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Il n'a donc pas lu cette doctrine que lui a donnée le Verbe ma Vérité, ce malheureux qui, par défiance, retient son cœur et n'ouvre qu'à demi la main qui doit être secourable au prochain ! Il va devenir ainsi insupportable à soi-même. Cette confiance qu'il a mise en lui, avec cette défiance vis-àvis de moi, est la source de tous les maux. C'est ain?4 qu'il se fait juge de la volonté des hommes, sans remarquer que ce jugement n'est pas de sa compétence, et n'appartient qu'à moi seul. Quant à ma volonté, il ne la comprend pas et la juge tort mal, à moins qu'elle lui ménage quelque prospérité, quelque satisfaction ou quelque plaisir du monde. S'il ne voit rien venir de ce côté, comme c'est là qu'ii a placé tout son cœur et tout son espoir, il lui semble que ma providence ne fait rien pour lui, et qu'il ne reçoit rien de ma bonté ; tout lui manque, croit-il, et tout l'abandonne. Aveuglé qu'il est par sa propre passion, il ne voit pas le trésor qu'il y a dans cette détresse, il ne perçoit pas le fruit de la véritable patience. C'est la mort qu'il en retire, et il a dès cette vie, un avant-goût de l'enfer.
Et moi cependant, dans ma bonté, je ne laisse, malgré tout, de pourvoir à ses besoins. Je commande à la terre de donner ses fruits au pécheur comme au juste ; sur son champ je fais luire mon soleil et je répands ma rosée, comme sur le champ du juste. Souvent même c'est le pécheur qui recevra avec plus d'abondance.
Ainsi en dispose ma bonté, pour verser plus largement les richesses spirituelles dans l'âme du
juste, qui sest dépouillé pour mon amour des biens temporels, en renonçant au monde, à tous ses plaisirs et à sa volonté propre. Ceux qui enrichissent leur âme et dilatent ainsi leur cœur dans labîme de ma charité, y perdenttouteinquiétudeau sujet d'eux-mêmes, au point que non seulement ils n ont aucun souci des biens du monde, mais encore ne peuvent-ils plus penser à eux-mêmes. C'est alors que moi, je prends en main le gouvernement de leurs affaires spirituelles et temporelles. Outre ma providence générale, j'ai pour eux une providence particulière; c'est la clémence de mon Esprit-Saint qui se met à leur service et se fait ainsi leur servante.
Ne te souvient-il pas d'avoir lu, dans la vie des Pères du désert, l'histoire de ce saint homme qui avait renoncé à tout et à lui-même, pour la gloire et l'honneur de mon nom. Comme il étaitmalade, c'est ma clémence qui veillai t sur lui, et lui envova un ange pour l'assister et pourvoir à ses besoins*! Le corps était ainsi secouru dans sa misère, tandis que l'âme demeurait dans une inexprimable allégresse, en savourant la douceur de ce commerce angélique.
En pareille occurrence, l'Esprit-Saint est pour l'homme une mère qui le nourrit au sein de ma divine charité. Il l'a rendu libre, il l'a fait seigneur, en l'affranchissant de la servitude de l'amour-propre. Car là où brûle le feu de ma chanté, là ne peut demeurer cette eau de l'amourpropre qui éteint dans l'âme ce doux feu. Mon Esprit-Saint, ce serviteur que ma puissance lui a
donné, le revêt lui-même, il le nourrit, il Tenivre de douceur, il le comble de richesses inestimables. Il retrouve tout, pour avoir tout quitté. Pour s'être dépouillé de lui-même il est revêtu de moi. Il s'est fait lui-même, en toute chose, serviteur, par humilité, et le voilà devenu seigneur, maître du monde et de lui-mêmel 11 s'est comme aveuglé en renonçant à ses vues personnelles, et le voilà qui jouit de la plus pure lumière ! En désespérant de soi, il a conquis la couronne d'une foi vivante et d'une parfaite espérance qui ne l'abandonne jamais. Il goûte la vie éternelle, délivré de toute peine, parce que ses souffrances mêmes sont exemptes d'affliction. Il juge tout en bien, parce qu'en tout il découvre ma volonté et qu'il sait à la lumière de la foi que je ne veux rien d'autre que sa sanctification ; aussi, sa patience est-elle inaltérable.
Oh! combien heureuse cette âme, qui, dans un corps mortel, n'en goûte pas moins le bien immortel! Elle reçoit tout avec respect ; la main gauche ne lui pèse pas plus que la main droite ^ . Tribulation ou consolation, faim ou nourriture, soif ou rafraîchissement, froid ou chaud, nudité ou vêtement, vie ou mort, honneur ou affront, affliction ou réconfort, elle accepte tout, elle est accueillante atout, avec une humeur égale et tranquille. Rien ne l'abat, rien ne la trouble, rien ne l'ébranlé. Elle est établie sur la roche vive : elle a vu à la lumière de la foi, et
1, C'est-à-dire que les souffrances sont aussi bien accueillies que les joies. Cette locution est expliquée par ce qui suit.
avec une ferme espérance, que tout ce qui vient de moi, c'est avec un même amour que je le donne et dans une même pensée, la pensée et l'amour de votre salut Elle sait que ma providence pourvoit à tout, que dans es grandes épreuves, je donne à 1 ame une grande force, et que je n'impose jamais un fardeau plus lourd qu'elle ne le peut porter, pourvu qu elle se dispose à le vouloir accepter pour mon amour. Le sang de mon Fils vous a bien prouvé que ce n est pas la mort du pécheur que je veux' mais qu'il se convertisse et qu'il vive C'est pou^ qu ,1 vive que je lui envoie tout ce qui lui arrive Ce e vente est toujours présente à l'âme dépouillée d elle-même, et voilà pourquoi elle ne trouve que sujet de joie, en tout ce qu'elle voit ou qu'elle éprouve, en elle-même ou dans les autres. Elle n'a jamais peur de manquer des petites choses, quand par la lumière de la foi, elle est assurée des plus grands biens, comme je te l'ai exposé au comniencement de ce traité. Oh! que glorieuse est cette lumiere de la très sainte foi, qui lui a faitconnaUre et voir, et .sans cesse lui découvre ma Vérité î Elle vient, cette lumière, de l'Esprit-Saint, le bon serviteur : elle est une lumière surnaturelle, que l'âme ob lent de ma bonté, en exerçant la lumière naturelie que je lui ai donnée.