‹ Le diable [microform]Chapitre 101 sur 182 · J. Bnigman, dans les BoUandisies, au 14 avril · texte numérisé non relu

J. Bnigman, dans les BoUandisies, au 14 avril

ment VI les déclara hérétiques et ils se dissipèrent. En 1414, un petit reste d'obstinés, qui avait ajouté à la pratique de la flagellation un illuminisme tant soit peu manichéen, fut découvert à Sangerhusen, dans le marquisat de Misnie. L'inquisiteur Henri Schœnefeld leur fît leur procès ; ils furent condamnés au feu et brûlés sans miséricorde pour la plus grande gloire de Dieu.

L'antiquité païenne avait eu ses Gorybantes, ses Galles et Métragyrtes, qui couraient, eux aussi, les villes et les villages, se déchirant le corps en l'honneur de la Mère des dieux; mais le corybantisme n'eut jamais, ni en Grèce ni à Rome, le caractère contagieux que la flagellation avait pris dans notre moyen âge^ et rien, dans les principes religieux d'alors, non plus que dans les habitudes de l'esprit, n'en favorisait la pratique. Et à cette occasion je dois faire observer que, dans ce que j'ai dit du dérèglement moral de notre moyen âge, c'est une situation mentale que j'ai voulu surtout établir. L'antiquité grecque et romaine a eu, elle aussi, ses folies et ses crimes ; mais la discipline sociale, entretenue parla cité, y avait une base rationnelle plus solide, et les principes naturels sur lesquels elle s'étayait donnaient aux écarts qui se produisaient un caractère plus individuel, une physionomie de monstruosité plus tranchée. En se substituant, à l'État, sans profit pour la liberté, l'Église, avec ses intérêts et ses aspirations d'un ordre surnaturel, ne pouvait, du reste, qu'amener ce résultat. Tl est positif que la moralité sociale, abstraction faite de l'individu, s'est élevée à mesure qu'a grandi l'autorité politique de la puissance temporelle et qu'a baissé en proportion l'autorité également politique de la puissance spirituelle.

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