‹ Le Diagnostic et le Traitement Chirurgical des Étranglements InternesChapitre 18 sur 32 · SYMPTOMATOLOGIE SPÉCIALE DE CHAQUE VARIÉTÉ · texte numérisé non relu

SYMPTOMATOLOGIE SPÉCIALE DE CHAQUE VARIÉTÉ

: Nous avons, dans les pages précédentes, essayé d'indiquer

les caractères par lesquels on pourra reconnaître les différentes variétés d’ocelusion dynamique de lintestin et les

séparer des étranglements vrais. La partie du diagnostic :

qui nous reste à traiter est aussi di‘ficile que délicate.

La plupart des auteurs qui se sont occupés de l’étranglement interne ont négligé ou tout au moins ont fort peu insisté sur les caractères propres à distinguer, chez lé malade,

des différentes causes de l'affection. Ceci s’explique du reste |

facilement. Les uns, partisans exclusifs de telle ou telle méthode chirargicale, n’estimaient pas qu’i! fat nécessaire de préciser ces diverses causes et d’en rechercher les manifestations caractéristiques, puisque quêl que dût être le résultat de leurs investigations, l'indication du prorédé opératoire n’en serait en rien modifiée.

D'autres médecias, et c’est le plus grand nombre, ont été découragés par l’uniformité de’sÿnfptômes encore mal étu-

fe

diés; € est du moins ce qui ressort des différents écrits qu: se sont succédés à ce sujet (1) pendant un long espace de temps. Cette uniformité est, Croyons- nous, plus apparente que réelle et doit étre attribuée à la façon dé'ectueuse et ineomplète dont se prenaient jadis les observations cliniques ainsi qu'aux lacunes qui existaient alors dans l’étude de l'anatomie pathologique et surtout de la pathogérie des diffé entes sories d’éiranglement.

Roki itansky en 1836 (2), B. Philips en 1843 (3), fureni Les premiers à essayer de combler ces lacunes et à faire des étranglements vue étude générale. En 1859, l’Académie de médecine mettait au concours la question suivante : Anato. wie patholog ique des étran glements internes et conséquences pratiques qui en découlent.

Deux mémoires lui furent présentés par MM. Duchaussoy (4) et Bernier (5); ces auteurs, en réunissant et analysant un fort grand nombre d'observations nécroscopiques d’étranglement interne, ont posé des bases qui sont d’un grand secours au clinicien pour l’élucidation de la question du diagnostic. C’est surtout à partir de ce moment que les différents observateurs ont reconnu la nécessité de noter les moindres symptômes et la marche exacte et détaillée des accidents, afin de pouvoir dégager d’une symptomatologie trop générale les particularités passées jusque-là inaperçues

qui peuvent seules servir à établir un: rapport de quelque

valeur entre les phénomènes observés et la lésion locale.

La plupart des observations publiées depuis les travaux de MM. Duchaussoy et Besnier ont été de notre part l'objet d'une étude consciencieuse ; c’est en rassemblant les indications statistiques de fréquenes d’ège ou de

(1) Velfe, Moehsen, Zwinger, V. Swieten, Schoder, Hévin, etc.

(2) Rokitansky, Sur les étranglements internes des intestins, méd., Jahrb. des œst. sc. 19e vol.

(3) B. Phillips, Observation on intestinal obstructions depending on internal causes.

{4 Duchaussoy, Anat. path. des étranglements internes (Mém. de l’Acad. imp. de méd., t. XXIV).

(6) Besnier, Des étranglements internes de l'intestin.

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sexe, en recherchant, avec soin les antécédents, en comparant les caractères et le mode, d’apparition des signes présentés par les différents malades, en recherchant enfin quels sont ceux de ces signes qui se sont présentés le plus souvent dans telle ou telle variété, que nous sseJ 028 de faire reconnaître chacune d’elles.

Î. LES PRHÉNOMÈNES D'ÉTRANGLEMENT RECONNAISSENT POUR CAUSE UNE OBSTRUCTION DE L’INTESTIN.

Nous avons réuni 38 cas d’ étranglement par obstruction de l'in testin ; ils se dénombrent de la façon suivante : 26 cas d’obstruction par des calculs biliaires (Fagge, Pye-Smith,

“Duchaussoy, 1863).

8 cas d'obstruction par des matières fécales (Putégnat, Penard, Louis Thomas).

ÿ cas d’obstruction par des corps étrangers (Krishaber, Margerie, Putégnat, Benoit).

2 cas d’obstruction par des vers: intestinaux (Linoli, Halma- Grand).

Le diagnostic de toutes les variétés rentrant dans cette catégorie sera Dent facilité par la connaissance. des antécédents.

Lorsque l’obstruction est causée par des matières fécales, elle peut tenir à deux causes. Certains aliments, comme les raisins, les figues, les fruits à noyau, contiennent des par ties inassimilables qui restent mélangées aux fèces, en aug mentent le volume et probablement les rendent aussi pape aptes à prendre les différentes}formes que tendent à leur imprimer les mouvements de l'intestin. D’autres fois, les aliments ingérés en trop grande quantité ne peuvent être

digérés pendantle temps que le sujeta l'habitude de mettre

entre les évacuations alvines; il reste alors après chaque évacuation une quantité plus ou moins considérable d’aliments en train de se convertir en fèces. Cette quantité s’augmente chaque jour et finit, en s’accumulant peu à peu dans le gros intestin, par constituer une série de bouchons qui

produisent une ocelusion absolument mécanique. Des cir.

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constances telles que la parésie de l'intestin chez les: vieillärds, les paralytiques généraux, les convalescents de certaines affections graves (fièvres typhoïdes par ex.), et les rétrécissements de différentes natures, peuvent sans aucun doute aider à la formation de ces bouchons; mais ce n’est point de ces cas-là que nous entendons parler, on les trouvera mentionnés ailleurs; il n’est question ici que des obstructions survenues chez un sujet bien portant à la suite d’intempérance ou d’imprudences. Il faudra donc s’enquérir avec soin des circonstances dans lesquelles s’est développée la maladie et interroger le malade sur la nature

etla quantité des aliments qui ont été pris dans les derniers

jours et même les dernières semaines avant le début des accidents. Il ne faut pas craindre d’être pressant dans ces

questions, car il n’est pas rare de trouver danslesdéjections après la guérison ou dans l'intestin après la mort des débris

d'aliments ingérés fort longtemps auparavant (1).

Lorsqu'il s’agit de calculs biliaires, il se sera manifesté avant leur engagement dans l'intestin une série d’accidents dont le malade peut toujours rendre compte; ces signes prémonitoires existent souvent depuis longtemps et ont généralement-une grande intensité. -

Quand l’occlusion est causée par un paquet d’ascarides lombricoïdes, la connaissance des antécédents nest pas moins précieuse; souvent les malades ont rendu de ces entozoaires soit dans leurs selles, suit conime Halma- Grand (2) ét Linoli (3)en rapportent deux ‘éxemples, dans des vomissements.

Enfin si les accidents sont produits par un corps étranger introduit par hasard dans le tube digestif, le malade pourra ordina'rement renseigner le médecin. ‘

L'étiologie fournit moins d’éléments au diagnostic.

Sur vingt observations d’étranslemeats par des calculs

bilieires, dont M. Duchaussoy a présenté le résumé au

(1) Dr Benoit, Thèses de Sirasbourg, 1868, obs. Hit. (2) Union médicale, 1856, p. 202.

(3) Giorn. d. R. Acad. med-ch. di Torino, 1854:

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congrès médical de Rouen A), quinze “contéprent dès. femmes ayant toutes dépassé 40 ans. Lés recénséments de’ M. Fagge (2) sont plus explicites encore; les 6 cas” dont 1} fait mention se rapportent tous à des finie ‘ayant dépassé la soixantaine.

Les accidents d’occlusion causés par les ascarides, accidents d’ailleurs fort rares, n’ont été observés que pendant la jeunesse. |

Si les notions précédentes sont fort utiles pour établir le diagnostic de la cause de l’occlusion, l’examen de l’état actuel peut, dans beaucoup de cas, venir le confirmer.

Le ballonnement de l'abdomen est plus où moins considérable selon les circonstances et le siége de l’occlusion; il est beaucoup plus manifeste dans les occlusions par des matières, {écales, des ascarides ou des concrétions intestinales, que-dans celles qui résultent de corps étrangers ou de calculs biliaires. Dans ces derniers cas, l'intestin grèle est obstrué dans une partie plus ou moins grande de son trajet tandis que les premières causes agissent exclusivement sur le gros intestin (3). La distension de l’abdomen arrive alors graduellement et finit par être considérable. Lorsqu'elle est produite par des.calculs biliaires, la tuméfaction occupe presque toujours les parties supérieures et est moins prononcée que dans les autres obstructions.

Presque toujours on constate la présence d’une tumeur de volume et de caractères variables. Quand elle est due à des amas de matières. stercorales, elle sera perçue par la palpation, la sonde ou le toucher, suivant qu’elle occupe le cæcum, l’S iliaque ou le rectum. Ces tumeurs sont dures, bosselées, inégales, insensibles à la pression ; malheurensement l’état de distension de l’abdomen empêche souvent.de les reconnaître.

(1) 8° séance. Gaz. hebd., 1863, p. 700.

(2) Guy’s Hospital Reports, vol. XIV, p. 286.

{3) Note. Les ascarides ne peuvent vivre que dans l'intestin grèle et ne se réunissent en peloton assez volumineux pour produire des accidents d’occlusion que lorsqu'ils arrivent dans un organe qui, comme le gros intestin, ne leur offre plus de conditions d’existence.

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4h — La tumeur résultant d’un amas d’ascarides produirait, ë d'après le docteur Linoli, Ja sensation de mouvements vermiculaires.

Les corps étrangers accidentellement introduits dans line. si -testin sont en général arrêtés par la valvule iléo-cæcale ;.

“aussi, la tumeur à laquelle ils donnent lieu se trouverat-elle fréquemment dans la fosse iliaque droite. Au dire de M. Krishaber, ces corps étrangers manifestent d’ailleurs d’une façon rationnelle et caractéristique leur présence dans l'intestin par des contractions épileptiformes des muscles de la face. Voici le résumé d’une observation qu’il donne à l’appui de son assertion (1). PRO

Oss. XIII, — Symptômes d’occlusion intestinale. Douleurs dans:un ; point de l'abdomen situé à la partie médiane, à 2 centim. de l'om- % bilic. Vomissements incoercibles, fécaloïdes à la fin. Ventre doulowreux, non ballenné. Mouvements réflexes épileptiformes, surtout: ‘ des muscles de la face. Mort. — Autopsie : Amas de pépins de raisins et de noyaux de prunes arrêtés à 50 centim. au-dessus dw

caecuin.

Les cas d’occlusion par des corps étrangers sont si rares que nous n’avons pu voir si ces phénomènes avaient été notés par d’autres observateurs; il faut néanmoins en tenir compte.

M. Düchaussoy (2) admet qu’il est possible par la palpation de déplacer les calculs biliaires lorsqu'ils donnent lieu à une tumeur appréciable au toucher; nous n’avons pas d'exemples de ce fait.

Quel que soit l’agent de l’obstruction, la consfipation est absolue. 1

La douleur est le plus ordinairement violente, surtout :

te lorsque l’obstruction est causée par des calculs biliaires ; dans ce dernier cas, elle s’exaspère au niveau du point FA

obstrué. Il est, d’ailleurs, d’autres circonstances dans les- Gt 4 quelles elle paraît indiquer plus ou moins exactement le

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(1) Soc. méd. d’émulation, séance du 2 nov. 1865. (2) Congrès de Rouen,

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siége de l'obstacle. L'observation XIII en montre un exemple.

Les vomissements ne présentent rien de caractéristique ; dans presque tous les cas dont nous avons eu connaissance, ils ont fini par devenir fécaloïdes. Rien à noter sur la quantte d'urine émise par le malade ; comme les vomissements, elle varie, ainsi que nous le verrons plus loin, selon le siége de l’obstacle.

Les concrétions intestinales peuvent donner lieu à des accidents d’étranglement, bien rarement, il est vrai, car sur 600 cas réunis par M. Duchaussoy (1), 9 seulement étaient dus à cette cause. Voici d’après le professeur Cloquet (2), les manifestations symptomatiques de ces concrétions :

« Douleur fixe, profonde, accompagnée quelquefois de sensations bizarres, telles que celle d’une boule remontant dans l’œsophage, d'un poids comprimant les viscères, etc. »

« Hoquet, vomissements muqueux et bilieux, selles diarrhéiques, séreuses, sanguinolentes, entraînant quelquefois des parcelles de corps étrangers, alternant avec une constipation opiniètre. »

« Dans un certain nombre de cas, la palpation permet de reconnaître l’existence d’une tumeur, variable en consistance, suivant la nature de la maladie, s’accompagnant le plus ordinairement d’une douleur locale. »

Lorsque de tels symptômes auront précédé les accidents d’occlusion, on saura à quoi attribuer ces derniers.

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