‹ Le Diagnostic de la Méningite à Bacille de PfeifferChapitre 14 sur 20 · CET · texte numérisé non relu

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buit ans, ou comme dans les deux observations publiées par Ballet, A. Monnier et Sébilleau, à Nantes.

Dans une troisième observation de ces derniers auteurs, il s'agissait d’une femme qui, au cours d'une infection grippale légère, a présenté de la céphalée. Une ponction lombaire, faite dans un but thérapeutique, montra l'existence d'une méningite à bacille de Pfeiffer.

Dans tous ces cas, la guérison est survenue sans séquelles, le seul traitement ayant consisté en ponctions lombaires.

Au contraire, dans l'observation de Ragiot et Souchard que nous reproduisons, la méningite est apparue comme un phénomène terminal au cours d’une septico-pyohémie à bacille de Pfeiffer, et l’évolution s’est faite vers la mort.

Dans la règle cependant, la forme de l'adulte et du grand enfant évolue spontanément vers la guérison et le pronostic en est bénin.

Anatomie pathologique. — La plupart des autopsies faites ont donc été des autopsies d'enfant.

Elles ont montré des lésions très variables selon les cas, allant de la simple hyperhémie vasculaire ‘et de l’æœdème léger de la pie-mère à la formation d'un exsudat verdâtre épais. En général, le maximum des lésions siège à la base de l’encéphale, comme dans l’observation VI, mais elles peuvent également prédominer d’un côté ou s'étendre aux enveloppes médullaires, voire être très localisées, comme dans l'observation VII que nous rapportons.

Le plus souvent, les autres organes sont sains. On a cependant signalé des cas concomitants d’endocardite, de sinusite, d’otite, et nous avons vu que les arthrites et les abcès cutanés ne sont pas rares.

En résumé, on conslate des lésions banales, plus ou moins marquées, de méningite purulente, parfois accompagnées de lésions causées par d'autres localisations du bacille de Pfeiffer.

ÉTUDE BACTÉRIOLOGIQUE

Habitat. — Le bacille de Pfeiffer est un hôte normal des voies respiratoires de l’homme. On peut le trouver au niveau des petites bronches, mais c’est dans le nasopharynx et dans les amygdales qu'il a été le plus souvent mis en évidence, Selon les auteurs, on l'y rencontre dans 30 à 80 p. 100 des cas. Certains même, comme Fleming, le trouvent chez 100 p. 100 des personnes examinées, en dehors de toute infection.

D'autre part, des examens pratiqués chez différents animaux ont permis de trouver des bacilles en tous points semblables chez le cobaye (Kristensen), chez le chat (Rivers et Bayne- Jones), chez le porc (Lewis et Shope), chez la poule (Mc. Gaugley).

Morphologie. — Le bacille de Pfeiffer se présente dans les cultures jeunes comme un petit bactérium grèle, immobile, non sporulé, sans capsule.

Il se décolore par la méthode de Gram et, recoloré par la fuchsine diluée, apparaît comme un fin bâtonnet rouge dont les deux pôles colorés intensément sont séparés par un espace clair limité latéralement par deux traits rouges.

Dans les vieilles cultures, on peut rencontrer des formes longues, filamenteuses, ainsi que des formes qui se colorent mal, irrégulièrement.

Dans les produits pathologiques, le bacille de Pfeiffer a le plus souvent le classique aspect en navette, pouvant ressembler à s'y méprendre à une pasteurelle ou un bacille pesteux. D'autres lois il est si court que l’on croit avoir affaire à un diplocoque Gram négatif comme dans l'observation I que nous rapportons.

Il n'est pas rare non plus de rencontrer dans cerlains pus ou dans les premières cultures pratiquées au sortir de l'organisme, des formes longues, filamenteuses et sinueuses comme dans nos observations [V et VI. Ce sont ces formes que Pfeiffer avait désignés au début sous le nom de pseudo-bacilles de l’influenza. Enfin, dans les pus articulaires en particulier, on a signalé la fréquence des « formes épaisses, très colorables, effilées à une extrémité comme certaines souches de bacille de Friedländer » (Legroux).

C’est dire que le bacille de Pfeiffer est très polymorphe et que rien dans son aspect n’est pathognomonique.

Culture. — Le bacille de Pfeiffer est aérobie. Sa température optimum de culture est 37°.

Vu dans l’expectoration des grippés par Pfeiffer pendant l'épidémie de 1889-1890, il ne fut cependant obtenu, par ce même auteur, en culture pure repiquable en série, qu’en 1892. C'est qu'il ne pousse pas normalement dans Les milieux ordinaires. Son développement exige d'autres substances qu'on lui fournissait au début sous forme de sang, que nous savons aujourd’hui pouvoir lui être offertes également par d'autres corps, et qui sont désignées actuellement sous le nom de facteurs de croissance. A la suite de Pfeiffer, on utilisa tout d'abord pour sa culture la « gélose sanglante » obtenue en étalant à la surface d'une gélose inclinée une goutte de sang prélevée aseptiquement à la veine axillaire d’un pigeon, sang plus favorable parce que ses hématies sont plus fragiles. Puis on incorpora le sang à la gélose préalablement fondue, l’origine du sang n’influant en général pas sur la qualité du milieu. Cependant Legroux signale avoir obtenu des cultures particulièrement abondantes et grasses avec du sang d'anguille. Sur tous ces milieux, on obtient des colonies fines, punctiformes et la culture est peu abondante et tardive.

Voges, en 1894, Grassberger, en 1898, préconisent l'adjonction du sang à la gélose encore très chaude et obtiennent ainsi des milieux plus favorables.

Cohen et Fitzgerald, en 1910, plongent pendant trois minutes les tubes de gélose additionnée de sang dans un bain-marie à 80°. Le milieu ainsi obtenu, très favorable, est opaque, brun chocolat. Il a été désigné depuis sous le nom de « chocolate

agar ». En 1918, Levinthal propose une autre technique où le mélange gélose-sang, après avoir bouilli quelques minutes, est décanté ou filtré stérilement sur coton de verre, puis réparti en tubes. On à ainsi un milieu clair mais de valeur inégale et de préparation compliquée.

Dans toutes ces méthodes, il faut répéter les mêmes opéralions pour chaque espèce de milieu à étudier : gélose, bouillon, lait, elc., qui tous doivent de plus être utilisés rapidement. C'est pourquoi d’autres auteurs ont cherché à retirer du sang le principe actif pour l'ajouter extemporanément aux différents milieux employés. Pour tous à cette époque, cette substance devait être contenue dans l'hémoglobine d’où l’épithète d'hémoglobinophile souvent encore accolée au bacille de Pfeiffer.

Cantani, en 1901, avait utilisé les produits de digestion peptique du sang, neutralisés et stérilisés, mais ceux-ci perdaient toute activité en quelques jours.

En 1911, Thalheimer étabiit que l’hémoglobine pure cristallisée ne permet pas normalement la culture du bacille de Pfeiffer.

En 1918, Aguhlon et Legroux confirment ce fait. Ils montrent que la substance active, qu'ils assimilent aux vitamines, se trouve dans la partie figurée du sang, en donnent un procédé de préparation pratique et en étudient les propriétés.

Préparation de l'extrait globulaire. Passer à travers un linge des globules rouges de mammifère. Étendre le liquide passé de quatre volumes d’eau physiologique (8 gr. 5 NaCl p. 1.000). Mélanger, chauffer lentement jusqu'à 75° en agitant régulièrement dès que la température approche de 65°. Maintenir à 75° quinze minutes. Filtrer sur papier. Clarifier et stériliser par filtration sur bougie Chamberland L3.

On répartit ensuite soit en tubes stérilisés, soit en ampoules que l’on scelle au chalumeau et qui assurent une meilleure conservation. En 1918 également, Matthews utilise la digestion trypsique prolongée du sang, après vérification de la stérilité de la trypsine, procédé long et assez compliqué. En 1919, Fleming décrit un procédé d'extraction par les acides forts. Fildes, en 1920, préfère recourir à la digestion peptique du sang en présence d'acide chlorhydrique.

Quelle que soit la méthode choisie, on obtient finalement un

liquide stérile, de conservation facile, que l’on ajoute extemporanément aux milieux sans en modifier l'aspect.

Si nous prenons comme type de ces solutions l'extrait globulaire, les substances actives qu’il contient ont les caractères suivants :

« Elles sont solubles dans l’eau distillée et dans l’eau physiologique. Leur solubilité dans l'alcool est douteuse. Elles perdent cependant une partie de leur activité par chauffage de quinze minutes à 90°. En milieu gélosé, cette activité est plus stable et ne s’atténue plus qu’à 100°. Sa disparition semble totale à 120°. Les solutions aqueuses peuvent être filtrées sur papier ou sur bougie Chamberland F sans atténuation apparente de leur activité. » (Aguhlon et Legroux.)

« Ces substances sont détruites par les alcalis même faibles en quarante-huit heures à froid, en une minute à 80°. Par contre, l’action des acides forts tels que l’acide sulfurique au 1/10, même à 80°, ne diminue pas sensiblement leur valeur activante. Elles dyalisent à travers une membrane de parchemin ou un sac de collodion.

L'extrait globulaire conserve très longtemps son activité, à l'abri de l’air ou à l'air, à la température de 16° à 18°. Après dix mois, il active un milieu à 4 p. 200. Sa concentration dans le vide et la dessiccation du dépôt à 65° ne détruisent pas le pouvoir aelivant. Repris par l’eau, le dépôt est toujours actif.

Des globules rouges coagulés par l’alcool, puis desséchés en 1918, contenaient encore, en 1928, le principe actif.

L’extrait globulaire n'est pas nutritif par lui-même. La culture du bacille de Pfeiffer y est pratiquement impossible, mais si l’on ajoute à 10 cent. cubes d'extrait gazeux une trace (1/10 de centimètre cube) de bouillon de viande peptoné, la culture devient possible.

L’adjonction à un milieu usuel de 1/2.000 d'extrait aqueux provoque après six heures d’étuve une culture d’abondance moyenne ». (Legroux et Ménard.) Ces auteurs retrouvent les mêmes substances dans les reins, le cœur, et surtout dans le foie, préalablement débarrassé de ses globules rouges par lavage in vivo. Elles existent également dans la bile, dérivé globulaire.

D'autre part, Grassberger, en 4897, avait signalé des phénomènes de « satellitisme », dus à l’influence favorisante exercée

dans un certain rayon par les colonies de quelques staphylocoques sur la culture du bacille de Pfeiffer. Les corps microbiens de ces staphylocoques, tués à une température peu élevée, produisent le même effet.

En 1917, D. J. Davis obtient une culture sur gélose ordinaire aux alentours de morceaux de tissus animaux d’une part, et sur gélose à l'hémoglobine aux alentours de morceaux de tissus végétaux et animaux stériles d'autre part.

Il montre qu'une courte ébullition fait disparaître ces propriétés, et suggère l'existence de deux facteurs, dont l’un serait l'hémoglobine, et l’autre une substance du genre des vitamines de croissance, que D. Lloyd venait de décrire pour le méningocoque.

En 1921, Thjôtta et Avery distinguent dans le sang deux facteurs nécessaires à la croissance du bacille de Pfeiffer.

Le facteur X, de nature inconnue, est thermostabile. Il résiste quarante-cinq minutes à l'autoclave à 120°. On le trouve dans le sang et ses extraits, dans l’hémoglobine cristallisée, la banane, la partie superficielle de la pomme de terre. Il existe encore dans le charbon de sang. Il donne la réaction des peroxydases et est adsorbé par le noir animal. Il agit en très petite quantité puisqu'il active les milieux, sous forme de sang humain en dilution au 1/180.000 (Davis), sous forme d’hémoglobine cristallisée au 1/2.000.000.

Son action avait d'abord été rapportée à la présence de composés ferriques, mais certaines préparations (extraits globulaires d’Aguhlon et Legroux, préparation de Tocunaga), le contiennent et ne présentent aucune trace de fer.

Le facteur V est thermolabile, détruit rapidement à 100, instantanément à 120°. On le trouve, en dehors du sang et de ses extraits, dans les tissus du rein et du foie, dans le protoplasme de certaines bactéries (staphylocoque, bacilles du côlon, bacille de Friedländer), dans les levures, dans nombre de végétaux (carottes, haricots, tomates, partie centrale des pommes de terre jeunes).

Les méthodes d'extraction employées permettent de penser que les facteurs de croissance sont obtenus par dissociation des molécules protéiques. Les substances ainsi libérées semblent ètre voisines des acidesaminés et, d’après les analyses pratiquées sur l'extrait glôbulaire, contiendraient du soufre. De ces

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substances, une est stable, le facteur X. L'autre, V, très labile, semble cependant pouvoir être stabilisée, par la culture du bacille protée par exemple /(Legroux). Quoi qu’il en soit, le bacille de Pfeiffer, hôte normal de l'organisme humain, ne peut cultiver dans nos milieux artificiels que s’ils sont additionnés de ces facteurs de croissance. Ceux-ci ne sont cependant pas pour lui un aliment. Ils ne suffisent pas à assurer sa culture qui, pour se développer, exige certains sels contenus en particulier dans la macération de viande (Ghon et Preys, Luerssen, Legroux et Ménard). Ces derniers auteurs ont de plus montré que la petite quantité de substance activante déposée dans un milieu peut y être retrouvée, alors qu’un développement abondant de bactéries a eu lieu.

Une autre de leurs expériences est encore plus démonstrative. « Dans une série de tubes contenant un milieu déterminé : macération de viande peptonée, stérilisée à des températures différentes, on ajoute une même quantité de substance activante :II gouttes d'extrait globulaire, et tous les tubes sont ensemencés avec la même bactérie: le bacille de Pfeiffer. » Dans le bouillon stérilisé par filtration, on obtient une culture abondante en huit heures. Dans le bouillon stérilisé à l’autoclave, la culture atteint son plein développement en douze heures, si la stérilisation a eu lieu à 105°; en vingt heures, si elle a été faite à 410°, 120°, ou 130°; mais dans les deux derniers cas elle est beaucoup moins abondante. « Si l'extrait globulaire était l'aliment du bacille de Pfeiffer, on devrait observer le même développement dans tous les tubes. Or, le développement constaté correspond uniquement à la valeur nutritive de la macération peptonée, valeur qui, nous le savons, s’atténue au fur et à mesure que la température de stérilisation a été plus élevée. » Tout se passe donc comme si ces substances agissaient comme catalyseurs, en multipliant la vitesse d'action des diastases sécrétées par la bactérie, lui permettant ainsi de désagréger les milieux de culture en matériaux assimilables par elles (L. Lloyd, Hyne et Gordon). En ce qui concerne le facteur X, certains penseraient même volontiers qu'il ne représente qu'une peroxydase sans laquelle le bacille de Pfeiffer est incapable de fixer in vitro l'oxygène nécessaire à sa vie.

Nous étudierons les caractères culturaux du bacille de Pfeif-

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