Ilist. de Satan, p
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ralssenfc avoir oublié que la peste de 1348, la «' Grand'Mort », la « Mort du Monde », qui désola l'univers entier, l'opinion publique la mit de même sur le compte de la u merdaille de Judée, »• ainsi que s'exprime Guillaume de Machaut, et de malheureux déshérités, sorciers et sorcières, que l'on traqua partout, ensemble avec les juifs, dont on fit un effroyable massacre.
Ils eussent été tout aussi fondés, pourtant, à accuser les Juifs et les sorciers de la mort des vingtcinq millions et plus de personnes que rafla la peste noire en Europe, sans compter ce qui périt en Asie, qu'ils le sont à attribuer aux poisons enchantés de ces mômes Juifs, lépreux et magiciens les épidémies précédantes. Puisque, à leurs yeux, les aveux arrachés à ces malheureux par la torture établissent suffisamment leur culpabilité sous Philippe-le-Long et Charles IV, on ne voit pas pourquoi ces mômes aveux seraient exceptés du privilège convictionnel, sous Philippe de Valois, en ce qui concerne la grande épidémie de l'an 1348' et des années suivantes. L^inflexible logique populaire, qu'on appelle la voix de Dieu, — vox pojndi, vox Del, — n'avait |pas fait la différence : on extermina durant la Peste noire comme on avait exterminé précôdemmont et de la môme mamière. Le massacre des auteurs de maléfices fut général ; il n'échappa,dit un auteur, que ceux qui purent se cacher ou fuir assez prestement.
Si le saint évoque du IX" siècle Agobard de Lyon, dont j'ai cité, au chapitre II de ce livre, un remarquable fragment d'écrit touchant les empoisonneurs de rivières, peut, du haut de l'éternité, entendre ce qui se débite dans le monde religieux de nos jours, ne doit-il pas le croire retourné au paganisme. Lui qui, à propos des tempôtiers et des semeurs de poudre magique du duc de Bénévcnt, exprimait le
doute que les païens, disposés à tout admettre, eussent daigné arrêter leur attention à de pareilles sottises, que penserait-il de nos théologiens ultramontains? Je doute, de mon côté, qu'il se crût, avec eux, en compagnie chrétienne.
Le misérable règne de Philippe Vf, qui avait pourtant débuté par « grandes livrées et grands dépens, avec tournois, banquets et fêtes de chaque jour, » ne fut pas de ceux qui eussent pu enrayer les progrès de la sorcellerie, cette religion du désespoir. Le Diable y eut ses grandes livrées, lui aussi, et son autorité, qui allait toujours croissant, y lutta sans trop de désavantage avec celle du roi et de l'Église. Parmi les nombreux procès où le chef de magie figure en première ligne, je citerai celui qui fut fait à un petit neveu de saint Louis, au fameux Robert III d'A.rtois, qu'a rendu tristement célèbre la vengeance anti-patriotique qu'il en tira. Ce prince était petit-fils de Robert II, qui de sa première femme, Amicie de Courtenai, avait eu deux enfants, Philippe et Mahaut ou Mathilde. Philippe mourut en 1298, quatre ans avant son père. Celui-ci périt à la bataille de Gourtrai, le 11 juillet 1302. Aux termes de la loi des apanages et de celle de la pairie, l'une et l'autre exclusives des femmes, sa succession eût dû passer à son petit-fils. Il n'en fut pourtant pas ainsi. Un arrêt du parlement, fondé sur ce que la représentation n'aurait pas eu lieu dans l'Artois, adjugea l'héritage à la fille du feu comte. Devenu homme, le fils de Philippe réclama, et un nouvel arrêt du parlement intervint, qui confirma le premier et en étendit môme le principe à tout le royaume, annulant de la sorte toute distinction entre fiefs masculins et fiefs féminins. Mais quand arriva au trône Philippe de Valois, dont il avait épousé la fille et qui était son ami, Robert
jugea le moment favorable pour revendiquer de nouveau ses droits. Le roi paraît^ du reste, l'y avoir encouragé. Avec son appui, bien que secret, l'afTaire du prétendant prit dès l'abord une tournure qui annonçait une heureuse issue. Le parlement, sur de nouvelles pièces produites^ avait ordonné la révision du procès. Tout à coup, au moment où l'on devait le moins s'y attendre, le roi est pris de doute, puis il éclate en violente réaction contre lui-môme. La comtesse Mahaut et sa fille, veuve de Philippe-le-Long, étant décédées assez subitement dans le cours de l'enquête, les ennemis de Robert, au nombre desquels on doit compter la reine elle-même, persuadèrent à Philippe VI que ces deux morts étaient le résultat d'un envoûtement pratiqué par son beaufrère. Il y avait là plus qu'il ne fallait pour vaincre les hésitations du monarque ; mais quand on l'eut convaincu, en lui montrant des voults baptisés de son nom et de celui de la reine, que sa vie ellemême avait été mise en danger, il n'y tint plus. Affolé de terreur, il ordonna l'arrestation de toutes les personnes dont on voulait se débarrasser, entre autres, d'une demoiselle Divion, qui fut brûlée vive. Quant à Robert, craignant les conséquences que pouvait avoir pour lui une accusation de cette nature, il quitta secrètement le château de Namur, où il se trouvait alors, et passa en Angleterre déguisé en paysan. On sait les maux que son ressentiment, joint à celui d'un autre traître, Geoffroy d'Harcourt^, amena pour la France : la guerre de cent ans y a une de ses origines. Que ce Robert d'Artois ait voulu la mort de la comtesse Mahaut et de safille^ d'abord, puis celle du roi et de la reine ; que cette mort, si désirée et dont il espérait tant, la brutalité de sa vengeance ait eu recours, pour la procurer, à V envoûtement et à d'autres maléfices dont l'efficacité ne devait
pas lui paraître douteuse, je crois qu'on peut le tenir pour établi. S'il suffisait d'une mauvaise intention de la part de quelqu'un pour le faire condamner, il n'y aurait donc trop rien à dire de ce chef du jugement rendu contre Robert et contre ses complices. Mais ici, ce que l'on poursuivit,, ce fut une tentative effective, un acte réel, une attaque à dessein de tuer '^ non pas même une simple fiction. Ce point de vue, néanmoins, ne doit pas être considéré comme celui qui détermina les procédures inquisitoriales contre la sorcellerie ; il ne fut que secondaire ; le pacte explicite ou seulement implicite avec le Diable, l'acte démoniaque, tel a bien été, ainsi que je l'ai dit et que la suite le démontrera encore, le trait essentiel qui distingue ce procès de tous ceux de genre analogue dans l'antiquité.
Le règne de Philippe VI avait débuté par une velléité d'apparente énergie contre les empiétements de l'autorité ecclésiastique. Dès le mois de décembre de l'an 1329, le roi, qui avait reçu de nombreuses plaintes de ses officiers, réunit à Paris une assemblée des principaux évoques et seigneurs de son royaume, pour leur faire fixer les limites des droits respectifs des deux puissances. L'avocat général Pierre de Gugnières fut chargé de défendre ceux du prince. Des soixante-six griefs formulés par lui en son rapport il ressort que, à cette époque^ l'Église était à peu près seule maîtresse de la justice civile, comme elle pouvait le devenir, par l'Inquisition, de la justice criminelle. C'est ainsi, d'après ce rapport môme, que non seulement elle avait ses notaires propres, qui, en terres séculières, recevaient les contrats de toutes personnes s'adressant à eux, mais qu'elle imposait aux notaires royaux, sous peine d'excommunication,