de ceux qu'il a précipitée dans l'abîme, le dr61e n'est pas assez bienfveillaat.de sa nature pour rendre, un tel service à l'humanité, car son rôle principal est de t^ater les hommes et de le&peidre, et les effrayer , ne serait-ce point les sauver du naufrage ? N'ayant point oublié que bien des samts doivent peutl<rêtre leur auréole et leur salut à la terreur qu'il inspirait jadisy il se contente de nous verser lentement ce breuvage dw sommeil dont parle PEcri-
ture et qui loi assure sansaMcun 49»le>|il«8'4evft(s* timefi 4tte ses appariticms.
xrv
Quelques personnes m'accuseront pèùt4fato d'av'ûSr omis bien des apparitions plus ou m<^ns i^lës du diable, et de n'avoir point ^chaîné «des tédts ^ar fies traits plus earactéristiques. Mais le W(^^^âge iravait4i pokit trop peiir de Satim pour en parleur raisonnablement et par conséquent pour discerner la Vérité de Torreur ? Et ^'àîlleurs je dois dfelarer que nion bat n^a point été de raconter tàtttes îes tentatives deiFenfer contre notre cohtrée, maâs de prouver que, si le diable ne ^ar^ plus, son action né s'eiierce pas moins qu'au bon vieux temps. Et certes il ûtut avouer qu'en jetant )e pkis rapide coup 'd^tell «nr la société, on pourrait dire comme au siècle 4^ 'Sahien, que le dûU^le est «m pieu partout; i^tle Soemon, >.♦'■= .■ • . • . . ■ - ■■/^ » k.
En effet, que i^Mrche-t^^ de tous cdftés? iJa fortune, déesse , ateugle qui compte plus d'adepéte que le vrai Di^u ne compte df adorateurs. Que m^ prise-t^on àom lés 'profondeurs de son tfionie? -liÉi
^pauvreté qa^oa exalte à^ertàMneè occasions, sauf àrla ^dé(ktigtier le lendemain, coinnie sile cliiistianisixie ne ravjtttpoînt hon'dréeen nous proposant pour ldto4ële tm *]Meu né dans «ne crèche! Aussi combien de gefts se prétendent cattioliqnes et violent -«ans ptideiirles préceptes les plus graves potir une ii)lén ttidd^tie somme, pour «ne simple faveur t Hélas î si les' philosophes se «ohtrués sur le (Mholieisme 'avec tiÀe étrange fui^eur et lui ont jporté de^ rudes -côù^, il' ftPut%4eeQ'le reconnaître, ces tet*i4Me» adversaires lui avafent encore' Wissé ^sadmz de Vie pour prottver qtt^u fôAd de ses entrailles 'fërriieiitekn '<pi^iâpe d'éteriMBlle dilatation et d'invincible énergie.
- itoisî aujourd'hui ses ennemis, plus habaès,' veulent fanéantir par le baiser de Judas. Ainsi, 4©in d'<tmployer la violence cîul entraîne trop «oirwnt «î^w^
- élW la téatction, ils» feignent d'admirer les. jpompes du e£t4àolk(isme parce iqu^elles assurent au commerce quelque prospérité et qu^oUes contiennent la multitude toujours avide de fêtes et d'émotions. Ils descendent même jusqu'à l'observation de certaines pratiques religieuses pour ne pwni brusquer l'opinion publique, sans doute à l'exemple de ce bon Socrate qui sacrifiait un coq à Escùlape, ou de ce Cicéron qui assistait parfois gravement à regorgement de quelques volailles sacrées^ sauf à s'en moquer le soir dans Un festin. Mais à quoi bon se réduire au triste rôle d'hypocrite et corrompre la tnultitude
par une tactique si déloyale? Est-ce que le catholicisme, dont certains hommes proclament bien bas Fagonie, n*a point triomphé de Néron qui se promenait à la lueur de ses premiers néophytes métamorphosés en flambeaux ? Est-ce qu'il n'a point terrassé noblement cette philosophie païenne qui Toulait l'anéantir par ses sarcasmes ? Est-ce qu'enfin il n'est point sorti vainqueur de la dégradation et de l'ignorance contre lesquelles combattit avec tant d'énergie l'immortel Grégoire VII? N'est-il point temps de reconnaître la stabilité de l'Eglise au milieu du flux et du reflux des événements , et de comprendre .que, malgré tous les efforts de ceux qui . nous assourdissent de leurs chants funéraires, TEglise vivm éternellement pour chanter le triomphe de son Dieu sur les ruines de l'erreur ? Je laisse aux lecteurs le soin de trancher cette question et m'empresse de terminer par ces vers, que les compagnons du jeti de la Passion adressaient aux spectateurs :
Se rien avons dit on escript Ou mal fait ou mal ordonné
Pour Dieu qu'il nousscut pardonné
Car soubzmeUons DOS laits et 3igBes A tes cof rec^ons bénignes i
Ou qui mieulx faire lesaronti.
1. mystère de la Jlésttrreclion, mss. 3 vol. Bibliothëqur de Troyes.'