Isaïe, c.XXlI
coups de marteau. Adrien III et Etienne Vï, qui lui succédèrent, valurent mieux. Formose I", qui vint après ceux-là, doit sa célébrité à un horrible incident plusieurs fois illustré par le pinceau des artistes. Etienne VII, en prenant la place de Boniface VI, qu'il venait de faire empoisonner et qui n'avait eu que quinze jours de pontificat, se hâta de tirer de son tombeau le cadavre de Formose et infligea à ces restes putréfiés l'outrage d'un jugement en forme. Le défunt était accusé d'avoir contrevenu aux saints canons en se laissant transférer de l'évôché de Porto à celui de Rome. Son corps, revêtu des habits pontificaux, la mitre sur la tête et le bâton pastoral à la main, fut fixé sur un siège, et on lui donna un avocat pour défenseur. Le concile qui le jugea, présidé par Je pape vivant^ se composait d'un certain nombre d'évêques italiens. Etienne prononça contre Formose une sentence d'excommunication et de déposition ; ensuite, s'approchant du cadavre, il lui donna un soufflet, qui le fit rouler par terre. Puis on le dépouilla des vêtements sacerdotaux; on lui coupa trois doigts de la main droite, ceux dont il se servait, sans doute, pour donner la bénédiction ; onle fouetta, et finalement on lui arracha la tête et on lui brisales os, qu'on alla jeter dans le Tibre. Cet odieux sacrilège ne bénéficia point à Etienne. Le peuple de Rome se souleva, s'empara du pontife, qui fut jeté en prison, où on l'étrangla avec sa dalmatique. A tous les vices d'une nature perverse ce pape joignait une profonde ignorance ; il n'avait aucune étude, pas même religieuse, et savait à peine signer son nom.
Romain I" et Théodore II ne firent que passer : le premier régna quatre mois et l'autre vingt jours seulement.
Jean IX fut relativement un bon pape ; mais il n'occupa le saint siège que deux ans, et l'on ne con-
naît de lui de mesure un peu importante que celle par laquelle il rétablit la mémoire de Formose.
Après Benoît IV, Léon V et Christophe, qui ne firent non plus que paraître, vint un scélérat que le cardinal Baronius juge digne de la corde et du feu : Sergius III. Ce pape dut son élection à une courtisane célèbre du nom de Théodora, qui, mise en possession du château St-Ange par Adalbert, marquis de Toscane, son amant, régna en souveraine sur Rome et, pendant trente ans, fît et défit les pontifes au gré de ses passions. Les deux filles de cette dame, Marozie et Théodora II, qui lui succédèrent dans le gouvernement de la ville éternelle, ne furent pas de meilleure vie que leur mère. Elles continuèrent, l'espace de trente autres années, l'œuvre de décomposition morale commencée par celle-ci et qui ne devait s'arrêter qu'à Grégoire VII. i< Ainsi, pendant plus de soixante ans, la papauté, dit M. Lanfrey, * donna au monde le scandale de toutes les corruptions des anciens Césars. » Un de ces pontifes, Jean XI, âgé de 18 ans quand il ceignit la tiare, était fils incestueux de Sergius III et de Marozie, dont les chroniqueurs assurent qu'il fut même l'amant. Il mourut épuisé de débauche. Un autre, Jean XII, encore un fils incestueux de la même Marozie et dupatrice Albéric, avait fait de son palais un lupanar. Sous son pontificat, les femmes romaines ou étrangères tant soit peu honnêtes n'osaient plus visiter les églises ; on enlevait sur les marches mêmes de l'autel jusqu'aux veuves et aux vierges ! Au concile de Rome^ où on le déposa, en 963, il fut établi qu'il avait fait des ordinations dans une écurie ; qu^il ordonnait pour de l'argent; qu'il avait commis toutes sortes de crimes, adultères, viols, meurtres, incendies; que, de plus, il