Hist, eccles. t. XVI, 4c dise. p
auquel assistèrent trois cent deux évoques, sans prendre expressément pour l'Église la responsabilité des exécutions sanglantes d'hérétiques, ne leur en donne pas moins la haute sanction de son autorité: « Bien que l'Église, dit il en son dernier canon, rejette les exécutions sanglantes, elle ne laisse pas d'en être aidée, car la crainte du supplice corporel fait quelquefois recourir au remède spirituel. » La croisade impitoyable qui eut lieu quelques années après contre les Albigeois démontre que, en effet, les exterminations plus ou moins générales n'ont pas peu contribué à « appuyer » l'autorité de l'Église.
Dans la première moitié du siècle suivant, en 4239, le 13 mai, avant-veille de la Pentecôte, cent quatrevingt-trois manichéens furent brûlés vifs à Mont- Aimé en Champagne ^ Les chroniques du temps estiment à cent mille le nombre des curieux dévots qui assistèrent à ce spectacle. Outre le roi de Navarre et les barons du pays, on y vit l'archevêque de Reims;, dix-sept évoques, plusieurs abbés, prieurs, doyens, et une foule d'autres ecclésiastiques. Un religieux de l'ordre de Cîteaux, le moine Albéric, du couvent de Trois-Fonlaines dans ce même diocèse de Châlons, qui était de la fête et qui en a reproduit dans sa Chronique l'impression d'ensemble, dit que « ce fut un holocauste agréab'e à Dieu ».
Dans ces trois mots, qu'iï ne faut pas perdre de vue, se trouve la note qui doit rester celle du temps l'espace de plusieurs siècles.
1. Sur la commune de Bergères-lés-Vertus, dans le département de la Marne.