‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 239 sur 287 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Comment la Providence divine nous ménag& des tribulations pour notre salut. Du malheur de ceux qui mettent leur confiance en eux-mêmes, et de l'excellence de ceux qui espèrent dans la providence.

Tu vois donc que, par ma providence, j'ai réparé la ruine de Thomme, cet autre monde.

Mais j'ai laissé sur la terre les épines de nombreuses tribulations, et permis que partout l'homme se heurtât à la rébellion des choses. Ce n'est pas sans un conseil de ma providence que j'en ai agi de la sorte, ni sans égard à votre bien. Ma sagesse s'est inspirée de vos besoins. J'ai voulu détourner l'homme de placer son espérance dans le monde, pour l'amener à courir droit à moi qui suis sa fin, et j'ai pensé que du moins les coups répétés des tristesses humaines lui apprendraient à porter plus haut son cœur et ses désirs. Cependant telle est son ignorance de cette vérité, si grand est son attrait pour les délices du monde, que, malgré toutes les épines, toutes les souffrances qu'il y trouve, il ne paraît pas vouloir s'en détacher, ni se soucier de rentrer dans, sa patrie.

Que serait-ce donc, ma fille, tu le peux comprendre, s'il trouvait en ce monde tout à souhait,

dans une joie tranquille, jamais traversée d'aucune peine? Voilà pourquoi ma providence a permis, que le monde produisît en abondance les tribulations. Par elles j'éprouve la vertu de mes serviteurs, et dans les peines qu'ils souffrent, dans la force avec laquelle ils les endurent, dans la violence qu'ils se font à eux-mêmes, je trouve un titre à la récompense. Ainsi ma providence a tout ordonné, tout disposé avec une sagesse parfaite.

J'ai donné beaucoup à l'homme, parce que je suis riche et que je le pouvais faire ; et je le puis toujours, car ma richesse est infinie. Tout a été fait par moi, et sans moi rien ne peut être. Et donc l'homme veut-il la beauté, je suis la beauté ; veut-il la bonté, je suis la bonté, car je suis bon souverainement; je suis la sagesse, je suis doux, je suis juste, je suis miséricordieux. Je suis généreux et non pas avare ; je suis celui qui donne à qui lui demande ; j'ouvre à celui qui frappe vraiment ; je réponds à qui m'appelle. Je ne suis pas ingrat, je reconnais mes serviteurs et j'aime à récompenser ceux qui se dépensent pour moi, pour l'honneur et la gloire de mon nom. Je suis joyeux et je conserve en constante allégresse l'âme qui s'est revêtue de ma volonté. Je suis cette grande providence, qui jamais ne fait défaut à mes serviteurs qui espèrent en elle, soit pour leur âme, soit pour leur corps.

Comment Ihomme peut-il refuser de croire que j'aurai soin de lui, lui que j'ai créé à mon image et ressemblance, quand il me voit nourrir et préserver le ver dans le bois sec, donner leur pâture

aux bêtes des champs, aux poissons de la mer, aux oiseaux de l'air, à tous les êtres vivants qui sont sur terre? Je fais luire mon soleil sur les plantes, et je répands sur elles la rosée qui féconde, N'est-ce pas pour son service que tout a été fait? Ma bonté n'a rien créé sans penser à lui. De quelque côté qu'il se tourne, au spirituel comme au temporel, il ne trouve rien d'autre que l'abîme de feu de ma charité, servie par la grande et douce et parfaite providence.

Mais il ne voit pas, parce qu'il s'est privé de la lumière, et qu'il ne veut pas voir. Dès lors il se scandalise de l'épreuve, il restreint sa charité envers le prochain, il se fait avare et s'inquiète du lendemain, comme si ma Vérité ne le lui avait pas défendu quand elle a dit : Ne vous tourmentez i^as pour le jour qui vient : à chaque Jour suffit sa^^eine ! Il vous reprochait ainsi votre peu de confiance, en vous mettant sous les yeux ma providence et la brièveté du temps. Ne vous inquiétez pas pour demain, disait-il. C'est comme s'il avait dit : Ne vous donnez pas de souci pour ce que vous n'êtes pas sûr d'avoir : c'est assez de suffire au jour présent '. Il vous enseignait à demander d'abord le royaume des cieux, c'est-à-dire la bonne et sainte vie. Quant à ces choses de rien, je sais bien, moi votre Père du ciel, que vous en avez besoin, puisque c'est pour vous que je les ai faites, puisque c'est pour vous que j'ai commandé à la terre de vous donner ses fruits.

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