Mathieu Paris, Ilistor. major
2. On fait datci' de Iti le mouvement qui dans le choix des hauts dignitaircs^de l'Es'lise.fit désormais prévaloir la naissance sur le mérite. «Ce l'ut, dit l'abbé Guettée [llist, de V Eglise de Frmice, t. VI, p. G9, une des principales causes de la décadence de la société chrétienne aprés le XIII^ siècle. )^
sèment la cause de Frédéric, dont il eut même l'air de faire la sienne, et qu'il se retira fort mécontent de la dureté du pontife. C'est ce qu'affirme Mathieu Paris. On pourrait se croire autorisé à inférer de là que Louis était fermement résolu, non seulement à observer la neutralité demandée, mais môme à appuyer l'empereur, au besoin. Il ne serait pas impossible que Frédéric eût compté là-dessus. Or^ en mai 4247, ce prince, qui, de la Fouille, s'était avancé jusqu'à Turin avec une nombreuse escorte, ayant fait mine de vouloir aller de là à Lyon se défendre lui-même auprès du pape, celui-ci, redoutant les conséquences d'une pareille visite^ en informa aussitôt le roi. Louis se hâta de répondre qu'il allait immédiatement se portera son secours avec ses trois frères et une puissante armée, ce qu'il eût fait, si l'empereur n'avait été distrait de son voyage par une révolte soudaine de la ville de Parme, que les émissaires d'Innocent, son légat Grégoire de Montelongo et le cardinal Octavien, venaient de soulever.
L'année suivante, 1248^ le pieux Louis eut occasion de donner au pape une confirmation éclatante de sa respectueuse obéissance aux vues et môme aux caprices de la curie romaine. Malgré les instances pressantes de sa noblesse, du clergé, de sa mère, de tout son peuple, uniquement parce que le pape le voulait ainsi et que, dans une lettre en date du 23 février de cette année, il avait affirmé d'un ton de prophète que « Notre-Seigneur Jésus-Christ avait fait » choix du roi de France, son cher fils, pour la déli- )) vrance de la Terre sainte, » le dévot monarque prit la croix et se mit en route pour Jérusaiem. On dit que, en passant à Lyon, où Innocent se trouvait toujours, il intercéda encore pour l'empereur, sans pouvoir rien obtenir, et qu'il se retira le cœur centriste, ce qui ne l'empêcha point de marquer à Fré-
déric une défiance outrageuse, que la crainte de déplaire à un aussi méchant homme qu'était le pape explique peut-être en partie, mais ne justifie pas. Une seule voie un peu sûre lui était ouverte, celle de Sicile ; en la prenant, Louis pouvait arriver sans trop d^encombre en Egypte, où il comptait établir sa base d'opération. Mais la Sicile était du domaine de l'empereur, qui y tenait fréquemment sa cour, et il craignait de se rencontrer avec l'ennemi de son ami. Il préféra prendre par l'île de Chypre. Cette faute pieuse, comme on l'appelle, fut cause de sa perte.
A son passage à Lyon, le roi avait dit au pape : « Je conserverai mon royaume comme la prunelle de mes yeux, car de son salut dépendent le vôtre et celui de toute la chrétienté. » Jamais parole ne fut plus vraie : la papauté, au Xlir siècle, sinon la chrétienté, n'a dû son salut qu'à la sainteté de notre roi Louis IX. Sans cette sainteté, dans l'état où se trouvait alors l'Europe, avec une Allemagne profondément divisée sous un empereur hostile, une Angleterre dégoûtée des exactions papales, une féodalité française en lutte avec le clergé, l'hérésie redressant partout la tête, la bourgeoisie, dans le Midi, entièrement désaffectionnée, tout le monde, à peu près, révolté contre l'avarice de la cour de Rome, le pape était perdu. En favorisant l'établissement de l'Inquisition et le développement des nouveaux ordres religieux \ en arrêtant le progrès communal, en refusant d'entrer dans la ligue des seigneurs, qu'il aurait pu empêcher de dégénérer en ligue féodale^ en paralysant Raymond VII, le roi d'Angleterre et l'em-
i. Non seulement il favorisa cet établissement et ce développement dans le Midi, comme nous l'avons vu, mais ce fut à sa prière expresse que le pape Alexandre IV, en 12oS, étendit l'Inquisition à tout le l'oyaumc et en chargea le provincial dos dominicains de France et le gardien des franciscains do Paris.
pereur, saint Louis et sa pieuse mère, la reine Blanche, ne furent très probablement pas mus, celle-ci surtout, par des motifs exclusivement religieux ; la politique, une politique onctueusement mitigée de prétextes dévots, ne semble pas avoir été étrangère à cette conduite ; mais, si la France y gagna d'être replacée à la tête des nations chrétiennes, l'évolution sociale reçut de là un choc qui en arrêta brusquement le progrès naturel et en enraya pour plusieurs siècles le mouvement dans l'ornière que venait de tracer la sanglante guerre des Albigeois.
Il était nécessaire de faire la part des hommes, comme j'ai fait celle du temps, dans la tournure nouvelle que le triomphe de la papauté va maintenant imprimer aux événements de l'histoire. L'intelligence de ces événements, en ce qui concerne Tobjet de mon livre, me paraissait subordonné à ce que j'ai dit dans les précédents chapitres .