‹ Le diable [microform]Chapitre 98 sur 182 · Branche des royaux lirj7iaiges, à l'année · texte numérisé non relu

Branche des royaux lirj7iaiges, à l'année

2. M. Antony Méray, dans ses Libres Prêcheurs, a confondu la procession de 1315 avec celle de \12't. « Guillaume Guiart, dit-il, nous apprend qu'en 1224, lorsque Louis X le Hutin alla combattre les Anglais à La Rochelle, la reine Isemberge, la reine Blanche et la reine Marguerite firent à Paris, etc. «Je fend d'abord observer que Louis le Hutin, qui régna de 1314 à 13l6, n'était pas roi encore quand mourut le chroniqueur Guillaume Guiart, dont l'histoire, du reste, s'arrôlc à 1306; ensuite, que ce prince, dans ses deux années de rogne, n'a fait que la guerre de Flandre; que la reine Isemberge (Ingelburgc) était morte en 1236, depuis, par conséquent, 79 ans, et que les mallienreuscs princesses Marguerite de Bourgogne et Blanche, la première élrangléc au Chtllcau-Gaillai-d, en 1313, n'ont rien de commun avec les reines Blanche de Castille et Bérangère, que M. Méray a remplacées, dans la chronique de Guiart, par Marguerite et Blanche de Bourgogne,

il promena en grande pompe par les rues de la ville tout ce qu'il y avait de reliques dans les églises, et le peuple suivit pêle-mêle, pleurant et gémissant, tandis que le chœur chantait des psaumes, la plupart de ces pauvres gens, les femmes comme les hommes, s'étant mis, par esprit de pénitence, en état de complète nudité. On espérait sans doute attendrir davange par là le Dieu à la colère duquel on attribuait les fléaux dont on était frappé.

L'habitude de ces nudités pieuses paraît avoir persisté longtemps. En 1589, sous la Ligue, les paroisses de Paris en donnèrent une série d'exemples, à la grande édification des fidèles. Le 14 février de cette année, à la procession de Saint-Nicolas des Champs, il y eut « plus de mille personnes, tant fils, filles, hommes que femmes, tous nuds; les prêtres de la dite église de Saint-Nicolas aussi pieds nuds, et quelquesuns tout nuds, comme était le curé, nommé François Pigenat... ^ tellement qu'on ne vit jamais si belle chose, Dieu merci ! » ^ Le peuple.de Paris, à cette époque, était « fort dévot et de légère croyance ». Ce sont les termes dont se sert Pierre de l'Estoile. Aussi ce peuple, en qui la Ligue eut ses plus fermes appuis, n'aimait-il point Henri III, tout fervent processionneur qu'il fût, tout assidu qu'il se montrât à ce qui se pratiquait « dans les couvents de nonnains et autres lieux de plaisir » : c'est encore l'Estoiie qui parle ainsi. Le roi avait fait sa paix avec les protestants, à qui il avaitpermisde se réunir pour les exercices deleur culte dans certains endroits spécialement désignés, et les Parisiens, qui étaient de rigides catholiques, ne le lui pardonnaient point. Le clergé^ que

1 . « Homme estimé en cetlc dite ville (Papis) poui' prêchei' mieu-v que pas un autre, » dit le Journal de Paris.

2. Journal de Paris, signé François, dans le tome II du Journal de Henri 111, p. 504, édit. de 17 i 4.

l'affaire touchait de près, donnait naturellement la note tonique dans ce concert de mépris et de haine du souverain. Après s'être refusé à chanter des actions de grâces pour la paix que nous venons dédire, il organisa ou laissa s'organiser, dans la capitale, des processions nocturnes, où des enfants portaient des cierges bénis, qu'ils éteignaient, une fois au terme de la marche sacrée, en renversant la lumière, s'imaginant ôter de la sorte la vie au roi : on sait que, chez les anciens, la mort était figurée sur les tombeaux par une torche renversée. Dans ces processions, qui avaient lieu journellement et se prolongèrent l'espace de plusieurs mois, « de plus en plus belles et dévotieuses, «les hommes n'avaient qu'un linge blanc passé entre les jambes comme des Christs en croix, et les femmes étaient vêtues d'une toile fine et transparente, « au travers de laquelle, dit Mézeray, leur nudité sollicitait les désirs les moins sensibles et les mains les plus retenues». Gela veut dire qu'elles avaient pour tout vêtement une chemise de treillis ou canevas tissé fort large. On donnait à ce costume le nom de « sac de pénitence », comme on donne aujourd'hui le nom de « charité » à des œuvres dites philanthropiques, où la satisfaction personnelle a pour le moins autant de part que l'amour du prochain.

Les processions nocturnes dont je parle ayant commencé au carnaval de 1S89, qu'elles remplacèrent, du reste, sans trop de désavantage, l'Estoile fait malicieusement observer que « tout y fut de carême prenant, c'est-à-dire qu'on en vit les fruits. » Ce bon religieux de chevalier d'Aumale, « qui en faisait ses jours gras, ajoute le même auteur, s'y trouvait d'ordinaire, et même, dans les grandes rues et dans les églises, lançait-il avec une sarbacane des dragées musquées aux demoiselles qu'il connaissait ; il leur

donnait ensuite des collations, où la Sainte Veuve n'était point oubliée. Cette dame, seulement couverte d'une fine toile et d'un point coupé à la gorge, se laissa une fois mener par dessous le bras au travers de l'église Saint-Jean, et muguetter et attoucher, au scandale de plusieurs qui allaient de bonne foi à ces processions *.»

La Sainte- Veuve dont il sagit ici est cette Madeleine L'Huillier, dame de Sainte-Beuve, qui, quelques années plus tard, en 1604, fonda à Paris, dans le faubourg Saint-Jacques, le premier couvent d'Ursulines, et qui mourut le 16 août 1630 « en réputation d'une grande vertu, » dit Moreri^. Nous verrons ultérieurement par les épouvantables drames Grandier et Gauffridi, oii les Ursulines jouèrent un si triste rôle, que la folie hystéro-myslique de la révérende mère ne déteignit pas peu sur le nouvel ordre de religieuses introduit par elle. Quant au cousin de la dame, « ce bon religieux de chevalier d'Aumale, » comme l'appelle ironiquement Pierre de L'Estoile, deux traits, entre beaucoup d'autres, de sa vie vont

Page 1