‹ Le diable [microform]Chapitre 96 sur 182 · Plœgel, Geschichte des Grotesk-Komischen, p. Go · texte numérisé non relu

Plœgel, Geschichte des Grotesk-Komischen, p. Go

2. Voici, entre autres, ce qu'on lit dans une lettre de Neuré à Gassendi, de d645, au sujet d'une fête de ce genre que célébraient les Gordeliers d'Anlibes le jour des Innocents : « Ni les religieux prêtres ni les gardiens ne vont au chœur ce jour-là. Les frères lais, les frères coupechou qui vont à la quêle, ceux qui travaillent à la cuisine, les marmitons, les jardiniers occupent leurs places dans l'église. Ils se revêtent d'ornements sacerdotaux, mais tout déchirés, s'ils en trouvent, et tournés à l'envers. Ils tiennent dans leurs mains des livres renversés et à rebours, où ils font semblant de lire avec des lunettes dont ils Ont ôté les verres, et où ils ont engoncé des écorces d'orange, ce qui les rend si difformes et si épouvantables, qu'il faut l'avoir vu pour le croire, surtout après qu'avoir soufflé dans leurs cnsensoirs, qu'ils reraueal par dérision, ils se sont fait voler de la cendre au visage et s'en sont couvert la têle les uns des autres. Ils ne chantent ni psaumes ni cantiques, mais ils poussent des cris semblaljles h ceux des poiu'ceaux, de sorte que les bêtes brutes feraient aussi bien qu'eux l'office de ce jour. »

léem. ... C'était encorel'ânesse clairvoyante de Balaam, que Ton continuait à faire parler à son tour dans ces anniversaires facétieux... Le bachique Evohé des Grecs avait fait place au braiment éclatant de l'âne glorifié; et les assistants imitaient avec entrain ce clairon asinique, non seulement après chaque strophe de l'hymne, mais à l'introït de la messe, au Sursum cor6^<2j jusqu'à Vite missa est»^ que le prêtre remplaçait par ces trois nasillenaents : Hl-han, hi-han, hi-han, répétés ensuite par le peuple. L'office tout entier n'était, ce jour-là, qu'une rapsodie de ce qui se chantait pendant le cours de l'année. Dans l'intervalle des leçons, on donnait à manger et à boire au baudet sacré, puis on le menait du chœur dans la grande nef ; là le peuple, mêlé au clergé, dansait autour de lui, en faisant toutes sortes de contorsions et de grimaces, avec nouvelle explosion de hi-han. La danse finie, on reconduisait l'âne dans le chœur, où le clergé terminait la fête.

Le rire tempère l'amertume de la vie, a dit le poète : amara tempérât risus ! Dans les grosses farces que je viens de rappeler, il y a donc une bonne part à faire à ce trop légitime besoin. La part doit même ici être d'autant plus grande, que, en ces temps de cruelles désolations, l'amertume à tempérer avait plus d'âpreté sauvage qu'elle n'en aurait aujourd'hui. Rire un peu, cela c'est si bon ! Le vieux Gaton, si austère," si dur, qui, à Rome, dans une fête de Flore, préféra quitter le théâtre plutôt que de gêner un grossier plaisir traditionnel que, par respect, le peuple craignait de se donner en sa présence ^ avait compris la nécessité de cette détente pour les privilégiés delà misère. Respect de même, dirais-je volontiers, au trop franc rire de nos pauvres aïeux ! Ge qu'il implique, en effet,

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