En hébreu, ps. 41, v
Je pourrais citer encore l'exemple de l'aYeuglement du Pharaon qui s'obstinait à retenir les Hébreux en Egypte, malgré les sollicitations de Moïse et les terribles plaies que l'on sait. Le péché que Dieu punissait en lui, c'était, en effet, Dieu lui-même qui l'avait produit et qui l'entretenait : « J'endurcirai le cœur de Pharaon, avait-il dit à son prophète, afin que je puisse faire éclater ma puissance par de nombreux miracles. « Et après chacun des prodiges, auxquels le roi demeurait insensible, le texte saint ajoute : « Et le cœur de Pharaon restait endurci, comme Dieu r avait ordojiné. »
C'est donc bien vrai, et c'est aussi rigoureusement logique, avec la doctrine impie de la sélection arbitraire par la prédestination, si le bien qui se fait en ce monde n'est, au fond, qu'un produit de la grâce efficace, le mal, dans la doctrine de l'unique Tout- Puissant, ne saurait plus être que le produit d'un ensorcellement divin plus ou moins immédiat.
Je n'ignore point qu'il y a, et que c'est même là une condition de perfectionnement des espèces, dans ce combat incessant de tous les jours et de toutes les heures pour l'existence, une loi dite de sélection naturelle, qui exclut progressivement du banquet de la vie et condamne à mort, sans circonstances atténuantes, des catégories entières d'individus, de genres et de races, au profit des plus forts ; mais que, au lieu de faire dépendre cette loi de la fatalité évolutionnelle, on en fasse, sous le nom de grâce efficace et de prédestination, une mesure policière de volonté consciente libre, et que cette mesure prétende même s'imposer à mon respect comme acte de souveraine bonté paternelle, ■ c'est ce qu'un esprit honnête ne comprendra jamais. La sélection, du reste, n'est pas quelque chose de tellement rigide, qu'on ne puisse la plier et l'utiliser en vue d'un résultat voulu, qui peut,
par conséquent, être un résultat moral. Si les efforts de l'espritj dans la lutte pour l'existence, tendent à séparer de la force le droit et à l'enfermer tout entier dans la justice, c'est qu'il y a nécessairement, comme corrélatif, dans le domaine de la psychologie, aussi bien que dans celui de la phylogénie, des moyens possibles de sélection artificielle capables de changer les directions héréditaires. Tl y a, en d'autres termes, une greffe morale, comme il y a une greffe physique ; une sélection de l'homme, méthodique et consciente, comme correctif de la sélection brutale de la nature. C'est contre cette dernière, en effet, c'est-à-dire contre la fatalité, si on l'entend d'une évolution purement naturelle, ou contre la grâce et la prédestination, si on l'entend d'un* ordre de choses providentiel, que proteste, ainsi que je m'exprimais plus haut, toute conscience droite et que doivent tendre à prévaloir les efforts de l'esprit de justice. Le prince de ce monde^, le dieu du siècle^, contre qui il y a jugement exécutoire^, l'ennemi à combattre, le véritable Satan, le Diable, le voilà. « Qui veut me servir, a dit un jour la victime sainte du Golgotha, doit honorer mon père '' ». Le suivre dans la voie où il a lutté contre ce prince du monde, toute noble pensée doit le vouloir; s'il y a eu chez lui folie en quelque chose, comme l'ont dit quelques-uns, ce n'a pas été assurément dans la foi qu'il n'a cessé d'avoir en la puissance de l'idée, non plus que dans la résistance active qu'il a opposée à la fatalité satanique. D'autres peuvent le prétendre, s'ils pensent que contre cette fatalité tout effort est stérile et vain ;