‹ Le diable [microform]Chapitre 137 sur 182 · Malth. XI, 19 ; Luc, VII · texte numérisé non relu

Malth. XI, 19 ; Luc, VII

lion par l'Écriture et les « sorts des saints, » — sortes sanctorum aut Scripturarum insjjectio, — on en conclut que, loin de proscrire les poursuites inquisitoriales contre la magie démoniaque ou sorcellerie, elle les autorisait, et c'est ce qui explique comment il se fait que de cette bulle datent précisément les premiers procès intentés par l'Inquisition aux sorcières et aux sorciers comme tels. L'interprétation, du reste, n'était pas aussi arbitraire qu'elle le paraît à première vue, ni la conclusion forcée ; soixantedeux ans plus tard, le pape Jean XXI, dont je dirai plus loin les exploits en l'affaire, se chargeait de les justifier ex cathedra. Le 20 août 1320, il fit écrire en son nom au cardinal Guillaume Godin, inquisiteur à Garcassonne : « Le pape vous ordonne de faire une » enquête juridique contre ceux qui sacrifient aux » démons, les invoquent, se donnent à eux et s'enga- » gent à leur service par écrit ou autre alliance ex- » presse ; qui, pour les évoquer, font certaines figures, « qu'ils baptisent, profanant ainsi le saint sacrement » du baptême, et pratiquent d'autres enchantements. » Vous devez procéder contre ces scélérats, avecl'as- » sistance des évoques, comme contre des hérétiques, » à quoi le pape vous autorise. »

Soldan l'a dit avec une parfaite justesse, c'est « dans le sein de l'Inquisition qu'est né et s'est développé le procès de sorcellerie * ». Et c'est en faisant de la magie, si redoutée des populations, une hérésie caractérisée, qu'on pouvait sûrement éloigner des doctrines dissidentes un peuple assez tenté de s'y laisser aller, en môme temps qu'on donnait à ce procès une sorte de consécration. J'ai montré par des exemples, au chapitre III de ce livre, comment on s'y

1. Geschichle der Ilexenproccsse, p. 180, cdit. de 1843, et p. 222, <';dit. Hcpp, de 1880.

était pris, pour discréditer l'hérésie aux yeux des masses ignorantes. Quand l'Inquisition s'arrogea la connaissance de la chose, elle n'eut donc pas grand'peine à s'appuyer de précédents. Aussi ne doit-on pas s'étonner de lire, dans les actes des cours inquisitoriales, des rapports d'inquisiteurs affirmant de la manière la plus positive l'existence de relations entre la magie et les hérétiques de cette époque. Gœrres cite un extrait de ces actes, qu'il a pris au n" 3446 des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris. On lit dans cet extrait, qui se rapporte à une situation datant du XIIP siècle : « Il y a environ deux cent » soixante-dix ans, les Vaudois et les Pauvres de Lyon » étaient fort répandus dans le pays. Mais la première » de ces sectes était bien différente delà seconde. Les » Vaudois proprement dits étaient simplement héré- » tiques, comme on le voit par le livre de Dodon ; les » autres étaient pires que cela; c'étaient des apostats » cachés, des idolâtres et d'horribles sacrilèges. Que )) les juges sachent bien que les magiciens et magi- » ciennes et ceux qui invoquent le Diable sont, pour » la plupart, desVaudois de la seconde espèce. Néan- » moins, tous les Vaudois, parce qu'ils so?it Vaudois )) et par l'effet même de leur réception dans la société » vaudoise, sont formellement des gens qui évoquent » les démons, quoique tous ceux qui évoquent les dé- » mons ne soient pas pour cela Vaudois ; mais bien » souvent ces deux choses se trouvent réunies ^ » Après cette citation, Gœrres ajoute que, à la suite de la Vaudoisie, les procès de sorcellerie devinrent de plus en plus fréquents. Cet honnête illuminé, et les théologiens ecclésiastiques ou laïques^, moins honnêtes peut-être, les derniers surtout, qui ont reproduit le même extrait, ne craignent pas d'y baser la preuve

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