Pr. Spioga^, Ei-cbiische AUerthumskundej t. H, p
rire à quelque chose d'ami, bien avant que son reo-arcl s'épanouisse à la lumière et qu'un léger mouvement de physionomie trahisse une première impression de contentement, l'enfant souffre et pleure: comme au roseau de la fable, tout lui semble aquilon, rien ne lui est zéphyr. Quandl'homme, encore dans l'animalité, n'avait pas d'armes pour lutter avec avantage contre la toute-puissance de la nature ; quand le combat pour l'existence était de tous les instants du jour et de la nuit, une garde haute , et basse permanente, un éveil constant, tout était l'ennemi. L'homme ne pouvant, dans ce premier état de nudité complète, s'abriter contre rien d'une manière efficace, il n'y avait rien hors de lui qui ne fût un adversaire, un satan : nous verrons ultérieurement que c'était bien là, en effet, le sens originel du mot. Pour lui, il n y avait pas encore de ciel propice, de soleil père^ de terre vraiment mère, merito maternum nomen adepta. 11 chassait et il était chassé ; sa nourriture et sa conservation, il ne les devait qu a l'attaque et à la défense. La guerre, guerre de chacun et de tous contre tous et chacun, telle fut la condition première de notre existence animale, avant que, la noble idée du travail se développant avec l'esprit, l'homme passât de l'état de chasseur à celui de pasteur, et de pasteur devînt agriculteur. C'est par le travail qu'il a été tiré de l'animahté, comme
c'est parle travail voulu qu'il se distingue de la bête. Jusque-là, jusqu'à ce que cette première réaction du principe moral l'eût mis en face de quelque chose qu'il pût à son tour dominer ou qui lui fût ami; que la terre, douce et bonne, nourrît ses troupeaux et le nourrît lui-même ; que la rosée du matin, le soleil et la pluie, cessant de n'être qu'incommodes, devinssent bienfaisants ou fécondateurs, tout mouvement de la nature, en dehors de lui, était un acte violenf, toute force une résistance à vaincre ou une tyrannie à subir. Le précurseur de l'homme devait ignorer le rire. On a remarqué que chez le sauvage des degrés inférieurs de l'échelle anthropologique, les muscles du visage se contractent peu, et que l'expression la plus habituelle de la physionomie est un effarement hagard, quelque chose de plus que la défiance du paysan. Il est généralement grave, attentif, tout yeux et tout oreilles : il y a peu d'hommes policés qui sachant écouter comme lui ; il n'en est point qui, comme lui, entendent le pas d'un ennemi à d'aussi grandes distances et suivent mieux une piste. Plus occupé de ce qui se passe hors de lui qu'en lui-même, il écoute plus qu'd ne pense et ne parle, non point absorbé dans la réflexion, mais tout entier à ce qu'il perçoit par les sens plutôt qu'à ce qu'il sent d'une manière intime. Sa réaction n'est pas de celles qui partent de la conscience
OU au moyen desquelles s'informe directement le moral ; ce n'est encore qu'une sorte de mouvement vibratoire, s'étendant plus ou "moins en surface, mais de peu de profondeur. S'il ne rit guère, il ne pleure pas davantage : la souffrance, comme le plaisir, ne provoque chez lui que des frémissements d'épiderme, des crispations nerveuses, des vociférations désordonnées assez semblables aux hurlements ou cris informes de l'animal. Ce n'a été que peu à peu, par degrés mesurés, que la sensation est devenue sentiment et a gagné en profondeur ce qu'elle a perdu peut-être en étendue. L'homme de nature, beaucoup moins condensé et unifié que nous et moins saturé de virtualité, vit beaucoup plus que nous de la vie générale extérieure et en reflète infiniment mieux le pêle-mêle magique. Or, si, dans toute spécification organisée de la vie, c'est au plus ou moins d'intensité de l'action extérieure ou adverse qu'est dû le plus ou moins de concentration individuelle, c'est à la persistance de cette même intensité qu'est due aussi la formation du foyer d'oii a rayonné la conscience. C'est donc par la lutte que l'homme est arrivé à la conquête de sa personne. Ce que Jésus a cru pouvoir dire, en parlant du ciel, trouve ici son application naturelle : Regnmn cœlorum vimpatitur, et vïolenti rapiunt illucV . Tout incommode que soit Satan,