‹ Le diable [microform]Chapitre 119 sur 182 · Luc, VI, 20-23. Cf. Mallh., V · texte numérisé non relu

Luc, VI, 20-23. Cf. Mallh., V

avec un courage et une sérénité d'âme qui déconcertaient leurs bourreaux.

Gomme ces doctrines ou, du moins, des doctrines analogues étaient professées depuis longtemps en Europe dans les anciennes provinces de Macédoine et de Thrace, où elles auraient été importées par des Pauliciens manichéens venus d'Asie mineure, on a cru pouvoir inférer que de ces provinces voisines elles auraient passé en Italie et de là se seraient ensuite répandues sur tout le monde latin. Nos Cathares des XP et XII" siècles devraient, de la sorte, être tenus pour une ramification des Messaliens ou Bogomiles de Bulgarie et de Bosnie. Leur apparition en Occident ne semble guère dater, néanmoins, que des premières années de notre millénaire. Le moine Ademar, dans sa Chronique de France, signale la présence' d'hérétiques de cette secte en Aquitaine dès l'an iOlO *. Quinze ans plus tard, en 1023, on en brûlait 13 à Orléans: ce furent les premiers martyrs de la cause. Vers 1035, Alric, évoque d'AsLi, en ayant dépisté une petite communauté à Monforte, dans son diocèse, les fit arrêter et en envoya une partie au feu , les autres furent amenés à Milan par Hôribert, archevêque de cette ville. On les plaça devant un bûcher, à côté duquel une croix avait été dressée, et on leur donna le choix : ou adorer la croix ou mourir dans les flammes. Peu d'entre eux abjurèrent ; la plupart, Girard, leur chef, le premier, couvrant leur visage de leurs mains, se précipitèrent d'eux-mêmes dans le feu.

Ges exécutions n'arrêtèrent pas le progrès ; la cendre des bûchers d'Orléans et de Milan, comme le sang des chrétiens de l'Église naissante, devint une semence féconde, d'où sortirent des armées. Moins de

1. Labbé, Nouvelle bibliothèque des manuscrits, t. II, p. 167.

cent ans plus tard, on trouve des cathares partout, disséminés ou en groupes plus ou moins nombreux, en France,, en Angleterre et en Allemagne, où ils étaient connus sous différentes dénominations. Dans la province de Bourges, on les nommait cotereaux ei ruptariens ; en Gascogne, poplicains et publicains. A Narbonne, ils étaient connus sous le nom de bons hommes. Ailleurs on les appelait, suivant leur origine ou les caprices de la fantaisie, bégars, jjaiarins, brabançons, navarraiSy piffres, tisserands, trivardins, etc. La dénomination de boulgres, qui est devenue un grossier terme d'injure et qui ne fut d'abord appliquée qu'à eux, a été considérée par plusieurs auteurs comme un indice de leur origine bulgare. Il ne serait pas impossible que l'idée de sodomie attachée à ce mot eût été suggérée par le point de leur doctrine qui, proscrivant le mariage comme sacrement et ne l'admettant que comme une fatalité mauvaise dont les parfaits d'entre eux s'affranchissaient, devait paraître favoriser le vice infâme reproché auxSodomites : l'opinion publique, au moyen âge, était assez disposée, nous l'avons vu au sujet des clercs, à faire de la pédérastie un corollaire du célibat. Les noms de pétrobusiens eï ^ henriciens , que l'on donnait encore à ces hérétiques, leur venaient, le premier, de Pierre de Bruis, qui fut brûlé vif à Saint-Gilles, dans le Languedoc, vers 1147, et le second, de son disciple Henri, contre qui saint Bernard eut à lutter dans le sud-ouest de la France, pour arrêter la propagation du mal. La qualification d'Albigeois, du nom de la ville d'Albi, qui fut un de leurs principaux centres, est restée quelque chose de général : l'impitoyable croisade de 1210 à 1228 l'a rendue célèbre. Mais la dénomination qu'ils prenaient eux-mêmes était celle de cathares, que l'on dérive d'un mot grec qui signifie les Purs.

Je viens de dire qu'on à coutume de rattacher ces Cathares au manichéisme des IIP etlV siècles, et qu'on les fait venir de la Bulgarie, où l'on voit efTiJctivement établis de longue date des manichéens euôhites ^ et pauliciens ^ sous le nom de Bo^omiles. Gitte filiation ne me paraît pas certaine. En allant au fond de la doctrine, autant qu'on en sache, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il s'agit ici dà quelque chose qui, sans être nouveau, a pourtant un caractère d'originalité propre. Le catharisme n'a pas été, je le répète, une hérésie théologique. Il naquit d'un mouvement populaire et ce ne fut qu'une révolte de la conscience contre l'esprit du siècle, contre l'époavantable état de choses que j'ai décrit dans les précédents chapitres, état qui, par son interminable durée, avait dû finir par paraître inséparable delà création elle-même. Ni l'exégèse ni la controverse thôologique ne furent pour rien dans son éclosion. C'est un produit de terroir, ce dernier mot pris ici dans le sens allégorique de milieu physique, et moral. La ressemblance qu'il offre avec le manichéisme est incontestable, mais, sans être fortuite, elle résulta d'autre chose que d'une simple infiltration de l'esprit individuel de Manès ; une certaine analogie de rapports, dans la situation extérieure, n'a pas peu contribué à la produire. Les persécutions, qui, depuis celle de l'an 6i de notre ère, sous Néron, n'eurent, dans tout l'empire romain, que de courts intervalles de répit, avaient fiit naître et entretenaient dans le cœur des chrétiens, à côté de la haine du paganisme, une haine non moins farouche de lasociété. Ce n'était pas tout à fait sans raison que l'on voyait en eux de véritables ennemis des

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