Id. V
son Messie : « Tu es mon fils, je t'ai engendré au- » jourd'hui. Demande-moi, etje te donnerai les nations » pour héritage, le monde d'un bout à l'autre pour » domaine. Tu les gouverneras «yec une vierge de fer ; )) tu les briseras comme un vase sorti des mains du » potier. Et maintenant, ô rois, comprenez ; vous qui » jugez la terre, instruisez-vous. » Il n'y avait pas de grands efforts de déduction à faire, reconnaissons-le, pour inférer de ces textes la parfaite légitimité de l'Inquisition et le droit, pour le pape, de l'exercer directement ou par délégation, sans que les évoques eussent à s'en mêler autrement que comme délégués eux-mêmes de Tautorité apostolique. Quant au droit de brûler les hérétiques, par conséquent aussi les sorciers, Bartole le déduit tout aussi savamment de l'Ëvangile. Jésus avait dit : « Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit doit être coupé et jeté au feu^ . » Comme il n'y a ici qu'une figure, l'arbre qui ne produit pas de bon fruit ne pouvant désigner que les gens mis au ban de l'Église, la déduction était rigoureusement logique : il faut les brûler.
Ces doctrines, qui furent celles de tout le moyen âge, tant laïque qu'ecclésiastique, le Syllabiis de décembre 1864 les a formellement consacrées : « Anathème, y est-il déclaré, à qui dira : L'Église n'a pas le droit d'employer la force ^. » Un peu plus haut, la sainte déduction à la manière des Bartole avait déjà reçu cette autre consécration : « Anathème à qui dira : La méthode et les principes d'après lesquels les anciens docteurs scolastiques cultivèrent la théologie ne sont plus en harmonie avec les besoins de notre époque ni avec le progrès des sciences ^. »
L'encyclique Quanta cura, qui précède, sous forme
i. Malt. c. III, V. 10 \ c. VII, V. 19. Luc, III, a. 2. Art. XXIV.
e. Art. XIII.
d'exposé de motifs, les quatre-vingts propositions anathématisées par le Syllabus^ explique et développe en ces termes l'anathème XXIV, que je viens de citer : « Il n'est pas rare de rencontrer, de nos jours, des )) hommes qui, appliquant à la société civile le prin- M cipe impie et absurde du naturalisme, comme ils » appellent cela, osent affirmer ....... contrairement
» à la doctrine de la sainte Ecriture, de l'Église et des » saints Pères, que la société se trouve dans la situa- » tion la plus favorable quand on n'y reconnaît pas,. » pour les dépositaires du pouvoir, l'obligation de » réprimer par la sanction des peines les violateurs » de la religion catholique, si ce n'est autant que la >) tranquillité publique le demande. » Ce qui veut dire que les gouvernements temporels ont le devoir de réprimer par des peines toute violation de la loi ecclésiastique, alors même que la tranquillité publique ne serait point menacée; que, par conséquent, toute tolérance, de leur part, d'une dissidence ouverte et affichée en matière religieuse, est une trahison, et que, pour avoir perdu sa légitime place dans le gouvernement des sociétés chrétiennes, grâce aux envahissements de l'esprit de révolte, l'Inquisition n'en demeure pas moins le principe absolu et la véritable base de l'ordre catholique. Et pour qu'il ne reste aucun douté sur la rigoureuse logique de cette déduction, je n'ai qu'à citer ce qui suit immédiatement dans la dite encyclique : « Partant de cette idée absolument fausse du » régime social, ils osent soutenir cette opinion « erronée, si funeste à l'Église catholique et au salut » des âmes, opinion appelée cléB^e par Grégoire XVI, » notre prédécesseur d'heureuse mémoire, à savoir » que la liberté de conscience et des cultes est un » droit propre à chaque homme, un droit qui doit » être proclamé et assuré dans toute société bien » constituée ; que les citoyens ont droit à la pleine
» liberté de manifester et de proclamer hautement » et publiquement leurs opinions,, quelles qu'elles » soient, par la parole, par la presse, ou par d'autres » moyens, sans qu'aucune autorité, soit ecclésiastique, » soit civile, puisse refréner cette liberté. » Un peu plus loin, il est dit encore : « Ils ne rougissent pas d'af- » firmer.... que l'Église n'a pas le droit de réprimer » par des peines temporelleslesviolateursde seslois. »
Aux catholiques, — s'il y en a de tels aujourd'hui, — qui, à l'exemple des grands théologiens du XVIP siècle, pourraient s'offusquer de pareils anathèmes, l'encyclique répond : « Nous ne pouvons » non plus passer sous silence l'audace de ceux qui, i) ne supportant pas la saine doctrine^ osent prétendre )) qu'on peut sans péché, et sans que la foi catholique » en reçoive la moindre atteinte, refuser l'obéissance » aux sentences et décrets du Saint-Siège apostolique )) ayant pour objet établi le bien général, les droits » et la discipline de l'Église, dès que ces sentences » efc décrets ne touchent pas aux dogmes de la foi et >) de la morale. Il n'est assurément personne qui ne » voie clairement qu'une telle opinion est contraire » au dogme catholique concernant la pleine autorité » donnée au Ppntife romain parN. S. J.-G, lui-môme » de paître le troupeau fidèle, de régir et gouverner » l'Église universelle. »
Tous les évêques, je le sais, n'ont pas affirmé aussi explicitement que celui du Puy le caractère « dogma- » tique et infaillible de l'enseignement contenu dans » l'encyclique de Pie IX ; » mais il n'en est plus un seul aujourd'hui qui osât, comme, au lendemain de sa publication, l'oratorien Newmann, depuis cardinal, le qualifier de simple catalogue de librairie et lui refuser son obéissance, sans courir le risque de l'anathème formulé en la « constitution dogmatique » du 48 juillet 1870.
La vraie doctrine catholique touchant le gouvernement des sociétés humaines est donc bien celle qu'enseignèrent, au XIIP siècle, lesEymericetles Bartole, et que pratiqua, avec la vei^ge de fer que l'on sait, la sainte Inquisition.
Et maintenant, dirai-je, à mon tour, concluant par les paroles précitées du Psaume II, comprenez, ôrois; vous qui jugez la terre, instruisez-vous: Et 7îimc, reges, inteUigite; erudimini^ qui judicatis terram.