‹ Le diable [microform]Chapitre 19 sur 182 · Orelli.N, Hl9.Af. Henzen, n" H07, et Vogel, 0. S · texte numérisé non relu

Orelli.N, Hl9.Af. Henzen, n" H07, et Vogel, 0. S

2. Invocation citée par M. G, Boissicr, la Weligion romaine, II, p. 417.

tout bon et miséricordieux qu'il puisse paraître, n'est pas un père véritable, car il n'a rien de commun avec notre nature ; c'est toujours le maître tout-puissant de l'ancienne loi, le monarque oriental, avec i|ioins de rigidité, pourtant, dans la forme extérieure, plus de douceur apparente dans le gouvernement du monde, l'air, en un mot, plus paternel. Comme Jupiter, celui, du moins, qu'avait généralisé la conscience religieuse hellénique, est autrement père que cela ! Ce Jupiter, lui, est un parent, dont nous sommes bien, nous, les rejetons solidaires, non pas des enfants adoptifs, sortis de terre ou tirés du néant par sa parole, mais de véritables enfants de sa lignée, rattachés à lui et à sa divine nature par tous liens du sang, issus de sa cuisse et remontant, pour notre généalogie, jiis-

qu a son éternité ; ly, aou yàp ysvoç iau.zv

Plusieurs chapitres des Évangiles, notamment de St Luc et de St Jean, offrent, il est vrai, une image de Dieu dont quelques-uns des traits semblent se rapprocher de ceux du Jupiter hellénique.

Le dieu juif y apparaît transfiguré ; ce n'est plus le Jéhovah bibhque, « terrible par-dessus tous les dieux ». La loi nouvelle, qui est une loi d'amour greffée sur une loi de crainte, a modifié la physionomie de Jéhovah, dont elle a fait non-seulement un père céleste, mais l'essence même de l'amour :

1. V. Les Origines delà Religion, l, p. S9. (M. Drcyfous, éditeur).

Deus diaritas est ^ C'est la crainte de Jéhovah, dit encore le livre de la Sagesse, qui distingue les justes et les fidèles ; mais c'est à leur charité, en imitation de celle du dieu-homme, ajoute l'Évangile, que l'on doit connaître les chrétiens. Et en invitant ceux qu'il appelait ses petits enfants, filioli, à s'aimer les uns les autres comme il les avait aimés lui-même, pour former avec lui et le Père une communion d'amour, le doux maître avait raison dé dire qu'il leur donnait un commandement nouveau ^ Cependant, il ne faudrait pas s'y méprendre; ce n'est point, même dans l'Évangile, d'une communion naturelle qu'il s'agit. Qu'y a-t-il de commun, en effet, entre nous et le Père céleste ? Nous ne sommes pas plus de sa lignée que de celle de Jéhovah, et le lien qui nous unit à lui n'est qu'un lien mystique que l'imagination a noué, mais qu'un souffle de la raison peut rompre. Cet amour, qui n'est guère, du reste, qu'une concupiscence spirituelle, ne diffère que par son objet de l'amour des sens. Rien de beau, rien de grand, certes, comme ces divines paroles: « Tous faisant un en toi, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin qu'ils ne soient qu'un en nous ! » C'est bien là, en effet, dans cette communion universelle, qu'est

\. Saint Jean, IVj 7.

2. Mandatum novum do voins, ut diligatis invicem sicut dilexi vos; .. in hoc cognosce7ît omnes quia discipuli mei estis. Saint Jean Xm, 34 et 35.

la plénitude de la yie : coiisummatio in unum. Mais cette communion est-elle ici réelle, et peut-on dire, avec la notion sémitique de Dieu à la base, qu'elle développe et complète la vie en nous ? Non : en associant la grande idée aryenne de la solidarité de toutes choses avec le dieu des Juifs, rriellénisme christianisé n'a pas eu la main heureuse ; il a jeté hors de la nature le vrai Père, ce Jupiter que Gicéron, malgré l'erreur étymologique, quahfiait si justement de juvans pater % et il a perverti, au profit d'un mysticisme sans base positive, la tradition du Divin dans la race humaine à laquelle nous appartenons. Le Père céleste de l'Évangile n'est, au fond, que Jéhovali transfiguré ; relativement cl Jupiter, c'est une transsubstantiation, du Divin hellénique.

Un trait plus particulier encore, le trait caractéristique par excellence, distingue essentiellement sa physionomie de celle du dieu grec. Ce trait, assez iyrutalement accentué dans la figure du Jéhovah biblique pour frapper à première vue, ressort, dans celle du Père céleste, de l'ensemble de la doctrine chrétienne comme de l'idée de droit généralement attachée à l'autorité paternelle, aussi bien qu'au principe de la propriété individuelle, dans les sociétés pa(riarcaîes. Le Dieu de l'Évangile est un père miséricordieux, répandant ses grâces avec une

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