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» Il n'y a peut-être qu'un seul homme, l'impur et » obscène Archiloque, qui eût consenti à raconter de » • sembial)les abominations. Encore estimé-je que, s'il » était présent, il hésiterait à perpétuer la mémoire » de ces orgies, car il. ne s'ea est vu nulle part, pas » plus chez les Barbares que chez les Grecs, d'aussi » horribles et détestables. En effet, où, quand et de « qui a-t-on appris qu'en aucun temps l'excrément » frais ou sec ait été une nourriture pour l'homme, » cet animal respectable et sacré ? Je ne pense pas » que les bêtes les plus féroces en fassent autant. Ils )) assurent que les démons som bons et propices » pour ceux qui mangent des excréments, et, bien )) qu'ils aient l'habitude de mentir en toutes choses » je crois qu'ici ils disent vrai. Il n'y a rien qui fasse )) plus (le plaisir aux esprits ennemis que de voir » l'homme, parce qu'il est fait à l'image de Dieu, )) tomber à ce degré d'abjection... Le soir, dans le 3) temps où nous célébrons la. passion dii Sauveur, des jeunes filles, qu'ils ont initiées à leurs mytères sacrilèj^es, ayant ét(; réunies dnns la maison désignée à cet effet, tous les flambeaux éteints, afin de ne pas rendre la lumière témoin de l'épouvantable crime qu'ils préparent, ils se jettent avec frénésie sur elles, chacun prenant la première qu'il rencontre, fùt-elle sa sœur^ fût-elle môme sa fille. Ils pensent faire chose agréable aux . démons, en transgressant les lois divines, qui répugnent à ces unions avec son propre sang. Gela fait, elles sont renvoyées chez elles. Au buut de neuf mois, le moment étant arrivé où d'infâmes produits doivent naître d'une semence infâme, elles reviet.nent au même endroit, el quatre jours après qu'elles ont accouché, on retire les malheureux enfants à leurs mères, on leur taille et coupe les chairs avec un rasoir, recevant dans des vases le sang
» qui en coule. Quant aux enfants eux-mêmes, on » les brûle, respirant encore, entassés en un bû- » cher. Puis on mélange leurs cendres avec le sarig )) recueilli dans les vases, et on en compose un » horrible pharmaque dont ils relèvent leur nourri- M tupe et leur boisson... »
Les mêmes accusntioiis sont reproduites, dans des termes presque identiques, contre des sectair-'S brûlés à Orléans deux siècles plus tard. Gomme c'est le premier exemple d'hérétiq'ies mis à mort en Occident sous prétexte de m an chéisme compliqué de magii'., en exécution de lois remontant, pour leurs consiilérants comme pour leur dispositions, jusqu'à l'empereur Dioclétien, je crois iutéressant d'y insister.
Un clerc normand du nom de Herbert, se trouvant 0, Orléans pour ses études, y lia des rapjiorts avec deux autres clercs couime lui, riches ei aisés, qui non seulement ôtai mt en grande réputation de sainteté et de doctrine, mais qui exerçaient encore largement la charité :■ l'un se nommait Etienne et i'aiitre Lisoye. Ils étaient reçus et fort honorés à la cour du roi llobert le Pieux, qui, né, baptist! et couronné à Orléans, affectionnait cette résidence. Le premier, liltienne, avait môme été quelque temps confesseur d-.' la reine. Or, ces deux prêtres, que l'on croyait des saints et qui, du reste, se comportaient commis tois, n'étaient que des vases d'infeciioii, à en croire le jugement rendu contre eux. HerUert, que leurs discours et l'exemple d'une vie de bonnes œuvres avaient séduit, s'en retourna en Normandie tout autre qu'il n était venu. Sous l'impression de ce double enseignement, celui des paroles et celui des actes, il éprouvait Tirrésistible besoin des nouveaux convertis de le propager. La première personne sur qui il essaya ses moyens de
persuasion fut un seigneur, au service duquel il se trouvait peut-être comme chapelain. Arefaste, — c'était ainsi qu'on appelait ce seigneur, — était trop Normand, pour accepter de confiance, sans en référer à l'autorité officielle, uri enseignement auquel il n'entendait sans doute pas grand'chose, mais qui lui parut nouveau. Il prévint son suzerain, le duc Richard, qui, de son côté, informa le roi de France de ce qui se professait à Orléans, et il fut décidé qu'Arefaste se rendrait dans cette ville, acconipa.n'né de Herbert, pour étudier l'affaire et guider les informations. En passant à Chartres, le Normand alla faire visite à un savant homme de l'endroit, le trésorier de la cathédrale Ébrard, qui lui conseilla de se mettre en relations avec les hérétiques et de les écouter sans les contredire, de feindre même la persuasion et de se conduire comme un de leurs disciples. C'est ce qu'il fit. Arrivé à Orléans, il suivit de point en point les conseils qu'il avait reçus à Chartres, et, quand il se crut suffisamment éclairé, il fît provenir lu roi. Les hérétiques furent arrêtés et empri-^oimés, ainsi qu'Arefaste, mais ce dernier pour la furme ; il fallait que les autres ne pussent le suspecter do trahison et que le public vît dans ses révélations autre chose (ju'un rapport d'espionnage. Le pieux Robjrt, une fols cette capture opérée, se hâta de convoquer à Orléans un concile de plusieurs évoques de ses domaines, que présida Léoteric de Sons.
Voici, d'après le Cartulaire de saint Pierre de Chartres, du onzième siècle, ce qui serait ressorti des dépositions du Normand :
« Ils se réunissaient certaines nuits dans une maison spéciale, tenant chacun une lampe à la main, et récitaient, en forme de litanies, les noms des démons, jusqu'à ce qu'ils en vissent tout à coup descendre un au milieu d'eux sous l'ap-
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paronfe d'une petite bête. Dès que cette vision se présentait, ils éteignaient toutes les lumières, et chacun s'emparait de la première femme qui lui tombait sous la main pour en abuser, sans égard au péché et que ce fût sa more, sa sœur ou une religieuse ; cette union passait auprès d'eux.pour sainteté et religion. L'enfant qui provenait de ce commerce infâme était a pporté au milieu d'eux, huit jours après sa naissance, jeté dans un grand feu et consumé, cà l'ancienne manière des païens. Su cendre était recueillie et conservée avec autant de vénération que nous en avons pour le corps du Christ qui doit être donné en viatique aux malades sortant tie ce monde. 11 y avait .dans celte cendre une venu diabolique telle, que quiconque en avait une fois goûté, si peu que ce fût, pouvait ensuite difficilement quitter l'hérésie pour reprendre le chemin de la vériti'. »
L'abbé Fleury trouve que ce conte « atant de rapport avec les calomnies dont on chargeait les premiers chrôticins, qu'il -embie on être imitô^». La nouvelle génération cléric;ile, pour qui VHistoire ecclésiastique de cet honnête prêtre n'est plus qu'un livre hérétique à brûler et qu'elle brûle même, n'est pas de cet avis. Pour faire croire aux autres ou se persuad(!r à euxmêmes que les Manichéens d'Orléans dont nous allons voirie supplice, ne furent point condamnés pour hérésie, nos théologiens syllabistes contemj)orains affirment qu'on les brûla « pour crime d'assassinat, de blasphème, d'adoration du démon, de magie et du genre de libertinage qui leur était habituel^ ». C'est une trotte calomnie. L'instruction dirigée contre eux nevisaexclusivement que le chef d'hétérodoxie; dans