Moeurs et pratiques dos démons, cliap. XV
» grand nombre d'aveux, et pareillement de nom- )) breux supplices. Le roi, averti des faits, ordonna )) une enquête plus étendue, par suite de laquelle il » fut constaté que la tentative s'étendait à plusieurs » provinces, et que les lépreux avaient agi à l'insti- » gation des juifs. L'accusation remonta même » jusqu'au roi maure de Grenade, qu'on désigna » comme premier auteur du crime. On sut, par les » aveux des accusés, que le maléfice se composait )) de sucs vénéneux, d'urine de lépreux, de sang et » de bave de reptiles, de quelques autres ingrédients » qu'ils ne purent nommer, et se compliquait d'une )> horrible profanation ^ . »
Ainsi, on ne doute plus aujourd'hui, dans des milieux théologiques où eussent étouffé les individualités religieuses autrement grandes du XVIP siècle, que, au moyen de poisons composés d'urine delépreux, de sang et de bave de crapaud, de poils de chauvesouris, de cheveux de femme enduits d'une liqueur noire et puante, et à l'instigation d'un roi maure de Grenade, des juifs et des sorciers, à qui la torture faisait avouer tout ce qu'on voulait, n'aient empoisonné des fontaines, des sources, peut-être des rivières et' des fleuves, et causé de la sorte, dans notre terre de France, les maux dont souffraient, pourtant, avec nous l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, l'Orient et les contrées infidèles elles-mêmes ! Et non seulement on n'en doute pas, mais on sourit « avec le dédain de la pitié » du doute d'autrui à cet égard. Le même crime, comme disent nos docteurs,- — le crime d'empoisonnement des eaux, — s'étant reproduit, accompagné des mômes aveux, sous le règne de Charles VI, ils en concluent triomphalement qu'il n'y a rien de mieux établi dans l'histoire. Ils pa-