Le Miracle et les sciences médicales, p. 12i
le fatal génie, auquel, plus qu'à tout autre, le monde occidental a dû le réveil et la consécration de la plus monstrueuse folie de l'histoire, est ce même Thomas d'Aquin, que, moins de cinquante ans après sa mort, le pape Jean XXII, en 1323, mettait au rang des saints ; dont les Pères du concile de Trente firent placer la Summa thseologie sur le bureau de leur secrétaire, à côté de l'IilcHture sainte, comme renfermant la solution autorisée fie toutes les questions à résoudre ; quii le pape saint Pie V, en 1367, proclama solennellement Docteur de l'Église, et dont LéonXIII, en son encyclique du 4 août 1878, a élevé rensei^'nement prnsque à la hauteur d'une dogmatique infaillible. C'est lui, celui-là môme, qui, le premier entre les grands discoureurs de philosophie de la renaissance aristntéllque, en Occident, osa donner un démenti doctoral aux sages protestations de tant de capitulaires, de plusieurs synodes et d'hommes aussi éminents qu'Agobard de Lyon, Rathier de Vérone, Jean de Salisbury, etc., contre la superstition magique. Le premier des docteurs, en effet, depuis la chute de l'empire romain, il enseigna ex cathedra, ce que croyait toujours, il est vrai, la masse ignorante et crédule, mais contre quoi avaient jusque-là réagi les consciences éclairées et honnêtes, à savoir, que la sorcellerie n'était point une chimère ni les maléfices une illusion ; que le Diable et ses démons possédaient bien réellement, par une permission de Dieu, lapuissance de produire des tempêtes, stériliser les unions conjugales, faire aux hommes, en un mot, tout le mal possible et imaginable. Voici cet enseignement; je trailuis mot à mot :
. « 11 faut savoir, touchant les maléfices, que certains ont dit que le maléfice n'est rien et que cette croyance provenait du manque de foi ; parce qu'ils voulaient que les démons ne fusserit que des imaginations, les
hommes les imaginant et, époavantps de cette fantasmagorie, s'en laissant dominer. Mais la foi. catholique veut que les démo7is soient, quelque chose, qu'ils puissent n ire pa?' leurs opérations et empêcher l'œuvre de chair ^ . »
Ailleurs, dans son commentaire siar Job, chapitre P", le même docteur dit encore :
« 11 faut reconnaître que, Dieu le permettant, les démons peuvent troubler l'air , soulever les vents et faire que le feu tombe du ciel ; car, bien que la matière corporelle ne se plie point, pour prendre des formes, au vouloir des anges bons ou mauvais, mais obéisse à Dieu seul, cependant la nature corporée est f.iite pour suivre en ses mouvements l'impulsion de Li nature spirituelle, ce qui se montre dans l'homme. Au seul commandement de la volonté, en elîet, les membres se meuvent, pour effectuer ce qui a été déterminé par la volonté. Tout ce qui peut être f lit par le seul mouvement local, non seulement les esprits bons, mais aussi les m;iuvai> h; peuvent donc faire, à moins qu'il n'y soit divinnment mis obstacle. Mais les vents, les pluies et autres perturbations de l'air peuvent être produits parle seul m^ouvement des vapeurs condensées. D'où il résulte que, pour déterminer ces choses, il suffit delà seule vertu naturelle du démon. »
De cette d(jctrine de l'Ange de l'École se dégage quelque chose qui souffle froid et donne le frisson. Une fois cet enseignement uni à la superstition populaire, il sufQsait de sa consécration par l'autorité ecclésiastiijue, pour que les folies de la sorcellerie s'imposassent à la foi du chrétien comme une r^'alité et que, l'empire de Satan do^•matiquement dnfmi en la forme que nous venons de dire, les princes tem-