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CHAPITRE PREMIER

DE l'existence PERSONNELLE DU DIABLE

Le Diable n'est pas tout le Christianisme, comme l'a cru ou, du moins, comme l'a dit Voltaire; mais il en est partie intégrante, essentielle môme. « Dieu et le Diable, ainsi que s'exprime très justement Nicole, c'est, toute la religion. » Les' rigueurs de l'orthodoxie dogmatique exigent que nous tenions ce personnage pour la raison déterminante de l'œuvre chrétienne. Otez le Diable, en effet, et toute la charpenteriô de PÉgiise s^effondre dans le vide : plus de péché originel, plus rien qui explique le besoin d'une réparation, le rachat par le sacrifice de la Croix, l'action de la grâce, l'Enfer, le Purgatoire, le ciel mômeoii, dans un béatitude égoïste, dont la saveur est rehaussée parle contraste des souffrances d'autrui, de ceux-là mômes, pères ou enfants, que nous avons pu aimer sur la terre, trônent les vainqueurs prédestinés de la tentation diabolique.

Da reste, les docteurs chrétiens sont unanimes à cet égard : il est de foi que le Diable existe, non pas comme pure abstraction, comme une sorle d'argument philosophique pour expliquer la mal, mais comme individualité, comme personnalité réelle. C'est quelque chose de vivant, qui se meut, s'agite, a une volonté comme la nôtre, parle, au besoin, et môme peut parler toutes les langues; car il n'a pas de nationalité, il est de tous les pays et se trouve chez lui aussi bien au nord qu'au midi, à Torient comme à l'occident, partout en un mot. Le contester ne serait pas seulement une hérésie, ce serait une négation du principe chrétien, un blasphème abominable, presque de l'athéisme. « Depuis Epicure et Lucrèce jusqu'à MM. Hugo et Littré, Tuine et Renan, dit un démonographe contemporain, le père Delaporte, professeur de dogme à la faculté de Bordeaux, les athées ont été à peu près seuls à nier l'existence du Diable^.» Un autre démonographe de ce siècle et de ce temps-ci, M. le chevalier Gougenot des Mousseaux, ajoute, de son côté, que « le Diable est l'une des premières colonnes de la foi, » Il est certain, d'après ce pieux auteur, que « c'est un des grands » personn:iges dont la vie se lie à celle de l'Église; » car, sans sa parole, sortie victorieuse de la bouche » du serpent, son médium, la chute de l'homme ne » se fût point accomplie. Sans lai, donc, le Vain- » queur de la mort, le Sauveur, le Crucifié, le Ré- )» dempteur ne serait que le plus ridicule des compar- » ses, et la croix une insulte réelle au bon sens 2. » il y a, du reste, dans l'Évangile, des textes formels

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