Die Religion des Buddha, I, p
faisait de si grandes œuvres de pénitence, que le roi du chœur des esprits, Indra, craignait fortement que la pieuse ardeur du héros ne le précipitât de son trône. » Vismamitra était si puissant, que « son éclat pouvait enflammer le monde, son pied ébranler la terre ; qu'il pouvait réduire en poussière le mont Merou, bouleverser l'espace. » Déjà le Rig-Veda, VI, 51, 8, avait dit que « la prière soutient le ciel et la terre, et domine les dieux ». A plus forte raison dompte-t-elle les Asouras (démons mauvais), ainsi que, du reste, s'exprime l'Atharva-Véda. Or, la puissance qu'à l'ascète de plier à sa volonté tous les dieux, les bons et les méchants, est exactement celle que s'attribuait le magicien sur les forces de la nature, quij ainsi que je le disais plus haut, étaient autant de personnalités divines, agathodémons et cacodémons. Seulement à la prière « concentrée » et au sacrifice, le magicien a substitué les formules sacramentelles. Mais ici il n'a fait que suivre le mouvement qui a produit, dans la plupart des cultes, les cérémonies et pratiques de la liturgie religieuse. En s'adressant aux dieux ou à Dieu, ces prières ou ces pratiques, officiellement destinées à forcer la grâce, ont conservé le nom de religion ; à l'adresse des mauvais démons ou démons proprement dits, elles ont pris celui de magie .
Plotin a donné de cet art, ou plutôt de cette puissance, une idée qui répond d'une manière étonnante à celle qu'aujourd'hui encore, dans l'Inde, on se fait de la Maya. D'après ce philosophe, l'âme se crée elle-même, par sa contemplation et ens'élevant dans l'ascèse, le théâtre de son action. C'est comme une lumière qui rayonne par ondulations progressives jusqu'à des limites que cette môme ascèse peut étendre indéfiniment. A tout ce qu'elle éclaire, à tout ce qu'atteint son rayon, elle donne une forme qui de-
vient ainsi son propre corps. Gela veut dire que l'âme vit et se développe dans l'objet même de sa vision ; qu'elle le pénètre, à son tour, et peut lui imprimer le caractère qui lui est propre à elle-même, le plier, en un mot, à sa volonté : « La magie véritable, ajoute-t-il, c'est l'amour avec la haine, son contraire. C'est par l'amour et la haine que les magiciens agissent au moyen de leurs philtres et de leurs enchantements. » Maya, ainsi que le fait observer Adolphe Wuttke^ « est, déjà dans les Védas, la pensée tendant au dehors, s'y dirigeant ; c'est l'effort de cette même pensée pour acquérir une forme extérieure," une réalité... C'est l'intensité du désir... » Dans les Pouranas, elle prend un caractère plus déterminé encore. « L'Être suprême, dit le Ëhâgavata, n'a véritablement pas de qualités en luimême, mais il en acquiert par la puissance de Maya, pour produire des créatures, les conserver ou les détruire^. »
Certes, la magie; telle qu'on l'entend habituellement et qu'elle a été pratiquée, en dehors de toute théurgie officielle, est loin de répondre à la définition de Plotin et à la Maya des livres sacrés de l'Inde, mais là est bien le principe dont elle découle, comme là encore est le principe d'où, découle, par suite de transformations sérielles, le magnétisme de nos jours. Or, ce principe, dont il faudrait bien néanmoins se garder d'exagérer la puissance jusqu'où prétend l'élever l'ascèse hindoue, n'est pas tout à fait aussi vain qu'on pourrait le croire. S'il y a folie à le généraliser au point d'en faire la loi des