Eccles., I
est pas moins vrai que beaucoup de ses traits ont une apparence de noblesse et de grandeur capable de faire illusion touchant la nature même du sujet. Jéhovali est capricieux ; il se détermine sans motif saisissable pour la raison humaine^ à laquelle, du reste, il ne doit aucun compte, car, lorsqu'il a parlé, tout doit se taire, et sa volonté est son unique loi, comme elle est l'unique loi de la création. Il a créé le monde, en effet, sans qu'on sache pourquoi : ce n'a pas été pour se grandir ni pour être plus heureux, puisque rien ne saurait ajouter à son infinie perfection ; ce n'a pas été non plus par amour de ce qui, dans le néant absolu, n'aspirait point à être et n'avait besoin de rien, ni de créatures hypothétiques dont les quatre-vingt-dix-neuf centièmes, dans son infaillible prescience, devaient passer de la lumière d'un jour à d'éternelles ténèbres, d'une minute d'espérance de bonheur aux tourments inénarrables d'un enfer qui ne doit pas finir. Jéhovah est colérique; d'un bout à l'autre de la Bible il n'est question que de ses accès de mauvaise humeur et de violence. Il est jaloux, brutal et morose dans sa jalousie. Tout démesurément grand que l'ait imaginé la foi, elle lui a laissé nos passions les plus mesquines, les plus communes vulgarités de la vie au jour le jour. Au fond, il n'est pas grand: c'est quelque chose de gigantesque, de colossal et d'im.mense; mais la vraie grandeur,
cette majesté noble et sereine de la suprême paix de la pensée, lui fait entièrement défaut. A côté du Jupiter de Gléantlie, ce n'est guère qu'un cyclope. Néanmoins, s'il n'y a pas chez lui la magnanimité généreuse du Divin hellénique, il est parfois clément et miséricordieux. Sa royauté n'a rien de commun avec la royauté populaire d'un Thésée, par exemple, ni d'aucun des anaks argiens du siège de Troie. Ce n'est pas dans la conscience des hommes qu'elle a ses racines ; elle est subie plutôt que consentie par la raison ou voulue par l'amour. Jéhovah est un monarque oriental : seul, vivant en dehors du monde, sans aucun lien naturel qui l'y rattache, ne voyant, ne connaissant^ n'aimant, au fond, et n'adorant que lui-même. Il n'a, en effet, créé le monde de rien que pour lui , et c'est pour lui , pour s'en faire adorer qu'il le conserve. Sa volonté est sa seule raison ; son droit, c'est saforce. Tandis quele Zeus grec s'impose à la conscience humaine par la persuasion et l'évidence \ tandis qu'il règne par la raison et sur des hommes libres^Jéhovahrègnepar la terreur et ne commande qu'à des esclaves. Les oracles des dieux grecs pouvaient être discutés : les Guméens, invités par celui des Branchides à livrer Pactyas, leur hôte, au roi Cyrus, quile réclamait
i.Soi 07] Kxç, oÔ£ zdaixo; sXwcjo'ijlevo; Tzepl yoûav -siOsiraf', Gléanthe, Hymne à Jupiter.