IHf;t. e<xh!s., 1. XVI, p
chiens promettraient tout ce qu'on voudrait et ne tiendraient rien ; mais l'abbé, qui savait ce qu'il faisait, se hâta de le rassurer : « Ne craignez pas cela, lui répondit-il ; il s'en convertira très peu. » En effet, une fois dans la place, il eutsoin de réserver pourqnelqu'un de confiance les monitions aux hérétiques, et l'on s'y prit, pour les catéchiser, de telle sorte, que pas un n'abjura. Guillaume de Nangis estime à 180 le nombre de ceux qui furent brûlés. Ils se précipitèrent euxmêmes dans le feu, sans attendre qu'on les y jetât. A Lavaur, en 1211, la sainte tuerie eut tout à fait le acractère des fêtes que, de nos jours, le roi de Dahomey donne de temps en temps à son peuple. On y brûla d'abord 400 roturiers, puis on dressa des potences, pour y pendre les nobles ; mais, celle où l'on avait hissé le chef de la garnison, Amaury, sire de Montréal et de Laurac, étant tombée à terre, on craignit que les autres n'en fissent autant, et l'on substitua le massacre à la pendaison. On raconte que l'abominable roi nègre dont je viens de parler, quand il veutrégaler ses sujets d'un morceau de hc ut goût, leur lance dans des mannes, du haut de la terrosse de sa tanière, des prisonniers qu'il a faits ou qu'il s'est [)rocurés pour la circonstance. Le peuple se jet le sur ces paniers, que chacun se dispute ; on les crève à coups de hache ou de coutelas, puis on tranche téies, bras et jambes, on arrache cœurs et entrailles, on déchire des membres, on s'enivre de sang ■•. Les choses se passèrent à Lavaur de la même manière, avec cette seule difTérence, qu'ici le sacrifice fut fait à Dieu, tandis que le roi de Dahomey a la pudeur d'adresser les siens aux mauvais esprits. Lo comte de Montfort, qui était, au dire des chroniqueurs, un « homme de
1. Lellro do M. Borghoro clans les Annales de la propagation de la /'oj, janvier 18ij3.
bonnes mœurs, un chevalier sans peur et sans reproche », livra aux pieux pèlerins les 80 nobles qui restaient n tuer. Les pèlerins reçurent « avidement » le cadeau, se ruèrent sur les malheureux et les égorgèrent en un clin d'œil : videns cornes quod mora magna fieret^ alios occidi prcccipit ; quos peregrini avidissime suscipientes occiderimt citius in eodem loco. Pour la dame châtelaine, Giraude, sœur d'Amaury et hérétique enragée, hseretica pessima, on la précipita vivante dans un puits, que l'on combla de pierres. Les exécutions continuèrent ainsi tant que dura la croisade; elles furent « innombrables », et chaque fois c'était, de la part des croisés, « avec une nouvelle joie» qu'ils entendaient crépiterdansles Qamraesles chairs maudites des « ensabloatés » : innumerabiles hœreticos peregrini nostri cum ingenti gaudio combusserunt. Cette remarque, comme les autres citations qui précèdent, est d'un témoin oculaire, croisé luimême, le moine Pierre de Vaux-Gernay, que le spectacle de ces horreurs, ainsi que l'atteste sa chronique, paraît avoir grandement édifié ^. D'après un calcul du savant bénédictin et docteur en théologie Joachim Piéron, qui vivait auXV" siècle, il n'y aurait pas eu, dans le cours de cette croisade, moins d'un million d'hommes de tués. Quant à ceux qui-s'exilèrent, pour échapper à la mort, on n'en sait pas le nombre. La lutte finie, le pape Innocent III, qui l'avait préparée et mise en train, eût pu, s'il eût vécu encore, entonner bravement le Te Deum laudamus ; il ne restait plus un seul hérétique, et l'Église de Rome, sauvée et triomphante, était désormais maîtresse exclusive des consciences chrétiennes. Nous allons voir l'usage qu'elle fit de sa toute-puissance.