CAUSE UNE DISPOSITION ANORMALE ET ACCIDENTELLE DE L'INTESTIN
On a vu que nous faisons rentrer dans cette catégorie les étranglements produits par les causes suivantes : invagination (intussusception), torsion (volvulus), flexions et adhérences, vices de conformation. Nous ne nous occuperons pas du tout de cette dernière variété; en effet, si les vices de conformation consistent simplement
(4) Anat. pathol. des étranglements.
(2) Mémoire sur les concrétions intestinales.
4870, — Larguier. 6
SRE
dans Ja présence de diverticules ou d’appendices de l'intestin grèle, ils sont compatibles avec la santé la plus parfaite, et, s'ils donnent lieu à des accidents d’occlusion, ce sera en étranglant l'intestin nous aurons alors les signes de l’étranglement par constriction, et nous renvoyons à ce chapitre. Quant aux vices de conformation incompatibles avec lexisience, comme l'imperforation de l’anus, du rectum ou de l'intestin, le doigt ou la sonde sont là pour éclairer le diagnostic; nous croyons d’ailleurs que ni leurs symptômes, nl le traitement chirurgical qu’on peut leur appliquer ne rentrent dans le cadre de ce travail.
Nous avons réuni 28 cas rentrant dans cette catégorie : 13 invaginations (Dubois, Cambay, Duplessis, Fagge, Putegnat.) 6 torsions (Rembold, Maunder, Fagge.) 9 Flexions (Hilton, Reverdin, Fagge.)
A. Invagination.
Si nous avons été assez heureux pour faire admettre que les variétés d’étranglement vrai que nous venons d’étudier ont des signes caractéristiques par lesquels il sera souvent aisé de les distinguer, il ne nous sera pas difficile d'établir que l’on peut, dans la presque totalité des cas, reconnaître la présence d’une invagination.
De toutes les causes qui donnent lieu à des symptômes d’occlusion, celle-ci est une des plus fréquentes; elle en produit à elle seule près du tiers; c’est du moins ce qui ressort des statistiques de MM. Duchaussoy, Besnier, Brinton, Pollock et Phillips.
Les autres circonstances éliologiques ne fournissent, si l’on en excepte l’âge, aucun signe sérieux de présomption pour le diagnostic; l’invagination est surtout fréquente chez les enfants; aussi quand un de ces derniers présentera des signes d’étranglement, on devra penser à cette forme de l'affection. Rilliet (1), qui a recueilli quatorze cas d’intussus-
eption chez des enfants, a noté que c’est dans la première année qu'elle se rencontre le plus fréquemment. Duchaussoy (2) a rassemblé 37 cas dont 31 sont au-dessous de 4 ans.
(4) Mémoire sur l’invagination chez les enfants. Paris, 1882. (2) Anatomie path. des étr. internes.
Enfin, d’après les statistiques de Thompson, Duchaussoy, Rilliet, Brinton, l’invagination se rencontrerait environ trois fois plus fréquemment chez le sexe masculin.
L'étude des antécédents ne fournit guère d'indices bien précis. M. Besnier (1) pense que lorsque des accidents d’occlusion surviennent dans le cours d’une entérite ou d’une dysentérie, on devra soupconner une invagination.
Les polypes et les vers intestinaux peuvent tous deux par un mécanisme qui se comprend facilement, amener une pareille pénétration de l'intestin dans sa propre cavité, mais il est impossible de tirer de ces faits exceptionnels un élément de diagnostic.
Burford (2) et Wieger (3) admettent que l’invagination de l'intestin peut succéder à l’abus des drastiques; on pourra supposer que l’occlusion provient d’une invagination lorsqu'elle succède à des coups violents portés sur le ventre: l'observation XIX en est un exemple.
Enfin, dans plusieurs des cas que nous avons recueillis, l’intussusception a succédé rapidement à un violent effort ou à une alimentation imprudente.
Obs. XIV.—.-J. H., garçon, 16 aus. Effort violent le 22 mai 1860. Entre à Guy’s hospital le 23. Ahdomen tuméfié et douloureux du côté droit. Pas d’évacuations. Peu de ballonnement. Mort le 4er juin. Péritonite générale. Invagination de liléon (4).
Obs. XV.—R., garcon, 15 ans. Le 8 juillet 1860, mange une grande quantité de cerises avec les noyaux, pas de selles. Le 9, même quantité de noyaux est avalée, toujours pas de selles. Le 10, coliques ayant leur point de départ et leur sammum d'intensité à lombilie. Ventre sensible. Vomissements. Le 13, vomissements féraloïdes, ventre encore plus sensible, Le 14, on constate une tumeur globuleuse à l'endroit du cæcum, cette tumeur s’allonge vers le côlon ascendant. Tympanite partout, sauf dans la direction du côlon ascendant et transverse où il y a matité. Le 17, cessation des vomissements. Le 18, le malade a plusieurs selles sanguino-
(1 Thèses de Paris, 1857, p. 26.
(2) The Lancett, 1840.
(3) Loc. cit.
(4) Fagge, loc. cit., 9e obs.
lentes, et le 20 expulsion de 40 centimètres d’intestin grêle modifié (1).
On ne peut tirer aucune indication positive du mode de début, les accidents se manifestant tantôt d’une manière brusque, tantôt, au contraire, d’une façon lente et graduelle. Il est cependant à remarquer que lorsque linvagination siége sur l'intestin grèle, le début est brusque et la maladie courte, tandis que dans les cas les plus fréquents, c’est-à-dire lorsque l’intussusception s’est produite dans le gros intestin, les accidents se développent moins rapidement et sont précédés d’alternatives de diarrhée et de constipation. Ici nous nous trouvons en désaccord formel avec M. Besnier (2); nos observations à ce sujet sont cependant concluantes, en outre ce fait peut s’expliquer par le raïsonnement. Dans toute invagination, en eftet, l’occlusion de l'intestin est longtemps incomplète; on comprend dès lors facilement que le gros intestin, en raison de son diamètre bien supérieur, reste perméable pendant un temps plus considérable que le petit intestin et donne lieu moins rapidement aux phénomènes d’étranglement. Il faut ajouter que le processus de l’invagination se compose, comme nous le verrons plus loin, de deux phases bien distinctes : dans la première, on constate une tumeur abdominale, mais les douleurs qu’elle occasionne sont intermittentes et il n’y a encore ni constipation, ni nausées; le deuxième temps de son évolution coïncide avec les accidents d’étranglement et le commencement de gangrène de la partie invaginée, phénomènes qui s’annoncent par la présence d’hémorrhagies, par la constance de la douleur et l’altération de la santé. Il semble naturel que cette seconde phase de la maladie se montre moins rapidement dans le gros intestin que dans le petit qui est soumis à des causes d’irritation plus nombreuses et qui, en raison de l’exiguité de son calibre, doit bien plus rapidement se mettre dans les conditions favorables au développement de la gangrène. ‘
(4) Dr Dubois, Gaz. des Hôp. 1863, p. 298.
(2) Th. Paris, p. 26.
On voit, à part la question d'âge, de quel faible secours seront les indications qu'on peut tirer pour le diagnostic de l’étiologie et de l'étude des antécédents ; il en est tout autrement de l’état actuel du malade qui va nous donner une collection de signes sur la valeur desquels il semble qu’il doive être difficile de se tromper.
Contrairement à ce que nous avons vu dans la catégorie précédente, le ballonnement est tardif et peu considérable. Cette circonstance tient à deux causes. En premier lieu, à l'oblitération incomplète de l'intestin qui laisse quelquefois pendant tout le cours de la maladie un passage étroit, il est vrai, mais suffisant pour la fuite des gaz ; en second lieu, le fait qu’une portion souvent considérable du tube digestif s’est introduite dans une autre partie de ce même tube en diminue d'autant la capacité. L'espace où se développent les gaz étant ainsi amoindri, la distension de l’abdomeu sera peu considérable.
Voici le résumé d’une observation dans laquelle on trouve tout le reste du gros intestin invaginé dans l’S iliaque et le rectum et où l’on n’a pas du tout observé de ballonnement.
Obs. XVI. — R., ancien soldat suisse au service du roi de Naples° Prétend avoir eu jadis dans cette ville une attaque de misérere. — Exposition au froid pendant la nuit du 6 avril 1868. Le 7, violentes coliques; le malade boit de l’eau-de-vie; exaspération notable des douleurs. Le 8, ténesme et évacuations abondantes, sanglantes, dans lesquelles nagent çà et là des flocons de matière fécale. Ventre souple, sans ballonnement ni tension nulle part. Sensibilité de la région iléo-cæcale où l’on ne découvre cependant aucune tumeur. Vomissements bilieux. Ces symptômes s’aggravent de jour en jour : selles séro-sanguinolentes avec ténesme; la fosse iliaque devient de plus en plus sensible jusqu’à ne pouvoir plus supporter la palpation. Vers le 45, le ventre commence à se météoriser. Le 16, apparaissent des vomissements fécaloïdes, le météorisme arrive à son comble, les selles se suppriment, le pouls est filiforme et très-rapide, Mort le 18. — Autopsie : Tout le cæcum et le côlon invaginés dans l’S iliaque et le rectum de façon à ce que la valvule peut être atteinte par le toucher rectal. Les parois en rapport de l'intestin invaginé étaient déjà soudées par l’exsudation fibrineuse du péritoine en-
flammé. Les muyueuses étaient le siége d’une congestion noire; avec le temps la gaugrène de la portion invaginée s’eu serait suivie. Tout le péritoine est le siége d’un épanchement séro-fibrineux (1).
Cette observation dans laquelle l’invagination est considérable, vient bien à l’appui de ce que nous disions plus haut, le météorisme qui survient quatre jours avant la mort étant évidemment le fait de la péritonite qui a emporté le malade et qui devait remonter au moins à ce terme, puisque la cavité du péritoine était lesiége d’un épanchement fibrineux. La sensibilité dans la région iléo-cæcale s'explique facilement par le tiraillement de la fin de l’iléon et de son mésentère. Il est impossible qu’une intussusception d’une des moitiés du gros intestin dans l’autre, ne donne pas lieu à une tumeur, et à une tumeur considérable. Il n’en est pas fait mention ; il est vrai que la fosse iliaque gauche, siége habituel de ces tumeurs, n’a pas été explorée. Si l’exagération des selles sanguinolentes et la douleur iléo-cæcale pouvaient détourner un instant l'attention, il nous semble ù cependant que les symptômes offerts par ce malade étaient des pius caractéristiques d’une invagination.
L'invagination se manifeste toujours par une fumeur intra-abdominale; ce signe est d'autant plus certain quelle peu de ballonnement du ventre permet, dans la plupart des cas, de la sentir pour la palper ; cette tumeur présente en outre des caractères qui manquent si rarement qu'ils sont en quelque sorte pathognomoniques.
Elle estappréciable, soit à la vue àtraversles parois del’abdomen, soit à la palpation et à la percussion qui produit un son mat, soit enfin au toucher rectal. Lorsque l’invagination s’est produite, comme c’est le cas le plus fréquent, dans le gros intestin, c’est généralement dans la fosse iliaque gauche qu'on trouvera la tumeur. Si c'est dans l'intestin grèle, son siége sera variable, selon la partie de l’intestin qui est invaginée ; nous devons cependant ajouter que dans toutes les observations de cette variété que nous avons
(1) Bull. de la Soc. méd. de la Suisse romande. Juin 1868 p. 170 Drs Moehrlen et du Plessis.
recueillies, il correspondait à la partie droite de la région ombilicale ; il en est de mème dans les obs. 9, 10, 11, du Dr Fagge, seuls cas d’intussusception du petit intestin qu’il ait observés, et dans l’obs. du Dr Cambay qu'on trouvera plus loin.
Le volume de ces tumeurs varie de la grosseur d’un œuf à celle d’une tête de fœtus, selon que l’invagination a lieu sur le petit ou le gros intestin. Leur forme affecte généralement celle d’un cylindre un peu ineurvé.
Elles présentent, et c’est là leur caractère le plus distinctif, des mouvements de déplacement qui se produisent sans cause apparente d’un jour à l’autre; ce fait avait déjà ättiré l’attention de M. Bucquoy (1), et le Dr Fagge (2) le donne comme un excellent signe de diagnostic. Ces mouvements ont lieu de la partie droite de l’abdomen vers son côté gauche et amènent le plus souvent la tumeur dans la fosse iliaque de ce côté où elle reste alors stationnaire ; d’autres fois elle finit par occuper la région sous-pubienne et on peut à la fin de l'observation la sentir en pratiquant le toucher rectal. Ces déplacements ne se font pas d’une manière régulière, car ces tumeurs ont cela de particulier d’être, qu'on nous passe l’expression, fort capricieuses dans leurs évolutions à l’intérieur de l’abdomen; mais si l’on en considère le résultat définitif, on verra toujours la tumeur finir par occuper une des deux places que nous indiquons.
L'observation suivante, qui a été publiée fort en détail, par M. Fagge (3), donne une idée exacte de la marche des accidents dans l’intussusception la plus ordinaire. Nous regrettons que les limites de ce travail nous obligent à n’en donner qu’un résumé.
Os. XVII. Intussusception iléo-cæcale, douleur peu intense et tumeur abdominale; pas d’autres signes pendant trois mois. Diagnostic établi sept jours avant les phénomènes d’étrangieent. Mort en quatre jours.
(4) Bull. de la Soc. anat. 1853.
(2) Guy’s hospit. rep., vol. xIv.
(3) Guy’s réport., vol. x1v, p. 289.
AT rh
W. B..., garçon de 5 ans. Cet enfant a été en butte à des violences de la part de la femme qui le garde. En mai 1868, il commence à ressentir des douleurs dans l'abdomen, on constate alors une tumeur contournée sur elle-même et occupant la région de l’hypochondre gauche. Une fois vomissements alimentaires contenant une ascaride, — Les évacuations alvines se font normalement, et ne présentent rien de caractéristique; cependant la tumeurpe rsistant et l'enfant accusant toujours des douleurs intermittentes dans l’abdomen, on Je place le 1®r juillet dans une des salles de l’hôpital de Guy.
A son entrée, on constate que la tumeur occupe la position indiquée par le schéma ci-contre, el'e peut du reste être déplacée par la palpation. Douleurs à lombilic. Le 3, la tumeur se trouve à gauche de l’ombilic.
Le 4, elle est centrale.
Le 7, la tumeur a disparu, on aperçoit une masse résistante sous les côtes du côté droit.
Le 8, nausées. 6 15
Le 9, la tumeur est évidenie dans la région du côlon transverse où elle apparaît distinctement nodulée. Pendant ce tempsl’enfant avait tous les deux jours une évacuation de matières naturelles; le 9 cependant elles sont plus molles.
Le 10, la tumeur occupe les côlons transverse et ascendant, l’ab-
= domen est un peu tympanisé. Un lavewent avec la sonde amène un débâcle \/ de matières noires après lesquelles un mieux sensible se produit. Peu de variations dans les symptômes jusqu’au 21 ; toujours des douleurs avecparoxysmes ; tumeur variable, la palpation la fait souvent apparaître ou grossir.
Le 21, un peu de sang dans les selles, le Dr Fagge diagnostique l’intussusception. Dans la nuit, douleurs violentes.
Langue sèche.
Le 22, la tumeur paraît double e composée d’une partie transversale et
Fig. 1.
Fig. 2.
, d’une seconde partie verticale moins volumineuse qui semble sortir de derrière la première, comme le montre le schéma n° 2,
Du 22 au 26 un mieux sensible ; les évacuations qui se font tous les jours, mais en très-petile quantité, ne contiennent que du mucus.
Le 27, nausées, vomissements Fig. 3.
verdâtres, chaleur, congestion de la face. Pouls à 1410. Langue sèche. Pas de sommeil.
Le 28, selles sanglantes, écoulement constant de mucus sanguinolent par l'anus. Aggravation rapide de l’état général, vomissements verdâtres. Mortle 31.
Aulopsie. Le schéma n°3 montre l'aspect de l’intérieur de l'abdomen, au moment de l’ouverture de celui-ci. Invagination de la flan deliléon etdu cæcum dans les côlons et l’S iliaque. Aucune diminution du calibre de l'intestin, et aucune trace de péritonite.
Ces déplacements s’observent aussi lorsque l’invagination siége seulement dans l'intestin grèle.
Os. XVII. Invagination du jéjunum déterminée par une polype de cette portion de l'intestin. Perforation. Péritonite.
X. Il y a trois "ans constipation qui cède à des purgatifs répétés.
10 nov. 1860, coliques el constipation.
Le 21, débâcle.
Le 28, il entre à l'hôpital. Tumeur oblongue et résistante au dessus et un peu à droite de l’ombilic, douloureuse à la pression et se déplaçant d’un jour à l’autre.
Le 4, nouveaux vomissements fécaloïdes. Mort le 10 (1).
A côté de ces mouvements de progression, on en a remarqué d’autres. C’est ainsi que Wood (2) et Gasté (3) mentionnent deux cas où la tumeur paraissait de temps en temps soulevée dans sa totalité. M. Besnier, dans son mémoire, note aussi ce fait qui, ajoute-t-il, coïncide avec les crises de coliques.
(1) D. Camb:y. Soc. de chir., séance du 16 janvier 1861.
(2, Archives gén., 2° série, t. xIT.
(3 Mém. Acad. méd., vol. 11.
1870. — Larguier.
tout —
Phelan (1) a remarqué deux fois une sorte de mouvement: vermiculaire.
H ne faut pas accorder à ces exceptions plus d'importance que de raison ; la dernière surtout étant plutôt de nature à obseurcir le diagnostic qu’à l’éclaircir, puisqu'on à vu que les tumeurs produites par des ascarides offraient la mème particularité. Il est vrai d’autre part que ces entozoaires sont parfois une cause d’invagination.
Si la tumeur que nous étudions est susceptible de changements dans la place qu’elle occupe, elle peut aussi en présenter dans sa forme. Tantôt elle s’allonge en s'amincissant, tantôt elle s'élargit notablement, eile parait se dédoubler et d’autres fois ne peut plus ètre sentie par la palpation, on a vu, dans l’obs. xvrr, un exemple frappant de ces variations qui d’ailleurs coïncident avec les changements de place de la tumeur; on aurà pu, en même temps, remarquer que lorsqu'elle semblait avoir di-paru, la palpation suffisait à la faire reparaitre, il semblait alors à l'observateur la sentir grossir sous sa main.
Cestici le lieu de parler du signe diagnostique, indiqué par Dance (2), et tiré de la forme particulière du ventre. D’après cet observateur « la fosse iliaque droite n’a plus sa rénitence normale, elle est très-dépressible ; du côté gauche au contraire, on remarque un relief plus ou moins considérable, et la palpation donne une sensation de dureté tout à. fait insolite. »
À propos de ce signe, M. Bucquoy (3) dit fort judicieusement que sa valeur n’est réelle qu'’autant que l’invagination s'est faite dans le gros iutestin, anx dépens du eæcum. C’est, 1l faut le dire, le cas le plus ordinaire. Mais si l’intussusception est dans l'intestin grèle, la tumeur peut étre aussi bien d’un côté que de l’'au're.
Nous avons vu plus haut que la tumeur résultant d’une invagination peut précéder de longtemps les acci-. dents d’occlusion, cle ne coïncide alors qu'avec des: dou-
(4 Arch. gén., t. vir, p. 861,.et Gaz. des hôp. 18404 p. 53.
(21 Révgert. gén. d'anat. et de phys. pathol., 1826, p. 206. (3) Recueil des trav. de la Soc. méd: d’obs., 1858, p.202.
leurs intermittentes et de peu d'intensité, et n’est point encore accompagnée de la constipation, des nausées et des hémorrhagies qui caractérisent plus tard cette forme d’étranglement ; c’est encore un caractère qui la distingue des tumeurs formées par un amas de fèces ou de corps étrangers. Ajoutons enfin qu’elle u’est point, comme ces dernières, insensible à la pression; sa sensibilité est au contraire si grande que, dans la plupart des cas, la palpation est fort difficilement supportée.
— En résumé, les caractères distinctifs et en quelque sorte pathognomoniques de la tumeur formée par une invagination intestinale, sont les variations de siége, de volume et d'aspect, que nous venons de passer en revue.
Comme la tumeur, la douleur précède aussi souvent de fort longtemps les accidents d’étranglement; elle est alors tout à fait intermittente et reste quelquefois plusieurs jours sans être sentie par le malade ; il y a cependant à l'ordinaire un ou deux paroxysmes par jour, pendant lesquels celui-ci éprouve une sensation de torsion et de déchirement qui lui fait instinctivement fléchir le membre inférieur. Une fois que les accidents d’étranglement se manifestent, ces coliques s’exaspèrent notablement dans leur intensité, mais conserventnéanmoins leur caractère spécial d'intermittence.
Elles varient s2lon le siége de l’invagination et sont plus vives lorsqu'elle est dans le gros intestin ; dans ce cas, elles atteignent dès le début leur maximum d'intensité. Au contraire, si la lésion s’est faite dans l'intestin grèle, on voit le symptôme douleur augmenter graduellement pendant plusieurs jours; c’est surtout dans ces cas-là qu'on peut espérer la gangrène et l'évacuation de la partie invaginée. Voici le résumé d’une observation du D' Hughes, qui rend assez bien compte de la marche de la douleur dans l'invagination la plus fréquente :
Ogs. XIX. Garçon de 14 ans. Sept semaines avant son entrée à l’'hôpitalde Guy, il avait été exposé à un grand froid, à la suite duquel il avait ressenti pendant plusieurs heures des douleurs dans l'abdoinen. Ces douleurs reparurent à des intervalles variables, souvent
UE
deux fois par jour. Ces donleurs étaient assez violentes, et pour se soulager pendant leurs paroxysmes le jeune homme pressait avec ses mains sur son abdomen; il sentait alors des bosselures correspondant au point de la douleur.
Il entre le 27 fév. 1856. — Pas de tumeur appréciable.
Le 29, on en constate une dans l'hypochondre gauche. Ce jour-là évacuation contenant 3 lombrics.
À partir du 10 mars, les douleurs deviennent très-violentes.
Le 15, diarrhéedysentérique, selles constituées par du mucus sanguinolent sans aucun mélange de matières fécales. Les anses intestinales invaginées sont visibles dans la région iliaque gauche. Vomissements incessants bilieux et verdâtres, Cet état persiste jusqu’au 23 mars, le malade meurt avec des symptômes de péritonite.
Autopsie. Invagination de la fin de l’iléon et du cæcum dans le côlon et l'S iliaque. Perforation de celle-ci. Péritonite (1).
La constipation n’est pour ainsi dire jamais absolue (2); on le comprend d’ailleurs facilement, puisque le calibre de l'intestin est rarement complétement obstrué et que le paralysie produite par l’inflammation de la portion invaginée ne se manifeste que tard. Les évacuations se font avec . peine et occasionnent un ténesme violent et des épreintes douloureuses ; elles sont généralement peu abondantes et coustituées par un mucus fétide et sanguinolent. Ce dernier caractère ne manque jamais, d'après M. Cruveilhier ; nous le retrouvons dans toutes nos observations. Il a fait cependant complétement défaut dans la curieuse observation d'invagination triple, présentée par M. Bucquoy, en 1858, à la Société médicale d'observation. C’est surtout dans une période avancée de la maladie que ces hémorrhagies sont le plus abondantes. Elles sont d’une haute importance dans le diagnostic de l’invagination chez les petits enfants (Rilliet).
Les vomissements sont le plus ordinairement bilieux, de couleur verdàtre, ils deviennent rarement fécaloïdes ; nous essayerons plus loin de montrer que dans l’intussusception
(1) Guy’s Hosp. Rep. 1868, p. 288.
(2) Sur 135 obs. recueillies par M. Duchaussoy, il ne s’en est rouvé que 40 dans lesquelles les selles aient éié complétement supprimées.
ho —
les conditions nécessaires pour donner aux matières intesti: nales ce caractère fécaloïde ne sont généralement point remplies ; disons seulement ici que lorsque cette circonstance se présentera, on pourra en déduire que la lésion siége dans le petit intestin, et que l'arrêt du cours des matières est à peu près complet. C’est dans ces cas-là qu’on devra observer une constipation plus où moins absolue ; on sait que ce sont les plus rares.
On a vu, dans certains cas, du sang dans les vomissements, parfois même en assez grande proportion; si l’on a d’autre part la certitude d’une invagination, ce signe sera précieux pour en indiquer le siége qui sera alors très-haut dans le petit intestin.
B. Torsion.
Ce mode d’occlusion de l'intestin est des plus rares; il présente cependant quelques particularités qui permettront d'éviter qu’on le confonde avec les autres étranglements.
M. Duchaussoy a remarqué une prédominance assez considérable du sexe masculin (16 sur 21); nos recherches ne confirment pas ce fait, des quatre cas dont nous avons pu avoir connaissance, deux ont été observés sur des femmes.
L'étude des antécédents nous apprend que les malades ont souvent eu des attaques antérieures d’étranglementinterne, consistant surtout en douleurs abdominales et en constipation opiniàtre, le plus ordinairement sans vomissements. Ces cerises antérieures présentent quelques particularités dans leur mode de terminaison. Lorsque sousil’influence du traitement ou de quelque autre cause restée inconnue, la douleur abdominale qui les caractérisait spécialement vient à disparaitre, on perçoit un gargouillement accompagné de mouvements intestinaux, bientôt suivis d’une abondante débâcle ; après la cessation de ces symptômes si douloureux les-malades ressentent pendant plusieurs jours de suite une douleur obtuse en un point de l’abdomen et une prostration générale. |
L'attaque actuelle qui donne lieu aux signes caractéristiques d’occlusion intestinale, ne diffère des précédentes