‹ Le diable [microform]Chapitre 118 sur 182 · Lettre du moine Hcribcrt à saint Bernard · texte numérisé non relu

Lettre du moine Hcribcrt à saint Bernard

timents intimes du grand Crucifié que le catholicisme or(hoiloxe et que les théologiens réformateur$ duXVI" siècle.

De toutes les doctrines dites chrétiennes entre lesquelles se partagea d'abord l'Église naissante, les tard-venues, le Manichéisme et le Priscillinnisme, ont été généralement tenues pour celles dont s'inspira le mouvement des XP et XI1° siècles. Il est certain que les quelques données recueilJies par les auteurs contemporains pourraient autoriser cette conjecture. De même que Manès et Priscillien, en effet, les hardis révolutionnaires d'Orléans, de Toulouse, de Milan, d'Orvieto,de Soissons, de Cambrai, de Cologne et de l'Albigeois excluaient la Providence divine du gouvernement de ce monde, faisaient du monde luimême et de toute matière sensible l'œuvre de Satan, élevant ainsi notre personnige à la hauteur d'un principe. Delà, par voie de conséquence forciie, le renoncement absolu aux biens de la terre comme foncièrement infectés de pourriture satanique : « Nous sommes, disaient-ils, les pauvres de Jésus-Christ, qui allons errant de ville en ville, comme des brebis au milieu des loups, vivant dans le jeûne, l'abstinence, la priiire et le travail, nous contentant du strict nécessaire, sans redouter la souffrance et la persécution \ » Et non seulement ils étaient pauvres chacun pour soi, ne possédant rien en propre ; ils l'étaient entre tous ensemble, ne possédant rien en commun, bien différents sous ce rapport, comme sous tant d'autres, des besaciers paresseux de Saint-François, venus ultérieurement, qui remplaçaient, eux, le travail parla mendicité: « Vous autres, disaientils encore, vous êtes tellement attachés aux biens

l. Dans une lettre d'Evei-vin, prévôt de Steinfeld, de l'ordre des Prémontrés, h saint Bernard.

temporels, que ceux-là mêmes, parmi vous, qui passent pour les plus parfaits, comme les moines et les chanoines réguliers, en possèdent en commun. » * Ils estimaient que la pauvreté menteuse de gens qui, pour n'avoir rien à eux, n'en jouissaient pas moins de tous les biens, sans aucune des inquiétudes de la responsabilité personnelle, n'était pas seulement une lâcheté, mais qu'elle impliquait, par ses prétentions évangéliques, un outrage à !'« esprit» du sermon sur la Montagne. Le Sauveur avait dit dans ce sermon : « Bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui ont faim, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux que les hommes haïssent, bienheureux ceux qu'ils repoussent, bienheureux ceux dont le nom est à mépris ! » ^ Ils estimaient donc aussi Sans doute que, en mettant de la sorte en opposition le monde d'ici-bas avec le royaume de la béatitude qu'il laissait entrevoir à tous les misérables, Jésus avait réellement maudit une iniquité de principe dans l'ordre par eux réputé fatal de la création, d'uù l'on devait conclure que l'auteur de cette création n'avait à ses yeux rien de commun avec le Dieu juste et bon qu'il était venu révéler aux hommes. Ce n'était donc pas tout à fait sans motif que, môme avec leur idée manichéenne d'un double principe et leur horreur du Jehovah de la Bible, ils se disaient chrétiens et pouvaient se qualifier de parfaits et de purs ou cathares entre les dés/ots du Christ. Leur conduite, nous Favonsdit dans un autre chapitre, justifiait, du reste, cette prétention d'apparence si ambitieuse et répondait généralement à leur doctrine de l'abnégation ; de l'aveu de leurs ennemis, leur vie extérieure était d'une irréprochable pureté, et ils allaient au bûcher

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