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Hist, de Fratice, t. III

rainement à l'honneur du roi, peut-être môme au salut de sa couronne , de prévenir une réaction h Paris. Une condamnation, coûte que coûte, était indispensable ; on allait la brusquer. Philippe, n'espérant point l'obtenir de la commission papale présidée par l'archevêque de Narbonne, imagina un biais, qui lui réussit. Il commença par renoncer à sa poursuite contre la mémoire de Boniface VIII, déclarant s'en remettre pour le jugement à la sagesse de Clément V, et, après avoir ainsi mis à l'aise la conscience du pape, il lui demanda et obtint la nomination du jeune Philippe de Marigny, frère du fameux Enguerrand, à l'archevêché de Sens. L'intronisation du nouveau métropolitain eut lieu en avril 1310, et dès le 10 mai suivant, il assemblait à Paris un concile provincial, qui évoquait à lui l'affaire des Templiers. La commission papale protesta, alléguant la bulle qui l'instituait. Le concile répondit que, le pape ayant rapporté la bulle antérieure qui suspendait les juges ordinaires, ces juges étaient par ce fait même réintégrés dans leurs pouvoirs. On eut, de la sorte, en face l'une de l'autre, deux commissions : la commission papale et la commission royale, le concile présidé par rarchevôque Marigny n'étant, au fond, qu'une commission du roi. La première n'osa répliquer; elle laissa faire l'autre, et celle-ci, dès le lendeniciin de sa réunion, 11 mai, s'estimant suffisamment instruite, prononçait son jugement. Cinquante-quatre chevaliers, déclarés relaps, furent condamnés à mort, et le mardi, 12, brûlés vifs à la porte Saint-Antoine ; les autres détenus furent, les uns mis en liberté, les autres réservés jusqu'à plus ample déclaration.

Au concile œcuménique de Vienne, qui s'ouvrit le 16 octobre de l'année suivante, 1311, sous la présidence du pape, la première question qui se posa, une

des trois qui avaient motivé la convocation \ fut l'affaire des Templiers. Les évêqaes ne jugèrent pas que la cause eût été suffisamment éludiée et déclarèrent que les chevaliers du Temple, toujours tenus par eux comme de simples accusés, nonobstant la condamnation du concile provincial de Paris, devaient être entendus dans leurs défenses. Tel fut l'avis des prélats d'Italie, un seul excepté, et de tous ceux d'Espagne, d'Allemagne, de Danemark, d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Les évoques français opinèrent dans le môme sens, à l'exception, tout naturellement, de Philippe de Marigny, de l'archevêque de Reims et de celui de Rouen : le premier avait sur la conscience la mort des cinquante-quatre Templiers brûlés vifs à la porte Saint-Antoine, le second en avait fait brûler neuf à Sentis, et le troisième, Bernard de Fargis, était neveu du pape et tout à sa dévotion^. « Permettre aux Templiers de se défendre, ainsi que le fait observer l'abbé Guettée^, c'était reconnaître qu'on ne regardait pas leur culpabilité comme incontestable; c'était condamner, par conséquent, les cruelles exécutions dont ces prélats s'étaient rendus coupables. » Il fallait à tout prix couper court à l'affaire. L'avis solennel des Pères du concile avait été émis en décembre 1311 ; le mercredi saint, 22 mars de l'année suivante, le pape, jugeant qu'on n'obtiendrait rien des évoques, prononça lui-môme, de sa seule autorité, dans un consistoire secret de quelques prélats et cardinaux, l'abolition de l'Ordre militaire du Temple, et, le 3 avril, il signifia cette résolution au concile, en présence du roi Philippe le Bel, de son frère Charles de Valois et de ses trois fils Louis, Phi-

1. Les deux autres étaient le recouvrement de la Terre-Sainte et la réforme de la discipline ecclésiastique,

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