‹ Le diable [microform]Chapitre 132 sur 182 · Pap'è satanpap'è satan aloppe · texte numérisé non relu

Pap'è satanpap'è satan aloppe

Comincio Pluto con la voce cliioccia.

Gauto YII.

LE PERSONNEL DU DIABLE 44î)

de tous les princes qui, jusqu'à Dante, avaient régné sur des peuples chrétiens, aucun n'eut plus droit que ce Frédéric à un siège d'honneur dans les « cercles d'impies » que le poète décrit en ces termes :

Suo cimitero da questa parte hanno Con Epicupo tutti i suoi seguaci Che l'anima col corpo morta fanno.

Le petit-fils de Barberousse, qui, dans le siècle où il parut, ressemble à un vivant anachronisme, ne fut pas un impie à la façon brutale de ceux de son temps. D'une instruction fort au-dessus de celle que jamais prince eût encore reçue, de beaucoup supérieur même, sous ce rapport, à la plupart des rois qui, depuis, ont encore porté couronne dans la chrétienté, Frédéric II est presque un moderne. Au XVP siècle, il ne se fût peut-être pas ouvertement déclaré pour Luther; il était trop sceptique pour s'accommoder de la Réforme, et trop prudent pour encourager la protestation religieuse dans sa révolte; mais il aurait laissé faire, en riant sous cape des uns et des autres, dans la société des Érasme, des Montaigne, de Rabelais surtout. Au XYIIP siècle, il eût été avec Voltaire et les Encyclopédistes. Il était savant, — il parlait plusieurs langues, des langues môme peu étudiées alors, comme le grec et l'arabe ; il était artiste, passionné pour la musique, dont il conserva le goût jusqu'à sa mort ; de plus, il était philosophe, non pas à .la manière scolastique, comme Alexandre de Halès, Vincent de Beauvais, Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas d'Aquin , et les autres docteurs de môme farine que fit éclore à cette époque Ja récente découverte des livres d'Aristote, mais philosophe de l'école du bon sens et de l'observation pure, décidant de peu de chose et mettant beaucoup en question. Quoique prince allemand, il n'avait rien

de germanique, du Germain du moyen âge, s'entend. Il était, du reste, né en Italie d'une mère italienne, Constance de Sicile, et n'habita presque jamais l'Allemagne, où il ne fît, dans le cours de son long règne, que de rares et courtes apparitions. Dans les guerres qu'il eut à soutenir avec les papes Grégoire IX et Innocent IV, il ne craignit pas d'employer des mercenaires musulmans, et nul doute que, s'il Favait pu, et que l'esprit de l'époque ne se fût mis en travers de ses desseins, il n'eût écrasé la papauté et substitué une autre forme à celle qui existait dans le gouvernement de l'Église chrétienne : « Le lion endormi, écrivait-il au pape, peut se réveiller fort et terrible ; par son seul rugissement, il chassera de la terre les taureaux gras, et, arborant le drapeau de la justice, il arrachera les cornes à l'orgueil et dirigera lui-même l'Église ^ » Il essaya de faire de sa cause celle de la royauté et d'y intéresser tous les princes chrétiens ^ ; peut-être y eût-il réussi, sans les hésitations des uns et la trahisondes autres, ceux-ci espérant profiter de ses embarras, et ceux-là craignant de s'aliéner leurs sujets ou pensant tout à fait comme eux. Ici encore, la sainteté de Louis IX, qui, sans donner ni tort ni raison à l'un ou à l'autre des contendants, n'entrava pas moins l'action de l'empereur, fit tout échouer et, sous apparence de composition, ne sauva

1. Pierre des Vig-nes, Epist., p. 87-93 de l'édit. de Bâle, 1566.

2. Dans une lettre en date de Trédse le 20 avril 1239, qu'il adressa aux rois et aux princes de la chrétienté, l'empereur s'expi'imait ainsi : « Considérez l'injure qui nous est faite comme la vôtre, apportez de l'eau pour éteindre le feu allumé dans votre voisinage. Un même danger vous menace : on croira pouvoir facilement abaisser les autres pr'nces, si l'on écrase l'empereur, qui doit l'ecevoir les premiers coups portés à nous tous en sa personne. Nous vous prions donc de nous prêter votre secours, non que nos forces ne soient suffisantes pour repousser une telle injure, mais afin que le monde sache bien que, en attaquant un des princes séculiers, on touche à l'honneur de tout le corps. »

que le pape. Ah.! comme il savait bien ce qu'il faisait, l'auteur des fameuses bulles Clericis laïeos. Ausculta Dei et Unam sanctam, le sceptique Boniface VIII, lorsque;, en 1297, il canonisa, lui qui ne croyait pas à l'immortalité de l'âme, cet honnête, mais imprudent sauveur !

Eh bien ! le même Frédéric II, le philosophe railleur, l'impie, l'épicurien raffiné, l'ami des iafldèles, l'ennemi de la papauté , l'homme qu'on accusait d'avoir traité Jésus-Christ d'imposteur, ce 'prince de •pestilence^ ainsi qu^il est appelé dans une encyclique du pape Grégoire ÏX aux princes et aux prélats \ est le premier qui ait érigé en loi écrite, avec sanction formelle du prince, la coutume d'envoyer les hérétiques au bûcher. Dès l'an 1220^, pour se concilier la faveur du pape, qui était alors Honorius III, et obtenir de lui cette même couronne impériale qu'il prétendit ensuite ne devoir à personne, il avait, dans une constitution datée de Rome le jour même de son couronnement, déclaré tous les hérétiques infâmes, les mettant au ban de l'empire, avec confiscation de leurs biens. Moins de deux ans plus tard, en février et mars 1224, il publia quatre autres constitutions contre ces mêmes hérétiques. La première porte que ceux qui, en quelque endroit de l'empire que ce soit,

1. Cette encyclique est datée du palais de Latran le 1 2 des calendes de juin (21 mai) 1239. Voici le passage auquel il est fait allusion ici : « Il a osé dire, ce prince de pestilence, que le monde entier [a été trompé par trois imposteurs, à savoir Jésus-Christ, Moïse et Mahomet, mettant hardiment Jésus indignement cruciQé au-dessous des deux autres morts en la gloire; de plus, il n'a pas craint d'affirmer à haute et claire voix qu'il faut être fou pour croire que Dieu, le créateur de toutes choses, ait pu naître d'une vierge. »

On s'est autorisé plus tard de ce passage de l'encyclique, pour attribuer à l'empereur Frédéric II le livre De tribus impostoribus, attribué, du reste, également, sans plus de raison, h son. chancelier Pierre des Vignes, au roi de Castillc Alphonse X, à Boccace, à l'Arétin, à Dolct, h Erasme, à Machiavel et à d'autres encore.

auront été condamnés par l'Eglise et livrés par elle au bras séculier, devront être punis selon qu'ils le méritent, c'est-à-dire, mis à mort. Il est dit, en effet, quelques lignes plus loin, que les juges seront tenus de faire arrêter les hérétiques qui leur auront été signalés comme tels par les inquisiteurs délégués du saint-siège ou par des personnes pieuses, et de les garder étroitement « pour les faire mourir, dès que l'Église les aura condamnés ». L'empereur ajoute : « Nous condamnons également à mort ceux qui, après avoir abjuré l'erreur, pour sauver leur vie, auront faussé leur serment et seront retournés à l'hérésie. Nous retirons aux hérétiques, à leurs receleurs et aux fauteurs d'hérésie tout bénéfice d'appel ; et comme ce crime, qui attaque Dieu même, est plus grand que celui de lèse-majesté, nous voulons que les enfants des hérétiques, jusqu'à la seconde génération, soient privés de tous avantages temporels et offices publics, à moins qu'ils ne se fassent dénonciateurs de leurs parents. Nous déclarons, en outre, que les frères prêcheurs et les frères mineurs, députés dans notre empire pour la préservation de la foi, sont placés sous notre protection spéciale. » Dans la seconde, qui vise plus particulièrement les palarins de Lombardie, la peine de mort à leur appliquer est spécifiée ; c'est celle du feu. La troisième n'est qu'une reproduction, une sanction impériale du 4° canon du concile de Latran. La quatrième, datée de Gatane, le 4 mars 1224, et adressée à l'archevêque de Magdebourg, comte de Romagne et légat en Lombardie, porte que quiconque, dans cette province, aura été convaincu d'hérésie par l'évoque diocésain devra être livré au podestat ou au conseil de la ville, pour être brûlé vif : « Néanmoins, ajoute l'empereur, si on préfère le laisser vivre, pour servir d'exemple aux autres, on lui coupera préalablement la langue dont il a blasphémé. )>

Gomme ces constitutions se trouvent parmi les Lettres ^ de Pierre des Vignes, le cauteleux chancelier de Frédéric, on a cru pouvoir en inférer, avec raison, du reste, qu'elles étaient de la rédaction de ce personnage. S'il en fut ainsi, Pierre nY a personnellement pas gagné grand'chose ; |son beau zèle, en effet, ne l'a point [sauvé de l'enfer, où Dante le rencontra sous forme de buisson épineux. ^

La loi du 22 novembre 1220 et les constitutions de février et mars 1224 contre les hérétiques n'ayant pas probablement paru suffire, l'empereur en précisa la portée dans trois autres constitutions en date des 14maiet 26 JQin 1238 et du 22 février 1239. Par ces nouveaux édits la peine du feu à appliquer aux dissidents fut généralisée et étendue à tout l'empire, ce qui n^empêcha point le pape d'excommunier Frédéric un mois après la publication de la dernière de ces lois, d'abord le 19 mars, dimanche des Rameaux, à la grand'messe, puis le jeudi-saint, 24 mars.

Disons encore que, bien qu'il n'ait pris aucune part directe à la croisade contre les Stedingues, dont il a été parlé au chapitre III de ce livre, ce n'en est pas moins sous son règne que le farouche Conrad de Marbourg a pu librement jeter et entretenir la désolation dans une partie de l'Allemagne. Du reste, la diète de Mayence, de 1233, composée d'évêques, d'abbés et de comtes de l'empiré, qui, à l'instigation de cet horrible moine, décréta la croisade, fut présidée par le fils môme de l'empereur, le roi Henri.

De tous les princes de la chrétienté, au XIIP siècle, il n'y en a eu que trois qui aient opposé quelque résistance aux empiétements de la papauté : le plus

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