Soldan, Gasch. der Hexenijrocesse, éd. 1843, p. Itl
que sera tout au moins imprudent; c'est avec cette forme et sous cette couleur, en effet, que nous le verrons, avec l'autorité dont les bulles papales et l'exégèse savante des docteurs consacrera la croyance po pulaire, présider au sabbat et figurer dans une foule de procès de sorcellerie.
Il paraît ressortir des chroniques du temps que le catharisme progressa du Midi au Nord; c'est d'Italie que l'hérésie serait venue en France, s'étendant d'abord dans le Sud, d'où elle aurait ensuite gagné le Centre et le Nord-Est. D'après d'autres, cependant, le Nord l'aurait reçue directement de cette même Italie, Quoiqu'il en soit, c'est dans le Nordqae la propagation rencontra le plus d'obstacles et que les populations, alors plus ignorantes, plus brutales et plus fanatiques, s'y montrèrent le plus hostiles. C'est dans le Nord encore que se dressèrent les premiers bûchers et que la coutume de brûler les hérétiques, inaugurée à Orléans par l'acte arbitraire d'un pieux imbécile, le roi Robert, commença à se glisser dans la législation civile; c'est là qu'elle se régularisa juridiquement, c'est de là qu'elle partit pour s'étendre progressivement sur toute la chrétienté et en devenir, au XIII" siècle, la loi générale. En Allemagne, néanmoins, on débuta par la pendaison ; aux fêtes de Noël de 1051 et de 1052, des cathares, convaincus d'hérésie, — ils n'avaient point voulu, par une religieuse horreur du sang des animaux, tuer des poulets qu'on leur présenta, — furent pendus à Goslar en présence de l'empereur Henri 111. Maisle bûcher, là encore, ne tarda pas à remplacer la corde, et nous verrons, dans le cours de ce travail, que ce fut sur cette terre classique de la sorcellerie qu'il jeta ses plus vives flammes. Depuis Faulo-da-fé d'Orléans jusqu'à la croisade de 1210 à 1228, à part l'exécution des cathares de Monforte, dans le diocèse d'Asti, et
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celle des patarins d'Orvieto, que l'évoque de cette ville, un nommé Richard, « fît pendre, décapiter ou brûler, sur le conseil de ses chanoines, des juges et des prud'hommes* », en 1199;, il n'y eut d'abfittages réguliers d'hérétiques, avec participation du clergé et des aulorifcés civiles, que dans le Nord. Encore la grande tuerie d'Orvieto, venue à la suite d'une émeute populaire, peut-elle, à la rigueur, êlre tenue pour une répression. Quant au supplice de Pierre de Bruis, à Saint-Gilles, en 1147, c'est un fait isolé, qu'explique, du reste, l'attitude provocatrice de l'hérésiarque. Non content de prêcher contre l'adoration de la croix, Pierre osa brûler publiquement cosigne vénéré, et ce fut son sacrilège attentat que la foule indignée voulut sans doute châtier, bien plus que sa prédication. Tandis .que, dans le Midi, on se contente de bannir les hérétiques, de confisquer leurs biens et de raser leurs maisons, dans le Nord on commence par brûler ces mômes hérétiques, et l'on confisque ensuite. J'ai rappelé, dans un précédent chapitre, quelques-unes des grandes exécutions qui suivirent celle des manichéens Orléanais. Ce ne furent pas les seules qui eurent lieu durant la période dont il s'agit ici. Il y eut enencore, dans le cours de cette période, des cathares et des vaudois brûlés à Reims, à Cologne, en Flandre, à Auxerre, à Troyes, à Nevers, à Besançon, à Vezelay, à Cambrai, à Paris, à Strasbourg et en plusieurs autres endroits de l'Allemagne ^ A Strasbourg, notamment, on en brûla une fois quatre-vingts et une
1. i< Hicardm Uvbevelanus (opiscopus),... canonkorum suorum, judicum et alionim prudentum,... in tantura est luvrcticos pcrsccutus, ut alii pœnam suspendu sustinerent, ald capitepunirenl.w\ alii traderentiiv flammis idtricibus comhurendi... » Acta sanctonim, Viia S. Pétri Pai-enlii, i. V, p. 8G.
2. Cf. G. Schmidt, Histoire et doctrine de la seclc des Cathares ou A Ungeois ; Julien Havet, rHOvésic et le fjras séculier nu moyen âç/c.
autre fois dix, qui avaient été convaincus « devant l'Église » par l'épreuve du fer ardent, "per adustionem manimm. Je ferai observer que, tandis que, dans le Nord, le peuple slimnifiit assez fréquemment le clergé et prévenait lui-même les jugements de cour, c'était, dans le Midi, le clergé qui stimulait le peuple ; il arrivait môme souvent que les évoques méridionaux faisaient venir du Nord les coopérateurs dont ils a,vaient besoin pour coui battre l'hérésie, les- prêtres du terroir leur paraissant trop mous : la mission de saint Bernard en et^t un exemple. Aussi, grâce à une religion plus éclairée, a des mœurs plus policées ou môme alors plus douces, et à celle forte organisation consulaire des communes, qui, dans les villes, assurait plus de liberté aux citoyens et contenait l'arbitraire seigneurial, le calharisme et la vaudoisie s'étaient-ils propagés dans le Sud sans trop d'obstacle et avaient fmi, au XI 1" siècle, par y jouir d'une possession de fait équivalnntà une possession de droit. Les hérétiques y avaient leurs réunions aussi libres que le sont chez nous aujourd'hui celles des cultes autorisés.
La croisade contre les Albigeois mit fin à cet état de choses ; elle introiiuisit dans le Midi la coutume du Nord, etc'est de celte invasion que datent l'établissement définitif et la généralisation de la pénalité du bûcher appliquée aux -lissidenls et aux sorciers. La première exécution mentionnée dansJes chroniqueurs delà croisade est de 1209. Elle eut lieu à Castres. Deux hérétiques, dont l'un était du rang des parfaits et l'autre un simple Ciiléchuuiène, ayant été amenés àSimon de Montfort, celui-ci, après conseil entendu, les condamna tous les deux au feu. Le catéchumène avait bien témoigna vouloir se convertir, mais le comte estima que le bûcher était encore, à l'égard des hérétiques, le parti le plus sage qu'il yeûtà pren-
dre : « S'il parle de bonne foi, dit-il du repentant, ce feu lui servira pour l'expiation de ses péchés ; s'il ment, ce sera une juste punition deson imc>osture. » Ce dilemme, qui ne laissait place a aucune réplique, a dû faire l'admiration des juges inquisitoriaux de l'époque suivante; nous verrons, en effet, dans les procès de sorcellerie que les actes de contrition des condamnés ne leur étaient pas de plus de profit que l'abjuration ne le fut à notre patarin. Au mois de juin de l'année d'après, 1210, le même argument allait être repris à l'adresse des hérétiques capturés à Minerve; mais ceux-ci, éclairés sans doute par l'affaire de Castres sur la façon de ratiociner des théologiens de l'armée sainte, ne crurent pas devoir leur en laisser la satisfaction. Assiégés dans la place par Simon de Montfort, ils avaient d'abord demandé à capituler, pour sauver leur vie. Simon, que cette solution mettait dans l'embarras, profita de l'arrivée inopinée de l'abbé de Giteauxetdu docteur Théodise pour leur renvoyer l'affaire, prétendant que, en sa qualité de chef de l'entreprise, l'abbé devait régler lui-même la capitulation ; mais celui-ci parut fort contrarié de la chose, « car, dit Fleury, il désirait la mort des hérétiques, et toutefois n'osait les y condamner, étant moine et prêtre ^ ». Il essaya de tous lesmoyims que lui offrait la casuistique pour tourner la difficulté, et il réussit à en trouver un. Il décida que la garnison du château pourrait sortir la vie sauve , mais que, pour les hérétiques, ils ne seraient épargnés qu'autant qu'ils abjureraient leur erreur. Un zélé catholique, Robert de Mauvoisin, « homme de merveilleuse droiture, de science parfaite, de bonté incomparable,» ditP. de Vaux-Cernay, se récria contre tant d'indulgence, en assurant que les méchants