Hérodole, VII
catesses de conscience que par les classifications du code pénal et dont il suffirait de gratter le ^^ernis pour retrouver le Bosçliiman. On a constaté que le progrès humain, comme tout développement naturel, était subordonné à deux lois, celle de l'hérédité et celle de l'adaptation. Il ressort de là que toute naissance se produit à un degré plus ou moins avancé de l'évolution des espèces et répond à des conditions de parenté et de milieu. Ce que l'on est, on le doit d'abord à ce qui a été, comme on devra à l'action du milieu dans lequel on naît ce qu'on pourra être encore de plus. Or, pour qu'il y eût entre les hommes égalité parfaite de nature, il ne faudrait pas seulementque les conditions originelles d'hérédité et d'adaptation fussent les mêmes pour tous, il faudrait encore qu'entre l'adaptation et l'hérédité il y eût pondération graduelle constante. C'est ce qui n'a pas lieu ; les espèces, les races, les individus n'évoluent ou ne se développent, dans l'ensemble général, ni parallèlement ni en droite ligne : la ligne droite, du reste, n'existe nulle part dans la nature vivante, où l'on ne rencontre pas non plus, par conséquent, de parallélisme rigoureux. Les espèces n'ont pas toutes la même souplesse mécanique, ni les miheux la même action stimulante, comme aussi l'action et la réaction sont loin de s'équilibrer. Il y a, dans le mouvement oscillatoire de la vie, tantôt avance et tantôt retard d'une de ces
deux forces sur l'autre. C'est ce qui fait que^ dans notre espèce humaine, par exemple, il se rencontre tant de races qui confinent de plus ou moins près à l'animalité encore, et que, dans nos sociétés policées, le nombre est si considérable des groupes et des individus dont les aptitudes héréditaires ne sont point à la hauteur des milieux épurés oii ils se trouvent pris, hauteur où ils ne se maintiennent souvent que par artifice et dont il n'est pas rare de les voir, déchoir, eux ou leurs descendants. Nous sommes tous les jours témoins de faits comme ceuxci : des natures agrestes, transplantées de bonne heure dans le milieu parisien, y coudoyant pendant toute leur vie, cinquante ou soixante ans, ce que les siècles ont amassé de merveilles, ce que le progrès des mœurs a produit de plus délicat, et s'y éteignant sans que leurs yeux aient rien vu, leur esprit et leur cœur rien comgoùtpris nié ; d'autres ne se dégrossissant qu'à l'extérieur, pour rentrer au pays aussi grossières au fond qu'elles l'étaient en le quittant, avec quelques ridicules infatuations de plus pour tout profit moral.
L'Orient envoie volontiers en Europe l'élite de sa jeunesse, pour lui faire suivre les cours de nos écoles, et beaucoup de ces jeunes gens remportent, en elTet, de chez nous des connaissances supérieures qu'ils eussent vainement demandées à l'enseignement empirique de leurs docteurs. Mais combien
parmi eux sont-ils devenus Européens ou le restent-ils une fois revenus au pays ? Il arrive assez fréquemment que, l'atavisme reprenant le dessus et réagissant avec la violence de la vapeur comprimée contre toute notre civilisation en général, cette civilisation n'a pas de pires ennemis que quelquesuns d'entre eux. Un prince polynésien, venu tout jeune à Londres, y avait été initié à nos sciences et à tous les raffinements de la vie policée : au bout de douze à quinze ans passés dans le milieu le plus aristocratique de l'Europe, il retourne dans son île, dont il ne lui restait plus qu'un souvenir bien effacé, et en aussi peu de temps qu'il en faut h un de nos paysans pour se débarrasser des habits gênants du dimanche et revêtir de nouveau ceux de la semaine, il jette aux, orties le frac du civilisé et reprend la chasse à l'homme et les festins de chair humaine.
La distinction originelle du bien et du mal repose donc, au fond, sur le simple contraste du plaisir et de la peine. Encore, dans le principe, qu'était-ce que la peine? Rien de moral ; une simple sensation de gêne ou de contrainte, quand ce n'était pas une douleur physique. Or, ainsi que je le disais plus haut, tout, à l'opposé de l'homme, était mal, parce que, avant qu'il fût en état de réagir d'une manière efficace par un travail voulu et conscient, il n'y avait rien hors de lui qui ne lui fût oppressivement
« adverse », rien contre quoi, nu et sans moyen de défense, il n'eût à lutter : partout Satan, dans le sens rigoureux du mot.
On lit dans le livre des Nombres ^ que Balaam iîls de Siplior, suivant sur une ânesse les envoyés de Balak, roi de Moab, le Malak Jéhovali vint contre lui pour lui barrer le chemin : stetit contra eum. Le mot traduit ici par « contre » est « satan » en hébreu. Le texte porte littéralement : « Le Malak Jéhovah lui fut Satan en son chemin. »
Quelques versets plus loin, le Malak, apostrophant le prophète, lui dit : « Je suis venu pour t'être. Satan, » ce que la Yulgate traduit, fort exactement du reste, par ces mots : Ego veni utadversarer tibi.
Nous citerons encore quelques passages. Les princes des Philistins, par exemple, au moment de hvrer bataille à Apliec contre les Israélites campés à la fontaine de Jizreel, viennent enjoindre impérieusement à leur roi Achis de renvoyer David, qui était dans son arrière-garde, de peui\ disent-ils, qu'il ne se tourne contre nous, ou, d'après l'original, qu'il ne nous soit satan, quand nous aurons commencé à combattre ^ Dans le second livre de Samuel^ David répond à Abisaï, qui venait de lui adresser quelques paroles ironiques : Qu'y a-t~