‹ Le diable [microform]Chapitre 43 sur 182 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

DE LA rUISSAIVfCE DU DIABLE

Le Diable peut-il tout ce qu'il veut? En d'autres termes, sa puissance égale-t-elle ce que l'on croit savoir de celle de Dieu?

Cette question n'est pas aussi simple qu'elle le paraît à première vue. Les théologiens, il est vrai, y répondent sans hésiter par un « non » indigné des plus énergiques; mais il ne s'agit pas seulement ici de ce que pensent ou professent les théologiens; il s'agit encore de savoir ce qu'a pu raisonnablement impliquer, dans l'esprit de ceux qui ont les premiers imaginé le Diable, l'idée qu'ils attachaient au personnage, comme aussi de savoir ce qui ressort effectivement des pratiques du culte. Or, il résulte en premier lieu (les leçons mieux comprises de l'Histoire que, à l'origine de l'évolution humaine proprement dite, quand Dieu et le Diable, confondus en une seule et même force, ne faisaient qu'un dans la tête des peuples enfants, il ne pouvaityavoirlieuàla division et à la différence que suppose la question actuellement à résoudre.

Le bien et le mal, comme je crois Tavoir démontré dans mon introduction, n'étaient guère alors que des sensations individuelles de plaisir et de peine, le mêtne fétiche pouvant être dieu et démon tout à la fois, selon qu'il revenait profit ou dam du culte qu'on lui rendait. « Le mal, disait le Boschiman, c'est lorsqu'on me prend mes femmes; le bien, c'est lors-

que je prends celles des autres *. » Avec dépareilles façons de raisonner, que voulez-vous qu'on entendît par un dieu bon ou un dieu méchant?

Un peu plus tard, qurind la notion du bien et du mal se détacha de l'idée brutale exprimée par le sauvage, on divisa abstractivement les forces de la nature et l'on attribua à un principe essentiellement bon tout le bien qui se produisait et à un principe essentiellement mauvais tout ce qui arrivait-de mal. Le monde, envisagé comme résultant de la lutte des deux, n'était censé subsister et se maintenir que par l'équilibre de l'un et de l'autre, de sorte que le principe bon et le principe mauvais, c'est-à-dire Dieu et le Diable, étaient également puissants: on appelle, cela le dualisme. C'était la doctrine religieuse des anciens Perses. Un prêtre chrétien du troisième siècle, nommé Manès, tenta de l'introduire dans le christianisme, mais il n'y réussit pas; l'Église naissante, cramponnée au judaïsme, résista vaillamment à la séduction, et elle s'en est tenue depuis, pour ceci comme pour le reste, à ce qu'on trouve dans la Bible.

Or, ce que la Bible enseigne touchant l'origine du bien et du mal, le voici : « C'est moi, a dit le bon Dieu, par la bouche du prophète Isaïe, chapitre 45, verset 7, qui ai fait la lumière et qui ai créé les ténèbres ; c'est moi qui fais le bien et qui ai fait le mal ; je suis celui quia tout fait. » En d'autres teimes, le Diable, dans l'enseignement judéo-chrétien, n'est pas l'auteur véritable du mal; il n'est qu'un simple agent de la police divine, l'huissier des commandements de Dieu.

Le mal n'a été produit et ne se perpétue dans le monde qu'avec la permission et l'aide de celui-ci, d'où il ressort que Dieu, au bout du compte, est le complice du Diable dans tout ce que le Diable fait.

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