Guillaume de Machaut, déjîi cité
La peste ne disparut pas subitement de la chrétienté ; elle eut des intermittences, qui se prolongèrent plus d'an quart de siècle. La Chronique de Salzbourg en signale une reprise des plus meurtrières en 1359: crudelissima pestilentia, quee interemit forsitan tertiampartenihominum'' . Une nouvelle réapparition eut lieu en 1370 ^.
A la peste succéda une autre épidémie d'un genre étrange, raffec.tion convulsive à laquelle on a donné le nom. de danse de Saint- Guy . C'est en 1374, au sortir, par conséquent, de, la Grande mort, quand l'impression de terreur sous laquelle l'humanité avait vécu était encore toute récente, que cette maladie se manifeste pour la première fois. Tout à coup on vit se répandre dans les rues, sur les places publiques, courant de droite et de gauche, sans direction, sans but, des bandes d'hommes et de femmes éperdus d'effarement, A un moment, ils se réunissaient, formaient des cercles, où, se tenant parla main, ils dansaient, sautaient, se contorsionnaient delà façon la plus hideuse, jusqu'à ce qu'ils tombassent épuisés, haletants, l'écume à la bouche. Pais ils se relevaient et retournaient à la danse. Ils tombaient ensuite de nouveau, cette fois à moitié morts, se plaignant de vives angoises et suppliant qu'on les serrât fortement au ventre avec des linges ou qu'on leur donnât sur l'abdomen des coups de poing et des coups de pied, « service qui ne leur était jamais refusé, » dit une chronique. Tant que durait l'accès convulsif, ils ne voyaient rien, n'entendaient rien de ce qui se passait autour d'eux. La plupart, en effet, étaient en proie à des hallucinations extatiques. Les uns voyaient des démons, d'autres le ciel ouvert, les anges et les saints