Soldants Geschichte der Heoce7ip)'ozesse, t. I, p
silence d'une nuit calme, après t'être mise au lit, ton mari reposant sur ton sein, tu peux sortir, les portes fermées, traverser de grands espaces de pays avec d'autres personnes, victimes d'une erreur semblable, et, sans armes visibles, faire mourir des hommes ? »
Il ressort de ce qui précède que de la fin du Y" siècle au XIIP, en Occident, la croyance à l'efficacité réelle des maléfices a été généralement tenue par l'autorité religieuse comme par l'autorité civile pour une superstition creuse, une illusion créée parle diable et au moyen de laquelle il s'introduisait dans l'esprit et le cœur de ceux dont la foi en Dieu était faible ; que, de plus, on croyait peu, comme on l'avait cru jusque-là et comme on devait le croire plus tard, aujourd'hui môme, dans toute l'Église, que Dieu permît jamais au Diable de se substituer à lui dans la production d'aucune œuvre surnaturelle.
Cela ne veut pas dire, néanmoins, que le vulgaire fût impressionné de même ni que la superstition contre laquelle les deux autorités concouraient à prémunir le public n'ait pas eu, dans le cours de cette période, ses accès de violence. Nous avons des exemples du contraire. Un des plus connus est celui que nous a conservé Grégoire de Tours, dans ce qu'il raconte de la reine Frédégonde. Cette horrible femme venait de perdre deux enfants, Chlodobert et Dagobert, emportés par une épidémie. La mort ayant épargné Clovis, fils d'Anciovère, l'épouse répudiée de Chilpéric, elle se laissa aisément persuader que le malheur qui venait de la frapper était l'œuvre des maléfices d'une vieille femme, mère de la concubine du prince. Frédégonde accusa Clovis auprès de son père, et celui-ci abandonna au ressentiment de la reine son fils et la prétendue magicienne. Le prince fut secrètement assassiné au château de Noizy, où il
était prisonnier, et la pauvre vieille attachée à un poteau et brûlée vive. La fureur delà mégère s'étendit jusque sur la mère et la sœur de Clovis, qu'elle accusa de complicité. Andovère fut étranglée dans le cloître où on l'avait enfermée, et Basine, sa fille, souillée et déshonorée.
La même Frédégonde perdit, à quelque temps de là, un troisième fils, mort delà dysenterie. Elle mit ce nouveau malheur sur le compte des sorcières encore. Plusieurs femmes furent arrêtées, et, dans les tourments de la torture, se reconnurent coupables de maléfices contre le jeune prince, mais en ajoutant qu'elles avaient agi à l'instigation du majordome Nummole. On avait entendu dire à celui-ci qu'il connaissait un remède infaillible contre la dysenterie. Gomment ne l'avait-il pas fait connaître ? Gela seul eût suffi pour démontrer sa complicité. Il fut donc arrêté, lui aussi, et mis à la question ; mais il ne confessa avoir reçu des philtres et des onguents des sorcières que pour se concilier par des charmes magiques la faveur du roi et de la reine. Rendu à la liberté, il eut l'imprudence de publier qu'il n'avait pas souffert de la torture. On voulut voir là une preuve manifeste qu'il était adonné à la magie, et on le reprit. Appliqué de nouveau à la question, il y fut tenu cette fois jusqu'à épuisement des forces de ses bourreaux. La reine, qui avait commandé qu'on lui coupât la tête, finit par lui faire grâce, mais il ne tarda pas à succomber aux mauvais traitements qu'on lui avait fait subir. Quant aux charmeuses, plusieurs périrent dans les tourments, d'autres sur le bûcher ou sur la roue.
Ges exemples sont des exceptions. Tandis, en effet, qu^ici c'est d'un monstre humain que pareilles choses sont venues à l'histoire, elles seront la règle à partir du XIV siècle ; ce sera, non plus du caprice et de la
cruauté; mais de la loi divine et humaine, d'une double loi dite de justice et de salut, qu'elles procéderont. En dehors des intérêts et des passions de la force brutale, la pratique eut un tout autre cours, plus conforme aux capitulaires et aux canons dont il a été parlé, durant les six premiers siècles du moyen âge. Entre autres faits à l'appui, je citerai les suivants. A Verdun, une esclave avait réussi, par la pratique de la divination et de la magie, à s'amasser assez d'argent pour se racheter et vivre môme dans l'aisance. Elle parcourait le pays en grand équipage, plutôt crainte que désirée. Personne ne doutait qu^elle ne fût un agent du Diable. L'évêque Agerich la fit comparaître devant lui et, la tenant pour possédée, voulut l'exorciser ; mais elle refusa de se laisser faire, et l'évoque l'abandonna à elle-même, sans que l'idée lui vint de pousser son inquisition plus avant. A Tours, un charlatan, qui se vantait d'avoir un commerce ôpistolaire avec les apôtres saint Pierre et saint Paul et de posséder le don des miracles^ attira d'abord à lui beaucoup de niais. Il se donnait comme guérissant les aveugles et les estropiés, ne paraissait en public que vêtu d'un cilice, se macérait et jeûnait aux yeux de tous. De là une grande renommée de sainteté. Mais on flnit par s'apercevoir que, lorsqu'il était seul, il mangeait et buvait comme tout le monde, souvent môme mieux, et, une Ibis qu'on eut les yeux ouverts, on fut tout étonné de reconnaître que ce qu'on avait pris pour des guérisons miraculeuses n'était rien moins que cela. Au lieu d'un thaumaturge, ce ne fut plus qu'un docteur diplômé du Diable. Plus tard il eût été bel et bien brûlé vif ; on se contenta de lui donner la chasse. Un autre aventurier s'en allait promenant par tous pays des reliques de saints, précédé de la croix et de la bannière. Ses écarts de conduite ayant éveillé l'attention, on
voulut savoir de quoi se composait son reliquaire, et l'on ne fut pas peu surpris d'y trouver des dents de taupe, des os de rat, des griffes d'ours. On jeta le tout dans la Seine, comme autant d'ingrédients magiques. Quant à lui, il en fut quitte pour quelque temps de prison et l'exil ensuite.
On ne cite de pénalité juridique réellement excessive, dans toute cette première partie du moyen âge, que celle du Sachsenspiegel de Tempereur Othon 1". Quiconque était convaincu d'apostasie, de magie ou d'empoisonnement, devait, d'après cette législation, qui est du X" siècle, subir la peine du feu. Il importe, néanmoins, de faire observer que la loi fut considérablement mitigée dans l'application et que la peine du feu demeura réservée, en Allemagne, jusqu'au XV^ siècle, aux maléfices compliqués d'empoisonnenementou d'actes attentatoires à la vie des personnes. Le supplice de sorcières qui, d'après les Annales de Corbïe, auraient été brûlées vives en Westphalie, dans le courant de l'année 914, a été justement soupçonné d'invention d'une autre époque par Leibnitz ^ Wigand n'hésite pas à considérer ces Annales elles-mêmes comme un pastiche de Paullini mort à Éisenach en 1712 ^.
En Orient, les vieilles lois romaines contre la magie, tant celles des empereurs païens que les lois des princes chrétiens, se maintinrent pendant tout le moyen âge et furent exécutées avec plus ou moins de rigueur, selon les caprices de l'opinion et les préoccupations du moment. Justinien les fît passer dans sa recension de l'ancien droit, et elles figurent
1. Préface du t. II des Braunschw. Gcschichtsquellen : Sagas jam a 913 in temlorio Corbeiensium combuslas in hoc codem Gronico îiotai'i mij'oi' neqiie enim alias obsecvo tam vetiislum fuisse movem crudelis credulitalis.