‹ Le diable [microform]Chapitre 80 sur 182 · Id · texte numérisé non relu

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sorcpllerie de rêve, de folie creuse, de soLte crédulité, Ag'obard et Vincent de Be^uvais, entre autres, tout en paraissant y mêler l'intervention du Diable, donnent cliiirem'-inl à entendre que, pour eux, la vision magique n'a de réalité, même subjective, que celle que lui prête un dérangement maladif des spns ou la bêtise haniaino : on n'a qu'à relire ce que j'ai cité de ces auteurs, pour s'en convaincre. Est-ce ainsi que l'ont compris les docteurs de la primitive Église et que le comprennent nos théologiens depuis les merveilleuses ôlucubrations de saint Thoma>? Loin de là: aux yeux de ces autorités, la vision magique est bien Tœuvrt^ du DiabL^, toute subjective qu'on la suppose. Ce n'est pas une simple hallLcinaiion d'esprit faible ou malade ; par C(mséquent, ce n'est pas non plus une pure superstition Elle participe, du reste, de la nature même des apparitions dites divines, la visite du bon ange et celle du mauvais esprit n'ayant en ellesmêmes ricQ qui les distingue : une seule chose en établit la différence, c'est le rapport dans lequel elles se trouvent avec les règles de la foi chrétienne. Une vision est de Dieu, quand TÉglise, seule interprète des choses de foi. la déclare telle; elle est du Diable, quand cette même Église le vent ainsi : la distinction n'appartient pas à notre jugement personnel.

Pour ce qui est des docteurs de la primitive Église jusqu'au VP siècle, une histoire prise dans saint Augustin, l'inventeur de la prédestination et une des gloires de l'orthodoxie chrétienne, va nous donner la mesure de leur foi : « Il nous a été raconté, lorsque nous étions en Italie, dit cette haute autorité, que, dans certains endroits de ce pays, les servantes d'auberge, adonnées à des pratiques coupables, font manger aux voyageurs, quand elles le veulent ou le peuvent, certaines préparations mêlées à du fromage qui les changent aussitôt en bêtes de somme ; puis

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elles les chargt'-nl de fardeaux, selon qu'elles en ont besoin. On ajoutait que le voyageur métamorphosé de la sorte ne pren l pas, néanmoins, une àrae de bAte, niids conserve l'âme humaine. » Saint Augustin fait bien quelque difficulté, il est vrai, de croireàce conte, qui ne paraît guère être, du reste, eu'uae réminiscence de VA?ie d'o?' d'Apulée ou du Lucius de Lucien ; mais, s'il réserve sa foi à l'égard de la forme, il est beaucoup moins hésitant sur le fond : « Un certain Prestantius, ajoute-t-il, a raconté que son père, ayant mangé chez lui de ce fromage empoisonné, se trouva pris d'un sommeil profond dont il fut impossible de le tirer de quelque tcmips. Au bout tle quelques jours il sembla se réveiller et se mit à faire le récit de ce qui lui était arrivé comme en un son^e. 11 était devenu cheval, disait-il, et, en compagnie d'iiutrcs chevaux, il avait été employé <à porter aux troupes des provisions envoyées en Rliétie et que, pour cela, ou appelait rhétiques. Or, on constata que les choses s'étaient réellement passées commeil l'avait raconté, quoiqu'il crû t l'avoir rêvé seidement. » L'illustre évéque donne de ce merveilleux fait, dont il ne met pas la réalité en doute, une explicalion non moins merveilleuse, qui a fourni plus tard une base d'argumentation à la théologie scolaslique touchant la sorcellerie. Il estime que Thoinrae, rêvant qu'il est i)ète de somme et porte des fardeaux, peut réellement halluciner autrui sous cette forme, sans sortir de son iit m quitter son sommeil : « Pendant qu'il est couché (|uelque part, toujours vivant, ajoute-t-il, mais les sens enchaînés plus fortement que par le sommed, Je l'anlôrae de son imagin;dion, pi'euani corps en quel- ([ue sorte sous \qs traits de quelque animal, apparaît à d'auîres personnes et lui-même se voit, comme cela a lieu dans les songes, portant des fardeaux sous c..}tte forme. Quant aux fardeaux, s'ils sont réels, ce

sont les démons qui les portent, pour faire illusion aux hommes ; les témoins voient donc des corps véritables dans ces fardeaux et des a[)parences trompeuses dans les bêtes de somme. » 11 ne doit pas sembler trop extraordinaire que saint Augustin, qui croyait aux incubes et succubes, comme nous l'avons vu dans la première partie de ce travail, crût aussi à la métamorphose de Lucius de Patras et aux rêveries de Prestantius ; mais je m'imagine que la façon d mt il explique ces choses a dû faire SDurire Saint Agobard. Ge qu'il y a de positif, c'est qu'il faut traverser à peu près huit siècles et arriver jusqu'aux grands jours d'i lu théologie, pour trouver un écho retentissant à la philosophie dômonologique du grand évoque dliippoiie. L'Ange de l'École, s'inspii'ant de cette philosophie, reconnaît une double hallucination, produite des deux côtés par le Diable ; et un savant mystique contemporain, le R. P. de Bonniot, incline à admettre une hallucination dans l'esprii de Prestantius, et, dans les témoins, « la vue d'un fantôme objectif, réel, formé de quelque matière subtile sur le type de l'image hallucinatoire » ^ Le pr -grès, comme on voit, n'a pas été très sensible, depuis saint Thomas jusqu'à nos jours. A mesure q le nous allons avancer, nous nous apercevrons, du reste, que, si tout a marché autour d'elle, FEglise est demeurée au point de recul où la scolastique l'a immobilisée pour la durée de son existence.

C'est du XIIP siècle que part la grande évolution de sorcellerie qui, dans sa traversée de cinq cents ans, a semé sur sa route la di'solalitm et la mort sous la plus sombre, la plus hideuse des formes, et a laissé après elle, sur le front de l'Église chrétienne, une tache de sang que nen ne peut plus effacer. Et

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