La Mystique divine, t. II, p, 1S
prélats et leursuite, un nombre, infini de filles pu^ bliques : incredibilïs multitudo meretricum. Or, il fu reconnu que ces filles n'étaient que des démons déguisés. Le Formicarius de Nider et le Marteau dei sorcières de Sprenger, qui ont fait longtemps autorité en ces matières, l'assurent positivement. Toutefois, je ferai remarquer que le saint concile, qui brûla Jean Huss et Jérôme de Prague, deux hommes fort honnêtes, incontestablement, mais inculpés d'hérésie, c'est-à-dire d'intelligence avec le Diable, paraît avoir laissé vivre tranquillement à Constance ei trafiquer à leur aise les filles en question, ce qui tend à infirmer l'autorité de Nider et de Sprenger.
Le cardinal Bona, que je citais plus haut, dit qu'en général les apparitions de femmes doivent être tenues pour suspectes, surtout quand c'est à des hommes qu'elles s'adressent.
D'après une tradition mentionnée par Réginald Scott \ qui la traite de « grosse bêtise », le Diable, dont nous venons de constater l'habileté à prendre toutes les formes, ne pourrait, cependant, rien créer de moindre volume qu'un grain d'orge. Ceci serait confirmé par l'impuissance où il se trouva, en Egypte, d'imiter la troisième des fameuses plaies et de produire de la vermine, à l'exemple de la yQ,?^z d'Aaron. Nous verrons ultérieurement que Réginald Scott a eu raison de douter de cette impuissance, et que l'échec du diable, en la circonstance, n'implique rien dont on puisse inférer quoi que ce soit de désavantageux pour sa réputation.
En terminant ce chapitre, je veux rappeler une forme bizarre, assez fréquente, néanmoins, para:t-il, que prenait notre personnage quand lui venait l'envie de jouer quelque mauvais tour à un moine. Jac-
I, De la sorcellerie, p. 314.
ques de Voragine, en sa Légende dorée, raconte pieusement que, saint Dominique se trouvant à Bologne, on lui amena du cabaret un frère, rond comme barrique, et si lourd, qu'on avait dû se mettre à dix pour le porter. Saint Dominique, qui s'y entendait, jugea que la chose était trop forte pour que le Diable n'y eût pas quelque part. S'adressant donc au Malin comme s'il le voyait, — et peut-être le voyait-il, car que n'a-t-il pas vu ! — il lui dit : « Je te somme, esprit impur, de me dire pourquoi tu oses tourmenter ainsi une créature de Dieu, et comment tu as eu l'audace d'entrer ici. » Le diable, qui est quelquefois bon chrétien, répondit, comme l'aurait pu faire un dominicain zélé, qu'il avait voulu punir le cher frère d'être entré au cabaret sans la permission de son prieur et d'avoir bu sans faire le signe de la croix ; que, pour cela, il avait pris la forme même du vin absorbé par le gourmand et avait pénétré ainsi dans son corps. Jacques de Voragine ajoute que le Diable résista toute la nuit à la sommation et n'évacua la place qu'à l'aube, au coup de matines, 'probablement après cuvage fini du méchant drôle.