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que c’est à ce genre de rétrécissement que l’on a affaire, En outre, depuis l’époque où le malade a été soumis aux causes qui produisent cette diminution progressive du calibre de l'intestin, on le voit être de temps en temps sujet à des attaques incomplètes d’étranglement intestinal; ces attaques peuvent précéder de longtemps les accidents complets. Dans une observation qu’on lira plus loin, et où les antécédents sont rapportés avec détail, on voit que le malade était soumis depuis vingt ans à des troubles digestifs annuels, consistant en une constipation relative pendant un mois.
Cette espèce d’étranglement semble atteindre de préférence les femmes jeunes; sur 16 cas réunis par M. Duchaussoy, onze appartiennent à des femmes de moins de trente ans.
Les lésions occupent généralement l'intestin grêle et sont souvent multipliées, ce qui se comprend facilement, puisque le rétrécissement provient d'ulcérations qui sont rarement uniques; on voit déjà que les circonstances seront défavorables à l'établissement d’un anus artificiel.
On n’observe jamais de tumeur intra-abdominale. Le ballonnement, comme dans les cas où l'intestin grèle est le siége de l'obstacle, commence à l’ombilic pour gagner peu à peu toute la surface de l'abdomen. Aïnsi que dans le le rétrécissement cancéreux, cette distension est lente et graduelle.
Si les rétrécissements sont syphilitiques, ils occupent plutôt le rectum; M. le professeur Gosselin (1) en a rapporté plusieurs exemples. Dans ces cas, les lésions oceupaient : les unes, l'anus; les autres, la portion sphinctérienne; les autres, la portion ampullaire. A l’anus, il restait le plus souvent une hypertrophie de l’épiderme et des papilles (condylomes), sortes de prolongements fibroïdes plus ou moins volumineux. La muqueuse, au niveau du sphincter, était rouge et boursouflée, mamelonnée, avec des ulcérations ou des cicatrices. Au-dessus du sphincter était
(1) Gosselin, Arch. de méd., 5° série, t. IV, p. 666. 4870.— Larguier. 11
se
le rétrécissement proprement dif, formé par un tissu dur, inextensible, au niveau duquel le rétrécissement était tel qu'il ne pouvait donner passage au doigt indicateur.
M. Gosselin n’a jamais vu de rétrécissement syphilitique suffisant pour s'opposer complétement au passagedes matières fécales. Les symptômes sont : difficulté ‘et douleurs pour aller à la garde-robe quand il y a constipation, ce qui est rare; le plus souvent, surtout lorsque la maladie est chronique, il existe de la diarrhée. Plusieurs des malades observés par M. Gosselin n’allaient à la garde-robe que tous les trois ou quatre jours, et les selles, précédées ‘de coliques violentes et prolongées, étaient presque toujours liquides.
La suppuration est-un des symptômes Iles plus constants et les plus significatifs. Le pus rendu par l’anus «est tantôt isolé, tantôt mélé aux matières fécales. Cette maladie amène un dépérissement rapide. Plusieurs malades, parmi ceux qu'a observés M. Gosselin, étaient tuberculeux.
Certains rétrécissements fibreux peuvent aussi ‘occuper le gros intestin. On ne lira pas sars intérêt une observation recueillie ‘avec beaucoup de soins, ‘et que son auteur, M. Charpentier, interne des hôpitaux, a eu la grande obligeance de nous communiquer; nous n’en donnons en détail que la partie symptomatologique.
Obs. XXXIV (inédite). — Obstruction intestinale causée par un rétrécissement fibreux de l'extrémité gaucle de l’arc transverse du côlon. Anus artificiel pratiqué par M. Demarquay. Mort le lendemain de l'opération. (Observation prise par M. Charpentier, interne du service.)
Madame M.A., 82 ans, entrée à la Maison de santé le 97 juil Jet 1869, pour des douleurs siégeant à l’épigastre et à l’ombilic causées, dit-elle, par une constipation datant de huit jours. Elle pense rester peu de teuips à Ja Maison de sarité, attendu qu’elle ‘est habituée aux ‘troubles qu’elle éprouve ‘actuellement, ceux-ci venant régulièrement la su prendre tous les ans vers la même époque de l’année, pour durer quirze jours, un mois tout au plus. Elle en serait tourmentée depuis vingt ans, c’est-à-dire depuis une fièvre
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typhoïde grave qu’elle aurait eue à cette époque, et surtout depuis une cholérine très-sérieuse qu’elle eut trois ans après a fièvre typhoïde. Interrogée sur les antécédents, elle n'indique rien qui puisse faire supposer une affection soit arthritique, soit strumeuse, soit syphilitique ou cancéreuse, cependant elle se rappelle que sa mère est morte hydropique.
Elle a toujours été bien réglée, s'est mariée, puis a vécu séparée de son mari, et n’a jamais eu d'enfants; elle nous dit être peu nerveuse habituellement,
A part ces crises intestinales, elle n’a jamais rien éprouvé; elle assure n'avoir jamais ou rarement vomi, elle ne se rappelle pas avoir reçu de coups où prétend vaguement s'être heurté il y a longtemps le côté gauche du thorax contre l’angle d’un meuble; en tous cas aucun trouble soit thoracique, sait abdominal, ne serait survenu à la suite de cet accident. Pas d’empoisonnement. N'a jamais travaillé dans des préparations de plomb.
Le facies de la malade nous fit mettre en garde contre une affection organique abdominale, elle avait le facies abdominal caractéristique, le teint n’était pas jaunâtre, mais bistré, les yeux profondément excavés, fixes et brillants, les lèvres pincées, etc.….., langue sèche:et collante, rien aux gencives, pas de mauvaise haleine, rien du côté de la déglutition. Le creux épigastrique était bombé, lhypochondre-gauche soulevé, comme d’ailleurs tout le reste de Pabdomen qui était uniformément. ballonné avec le sommet de la convexité à l’ombilie. Pas de saillie dans les côlons, pas d’insymétrie dans le ballonneinent; la pression était peu douloureuse, sauf au creux épigastrique. Gargouillements fréquents, quelques écructalions gazeuses et quelques hoquets peu répétés. Pas la moindre tumeur ni intumescence; pas de matité, sauf aux régions inférieures, matilé vague, immobile, et qui paraissait due aux matières fécales. Pas de hernie. Rien du côté de la vessie, ni des voies génitales. Le foie ne présentait rien d'anormal, les jambes n’éiaient pas enflées, mais étaient amaigries comme le visage. Pas d’éruption. sur la peau, pas d’hémorrhoïdes visibles; cependant la malade ditien: avoir eu. Thorax, poumons, cœur : rien. — Fatigue extrême.
28 juillet. M. Cazalis procéda à un examen minutieux de Ja malade, pratiqua le toucher vaginal, le toucher rectal qui ne lui fourairent aucun renseignement de nature à éclaire :ediagnostic; la malade avait mal dormi, n’était pas allée à la selle, avait rendu queques gaz par en haut et par en bas et se plaignait d’être serrée au niveau de la taille, des deux côtés. 11 y avait eu deux vomisse-
ments bilieux dans la nuit, mais peu abondants. Pouls normal, peau fraiche, même état de la langue. Ajoulons que la malade, avant d'entrer s’etait purgée deux fois inutilement.
M. Cazalis prescrit un grand bain d’une heure. Calomel à doses
refractées, du lait avec quelques petits morceaux de glace à sucer , dans le cas ou l'envie de vomir Ja prendrait.
A la visite du soir, j'appris que le bain l'avait d'abord un peu étouffée, qu'elle l'avait trouvé trop chaud; il l'avait un peu calmée; les paquets de calomel n’avait pu êire pris, ou s'étaient arrêtés au 5e sur 40 à prendre, attendu qu’elle les rejetait tous par les vomissements, elle vomissait également le lait et de la limonade qu'on avait cru pouvoir lui donner. J'exigeai qu’elle prit le reste des paquets, fis appliquer un cataplasme laudanisé, et donner un lavement purgatif.
29 juillet. — Même état. L'irquiétude plus marquée sur la physionomie, les plaintes plus souvent répétées, la faiblesse plus prononcée, le veutre était plus gonflé, toujours peu douloureux. Le toucher rectal fut de nouveau pratiqué et fort mal supporté par la malade. Même prescription que la vieille; M. Cazalis me chargea en outre de lui introduire dans l’anus une sonde rectale, de porter cette sonde aussi profondément que possible, et de lui donner un un lavement de vin.
Le soir, le calomel n’avait pas été mieux supporté; c’étaient toujours des vomissements glaireux, jaunâtres. Le lavement ne fut gardé qu’en partie par le malade. Avec la sonde je ne constata aucnne lésion.
30 juillet. — M. Demarquay, consullé, vit la malade, la toucha par l'anus en ayant la précaution de se faire pousser le coude par un aide, et ne constala aucune lésion par la sonde rectale; pas d’autres résultats; le pouls était bon, la peau n’était pas refroidie, il y avait à peine de la douleur à l'exploration, et à part la faiblesse croissante, rien de plus alarmant. Il fut d'avis de lui faire donner des douches ascendantes d’eau froide et des lavements vineux, de plus de la belladone 0,16 uni. 0,20 de calemel en 4 paquets. J’assistais à la douche qui ne put pénétrer; parfois elle souffrait, mais c'était une douleur de quelques secondes; cependant elle en sortit le ventre notablement gonflé mais non soulagé. Pas d'évacuation, mais un gonflement hémorrhoïdaire donnant un suintement à peine coloré était manifeste à la visite du soir.
31 juillet. — Mème état.
4°* août. — Faiblesse plus prononcée, facies cholérique, la malade se tient dans le décubitus dorsal, pelotonnée sur elle-même; la voix
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est plus faible. M. Panas appelé en l'absence de M. Demarquay, fut d’avis de temporiser, se fondant sur la guérison naturelle d’un certain nombre d’obstructioas intestinales. Il y avait eu des matières fécaloïdes rejetées par deux vomissements. Fans la journée elle vomit de 1/2 h. en 1/2h, Une vessie de glace est appliquée, douleur vague du ventre.
2 août. — Voix éteinte, affaissement des plus prononcés; refroidissement de toute l'enveloppe cutanée, quelques hoquets, pas d'émission de gaz par l'anus depuis le 31 juillet, même état du vente gonflé, mais modérément douloureux, même configuration. Pouls petit, fréquent, serré.
M. Demarquay pratique un anus artificiel dans la fosse iliaque uroite, (suivent les délails); sortie de deux cuvettes ct demie de matières fécales liquides analogues aux matières vomies. Soulage- IentnanI fes te dédaemalate MMS PS UE
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Mort le lendemain.
Autopsie..… Le côlon transverse présentait à son extrémité gauche au moment où elle s'enfonce profondément en arrière pour se continuer avec le côlon descendant, un épaississement de près d’un cent. d’étendue, de nature fibreuse avec adhérences anciennes au péritoine vascularisé à ce niveau. Le rétrécissement était tel qu’il admettait juste une sonde cannelée.
Cette observation est curieuse à plus d’un titre : si le malade dit vrai, c’est le seul cas enregistré dans lequel des accidents d’occlusion incomplète aient précédé d'aussi longtemps l'attaque ultime. À quoi faut-il attribuer le rétrécissement. C’est une question que nous n’avons pas à discuter ici; en tout cas ce ne doit pas être aux lésions de la fièvre typhoïde, car dans ce cas le rétrécissement eût siégé, comme d'habitude, sur l'intestin grêle. 11 faut plutôt croire que cette affection que la malade appeler cholérine et à partir de laquelle les accidents se sont aggravés n'était autre chose qu’une colite ulcéreuse; les ulcérations en se cicatrisant on amené le rétrécissement. Le soulèvement spécial de l’hypochondre gauche et la propagation de la distension abdominale au creux épigastrique sont des phénomènes caractéristiques qui fournissaient des notions assez précises sur le siége de la lésion. L’absence des signes propres aux au-
tres variétés d’ocelusion, d'apparence cachectique cancéreuse, coïneidant avec la lenteur et l’aggravation des symptômes étaient tout autantde données pour le diagnostic. On avait donc des indications assez précises, non-seulementsur le siége, mais encore sur la cause du mal; nous verrons, en parlant du traitement chirurgical, si ce n’est pas dans des cas pareils à celui-ci qu’il y aurait lieu de pratiquer l’anus contre nature, non pas au lieu d'élection habituel, mais au siége même de l'obstacle.
Les: rétrécissements hypertrophiques sont trop rares pour qu’il nous soit possible de leur trouver une symptomatologie spéciale; presque toujours, d’après les analyses de M. Duchaussoy, ils sont consécutifs à une blessure de la muqueusé de l’intestin par un corps étranger, et le microscope démontre que ces hypertrophies sont principalement dues à des dépôts fibrineux dans lesquel reste parfois logée la cause du mal (arête de poisson, noyau, etc.) Last
En résumé, les étranglements causés par les rétrécissements de l'intestin seront reconnus d’une manière générale aux caractères suivants : lenteur et chronicité des accidents qui sont depuis longtemps précédés de troubles intestinaux, et qu'on peut ordinairement rattacher à une cause pouvant avoir elle-même des manifestations partieulières (comme les cachexies cancéreuses, tuberculeuses, syphiliques); constipation fort rarement absolue, selles caractéristiques, ballonnement considérable, mais progressif, vomissements devenant très-tardivement fécaloïdes et douleur peu intense.
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