DIEU ET LE DIABLE
Dieu et le Diable! Gomme symbole du bien et du mal, ce dualisme date, dans l'âme humaine, du jour oii elle commença à réagir par l'amour et la crainte contre les impressions du dehors ; comme symbole des deux forces opposées qui déterminent toute évolution de la vie de l'esprit, il est contemporain des débuts de la conscience. Ce sont en quelque sorte les deux frères ennemis : Gain et Abel, Étéocle et Polynice, Ésaû et Jacob, Romulus et Rémus. Dans la doctrine mardéenne, du moins telle que la constituèrent les modifications introduites postérieurement à Alexandre, Ahriman, le dieu mauvais, celui qui est devenu le type du Diable d'après la captivité de Babylone, de l'Apocalypse et du Ghristianisme, naquit le même jour qu'Ormuzd, le dieu bon, du dédoublement de Zervan Akarana, l'Etre indéfini, ce qu'onpourrait appeler l'hiconcret.
OU l'Inconscient, pour me servir d'expressions modernes. Ce Zervan Akarana était conçu tout à la fois comme une fatalité vivante, un impulsus aveugle, quelquechose d'analogue au Destin de la mythologie latine, ou encore comme l'espace qui embrasse tout, Océan sans limite, dans lequel tout se produit, le bien et le mal, le beau et le laid. C'était une sorte de substance irréductible et purement potentielle, sans concrétion. S'il avait eu, comme Jéliovah, une langue pour parler, il eût pu dire avec plus de raison, dans l'ordre absolu, que le Dieu des Juifs ne l'a dit de lui-même : « C'est riioi qui ai fait la lumière et créé les ténèbres ; c'est moi qui fais le bien, c'est moi qui ai fait le mal : je suis celui qui a tout fait ^ « . Placé en deliors du grand combat de la vie, il en est le spectateur indifférent, et « c'est pourquoi, dit très justement Friedrich Spiegel, beaucoup d'Erâniens ont pu croire qu'Ahura Mazda (Ormuzd) et AgroMainyus(Ahriman) étaient, l'un aussi bien que l'autre, des créatures du Temps indéfini " » .
Dieu et le Diable sont donc issus du même père : ils sont frères consanguins. Mais il y a un aîné, et cet aîné, que le plus jeune devait supplanter et dont il est devenu et devient de jour en jour davantage le dompteur et le maîh^e, c'est le Diable. Avant de sou-