‹ Le diable [microform]Chapitre 148 sur 182 · V. Goldast, Monarcliia Sa/idi Homani luiperii · texte numérisé non relu

V. Goldast, Monarcliia Sa/idi Homani luiperii

ment le roi, n'ont pas été publiés par mon ordre; je n'en ai rien su et ne les approuve point. » On ne sache pas, néanmoins, que, pour se venger de ce lÉiche mensonge, il ait fait expier à personne l'incroyable audace d'une pareille publication. En résumé, de tout ce beau déploiement de zèle royal il ne résulta qu'une chose, qui fut juste le contraire de ce qu'avait voulu Philippe en convoquant l'assemblée de notables de décembre 1329, Ne pouvant arrêter les empiétements de l'Église, il leur laissa libre carrière ; et pour donner au pape un témoignage éclatant de résipiscence^ il éleva l'Inquisition au rang de Cour royale, ce que confirme un acte du Parlement de Paris du 2 mai 1331. Peut-être espérait-il par là s'en rendre le maître. Dans tous les cas, il fit preuve de bien peu de clairvoyance et montra qu'il ne connaissait guère son monde; car, une fois la justice ecclésiastique dans la place, le véritable maître ne fut plus le roi. Ce titre nouveau de Cour royale, dit Lamothe- Langon \ « consolida singulièrement l'Inquisition et » lui procura une plus haute importance ; il releva » sa juridiction, que diverses autres Cours de justice » contrariaient dans son exercice». En 1334, le même prince reconnut expressément la compétence du Tribunal inquisitorial en matière de magie.

Rien ne gênait donc plus l'Inquisition, Aussi s'en donna-t-elle tout son soûl. De 1320 à 1350, on jugea à Carcassonne plus de quatre cents sorciers et sorcières, dont les deux tiers furent envoyés au bûcher. A Toulouse, dans le môme espace de temps, on en jugea six cents : sur ce nombre, quatre cents furent livrés au bras séculier. Dans le milieu du siècle, à la suite de la peste noire, qui no contribua pas peu à grandir la haute renommée du Diable, les exécutions

i. Hial. de ringui.si/.io)i, L 1, p. C[),

ne furent pas moins nombreuses; on en compte, entre autres, trente et une pour la seule ville de Garcassonne et clans la seule année 1357.

Les autres pays de la chrétienté ne furent pas plus exempts que la France du fléau démoniaque en ce môme quatorzième siècle. M. Thomas Wright cite, de cette époque, un procès de sorcellerie qui eut lieu en Irlande et qu'il tient pour « un des exemples les )) plus remarquables que le moyen âge nous ait trans- )) mis de l'usage qu'on pouvait faire des superstitions » populaires comme moyen d'oppression ou de ven- » geance, quand d'autres moyens plus légitimes » manquaient * ». A tous les points de vue, ce procès est intéressant et vaut la peine qu'on le raconte. C'est le premier de ce genre que l'on connaisse dans les États du roi d'Angleterre.

Le comté de Kilkenny, en Irlande, un des plus riches de l'île, fut naturellement un de ceux où l'invasion anglo-normande, à la suite de l'autorisation donnée par le pape Adrien IV, en 1156, au roi Henri II Plantagenet, fonda ses premiers établissements. Dès avant la fin du XIII" siècle, cette partie de la nouvelle acquisition anglaise était déjà couverte de cités florissantes, où le commerce et l'industrie prospéraient. La plus importante de ces cités était alors celle dontlecomté atirésonnom. Kilkenny, ville • forte, avec château qui la commandait, avait une population de marchands, parmi lesquels se trouvait un riche banquier appelé William Outlawe. Ce banquier avait épousé une riche héritière du nom d'Alice Kyteler ou Le Kyteler ; mais il ne fut pas longtemps en ménage. 11 mourut vers la fin de 1302, et sa veuve se remaria avec Adam le Blond, de Callan, un des grands propriétaires du pays. Adam ne vécut pas

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