‹ Le diable [microform]Chapitre 56 sur 182 · S. Jean · texte numérisé non relu

S. Jean

mais nous qui croyons à la correction possible des germes et à l'efficacité du travail réactionnel dans le domaine des choses morales, comme dans celui des choses physiques, du moins à la longue ; nous qui estimons que l'humanité actuelle doit à cette réaction son incontestable supériorité sur celle que révèlent les crânes découverts à Néanderthal, à Eguisheim^ à Brûx, à la Denise, à Gro-Magnon, nous ne sentons aucune disposition à répéter avec l'Ecclésiaste que la pire des occupations est la recherche d'un mieux qui n'existe pas*, ou à nous replier de guerre lasse, avec Lucrèce, dans le dédain à!\inQ placida jmx.

Mais c'est parce que notre pensée et notre cœur suivent volontiers Jésus dans cette voie, que nous n'avons pas de culte à rendre à celui qu'un préjugé de race lui a fait appeler son père. On dit que, du haut de son gibet, il laissa échapper, dans un dernier soupir, ce cri d'une amère désillusion : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ^ ? » Une tradition pieuse veut même qu'il ait exhalé sa plainte en des reproches où se trouvaient ces paroles : « Ceux qui me voient se rient de moi ; ils chuchotent et secouent la tête, disant : Il a espéré dans le Seigneur, que le Seigneurie tire donc delà^ ! » S'il avait pu mieux prêter l'oreille, il aurait entendu dans ce concert de dérision une voix maîtresse qui n'était autre que celle de ce même Seigneur. Peut-être la distingua-t-il, en effet, et le tressaillement qu'il en eut arracha-t-il de sa poitrine l'exclamation déchi-

1. Eccles. cil. l.Pi'oposuî in animo qiiœrere et investigare sapienter de omnibus quœ fiunt siib sole : iianc ocgupationem pessimam dédit Deus fiîiis hominum ut occuparentur in ea... Quid est enim quodfuit? Ipsum quod futurum est. Quid est quod factum est ? Ipsum quod faciendum est.

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