Monuments inédits, t. II, p. 345 et siiiv
dans le midi, son aumônier distribuait en son nom :
Mossenhoi" q'es ayssi presenz
Vos dona XX bauastas de mais de^dens, E a vos autras donas autressi Dona aaa. coa de Rossi.
Soit, en français :
« Monseigneur ici présent vous donne vingt bannes de maux de dents, et à vous autres femmes il donne aussi une queue de Roussin. »
Cette fête fut introduite dans l'église grecque au X° siècle par Théophylacte, patriarche de Gonstantin'ople, qui était lui-même un peu fou. Il avait dans ses écuries, dit-on, plus de 2,000 chevaux, qu'il nourrissait, non pas de foin ni même d'avoine, mais de noisettes, de pistaches, de raisins secs, de dattes, de figues bien saturées d'excellent vin, avec parfums des plus exquis. Un jour de jeudi saint, comme il célébrait la messe, son maître stabulaire vint lui dire à l'oreille que sa jument favorite mettait bas en ce moment. Aussitôt il laisse là l'office^ court à ses écuries, et, après avoir assisté à l'heureuse délivrance de la bête, il vient reprendre la messe où il l'avait laissée.
Dans l'Eglise latine, la fête des fous remonte plus haut. Le 3° concile de Tolède, tenu en 589 sous Récarède,le premier roi visigoth catholique, nous semble^ du moins, y faire allusion dans un canon particulier où il interditles danses et les chansoris obscènes à certaines grandes solennités religieuses. D'autres conciles postérieurs essayèrent aussi de mettre un frein aux scandaleux désordres de ces fêtes, et le légat Pierre de Gapoue, se trouvant à Paris en 1198, ordonna par mandement exprès à l'évêque Eudes de Sully d'y opposer son autorité. Mais rien n'y fit ; la
fête, un moment interrompue dans le nord, fut reprise et se continua plus de trois siècles encore. Le clergé, du reste, dans la plupart des églises, ne se contentait pas d'y prêter son concours ; m'organisait luimême. On cite un docteur en théologie d'Auxerre qui a été jusqu'à dire qu'elle était aussi agréable à Dieu que l'avait pu être l'immaculée conception de Marie ^ On la célébrait même dans les couvents tant de femmes que d'hommes, avec quelques variantes, néanmoins, appropriées aux situations^.
A la fête des fous se chantait communément la fameuse prose de Tâne. Cette prose avait pour objet, dit Millin, d'honorer l'humble et utile animal qui avait assisté à la naissance de Jésus-Christ et l'avait porté sur son dos lors de ^on entrée dans Jérusalem. Rien de moins païen, par conséquent, que l'âne en question, qui, ainsi que le fait remarquer M. Antony Méray, n'avait aucun rapport avec le baudetdu vieux Silène, n Le nouveau triomphateur était Tânesse paisible de la fuite en Egypte et du triomphe de Jésus à Jérusalem ; c'était aussi Tâne de la crèche de Beth-