‹ Le diable [microform]Chapitre 6 sur 182 · Matth. XI · texte numérisé non relu

Matth. XI

c'est pourtant lui qui nous a révélé Dieu ! « Qui n'a point arrosé son pain de ses larmes, dit le Harpiste de Goethe ; qui n'a point mouillé de ses pleurs le chevet de son lit, ne vous connaît point, ô puissances célestes ! »

Il ressort de ce qui précède que c'est bien par la crainte que l'homme a d'abord réagi contre la pression de son milieu et que, par conséquent, toute force extérieure, toute action même de ce milieu sur lui devait lui être suspecte. Exclusivement passif, à l'origine, avant qu'il fût arrivé par le travail à avoir prise sur la nature, il n'était qu'esclave, et toute réaction de sa part, dans la lutte pour l'existence, était rapt ou larcin. Or, si la boutade de notre grand fabuliste doit se prendre au sérieux, c'est assurément ici : « Notre ennemi, c'est notre maître \ » Une puissance qui pèse sur moi ou m'étreint, et contre laquelle je ne puis rien absolument, est une puissance qui me gêne : elle ne provoque point l'amour, et si j'ai quelque chose à lui demander, c'est qu'elle s'éloigne et me laisse tranquille. Diogène, assis au soleil dans le Cranion de Gorinthe, répond au puissant Alexandre, qui s'avançait vers lui et lui faisait ombre : « Retire-toi de mon jour ^ » C'était, en effet, ce qu'un philosophe comme lui, en face d'un roi dont

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