‹ Le diamant de la vouivre (volume 2)Chapitre 5 sur 17 · II · texte numérisé non relu

II

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chercha, on fureta partout, on visita les écuries, les cuisines, les ctables, et quand on eût bien sondé touts les coins de ces habitations toujours désertes pendant la nuit, on se décida à les abandonner et à aller ailleurs.

Mais pendant ce temps, quelles angoises pour les trois malheureux à côté desquels tout cela se passait, et qui pouvaient entendre les conversations et les menaces de ceux qui s'acharnaient à leur poursuite! Quelles tortures de la pensée, surtout pour le capitaine qui devait alors se regarder comme le seul protecteur du vieillard et de l'enfant, dont il s'était fait le gardien!

Enfin ils purent respirer plus à l'aise ; les pas en s'éloignant leur rendirent un peu d'espoir.

— Ils sont partis, murmura Pâquerette.

Le capitaine lui mit la main sur la bouche, ci continua à prêter toute son attention a ce

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qui se passait dans le château. La cour de la caserne, que la terrasse dominait comme celle de la citerne, avait eu sa part des investigations; puis le silence s'y était rétabli, et les recherches, infructueuses sur ces deux points, avaient été dirigées ailleurs. Quelque temps encore le pas régulier des patrouilles qui se croisaient en tous sens , se iit entendre tantôt , rapproché, tantôt lointain; puis le calme parut renaître. Comme la terrasse était entourée d'une grille , on n'avait sans doute pas jugé à propres de la visiter.

— Nous ne pouvons pas songer à nous évader cette nuit, dit bien bas le capitaine. Voici , je crois, le parti le plus sage : Vous allez descendre tous deux dans le cachot de la citerne; et moi je partirai seul ! Seul je risquerai moins d'être découvert, et je puis plus facilement me défendre ; d'ailleurs , une fois sur le rempart de l'autre côté, près de la route, je

suis sauvé. Demain , je viens avec toute ma bande rendre ma visite au sire de l'Aigle , qui , ne se doutant de rien , m'ouvre les portes de son château , je le fais prisonnier , et je vous délivre.

Puis sans attendre leur réponse , il se leva et s'approcha tout doucement de la grille , pour s'assurer que la cour était déserte ; mais il avait à peine fait trois pas, qu'une voix cria à côté de lui :

— Les voilà ! les voilà.

— Nous sommes découverls ! s'écria-t-il.

Et aussitôt une douzaine d'hommes gravirent l'escalier en courant et vinrent ébranler la porte de la grille.

Malgré l'obscurité , le capitaine crut distinguer entre les barreaux des canons d'arquebuse. Sans prendre le temps de réfléchir, il saisit ses pistolets et les déchargea sur les as-

saillants; deux cris se firent entendre et deux hommes roulèrent au bas des escaliers.

Il faut renoncer à peindre l'effet que produisit dans le château cette double détonnalion. En un moment la terrasse fut enveloppée et mille cris de mort retentirent.

— Allons! dit le capitaine, il n'y a plus à hésiter 1 mon signal ! c'est notre seule chance de salut.

Déjà il approchait de ses lèvres, sa main fermée, etil s'apprêtait à tirer de l'intervalle de deux doigts le son aigu et retentissant avec lequel il avait l'habitude de diriger les mouvements de sa bande, lorsque tout à coup ils furent tous trois inondés d'un flot de lumière, qui enveloppait seule la tour de l'Aiguille, sans étendre plus loin sa clarté, et une voix leur cria;

— La Cuzon ! la Cuzon ! la Cuzon !

— Le Vouivrel s'écria le capitaine en levant

les yeux vers le sommet de la tour , merci 1 merci ! merci!

Mais il avait à peine prononcé ces mots , qu'une autre voix qui semblait sortir de dessous terre lui répondit :

— La Cuzon ! la Cuzon ! la Cuzon !

Instinctivement il baissa les yeux , et aperçut à ses pieds un grillage de fer.

— Merci ! merci ! merci ! s'écria-t-il encore avec une sorte de délire.

Car la vue de ce grillage venait de lui rappeler les renseignements que la sorcière lui avait donnés lorsqu'il avait quitté la grotte du Val pour venir au château de l'Aigle.

Il souleva aussitôt ce grillage, et saisissant la corde qui était restée attachée à la ceinture du sire de Binans, il le força à descendre.

— 'Avons le premier, lui dit-il, vous recevrez Pâquerette dans vos bras.

— Qu'est-ce que cela ?

— C'est un égoût qui sert à l'écoulement des eaux. All«z! allez ! nous sommes sauvés !

La corde glissa rapidement , bientôt elle cessa d'être tendue, et le capitaine, la tirant à lui, dit à Pâquerette :

— A ton tour maintenant.

Elle ne lui répondit que par un cri perçant et tomba sans mouvement dans ses bras. II leva les yeux et se trouva face à face avec le fantôme blanc de la tour de TAiguilIe.

Il y eut alors dans l'âme du capitaine un moment d'anéantissement impossible à exprimer. 11 passa la main sur son front pour y essuyer les gouttes abondantes d'une sueur froide qui l'avait inondé tout à coup. Que faire? Pâquerette était évanouie! il devenait fou!

Le fantôme était immobile sur le seuil de la porte toute grande ouverte : la longue robe blanche qui le couvrait allait se perdre bien

loin dans l'intérieur de la tour, el le voile qui lui enveloppait la tête flottait autour de lui et semblait le grandir encore. Il n'avait pas bougé de place, pas fait un mouvement, ses yeux s'étaient fixés sur le visage du capitaine et ne quittaient pas cette direction.

Pendant ce temps, le tumulte n'avait pas cessé dans le château : si les soldats du comte avaient été quelque peu intimidés par la manière dont ils avaient été reçus à la porte de la grille, du moins ils étaient bien certains que leur ennemi ne leur échapperait pas et ils s'étaient réunis sur un autre point. La chambre du sire de l'Aigle commençait à se remplir de monde.

Ce n'est pas qu'en ce moment le capitaine songeât au danger qu'il courait, sa pensée était tout entière absorbée par la présence du fantôuie.

Cependant le i égard de celui-ci, qui, jus-

que-là était resté fixé sur le visage du capitaine, quitta peu à peu cette direction, et, descendant sur sa poitrine, y rencontra la cassolette à laquelle était attaché le mystère de la naissance de Pâquerette.

A cette vue le fantôme s'élança vers lui, et, saisissant ce bijou en cherchant à briser la chaîne d'acier à laquelle il était suspendu :

— Ma fille ! s'écria-t-il, ma fille !

— Ta fille! répéta le capitaine épouvanté.

— Celui qui a celte cassolette doit savoir ouest ma fille?

En ce moment , la porte de la chambre du comte s'ouvrit et il parut sur le seuil entouré de nombreux soldats. Pour le capitaine, la mort était à deux pas, il ne pouvait pas emmener Pâquerette qui était toujours évanouie, il se décida donc ; et la jeta dans les bras du fantôme en s'écriant :

— La voilà ! •

Puis il s'élança dans l'égoùt, attira sur lui le grillage et disparut.

Le fantôme poussa un grand cri qui alla se perdre dans l'immensité des cieux ; et, apercevant le comte, il s'avança vers lui d'un air menaçant en lui montrant d'une main le sommet de la tour où brillait toujours le diamant de la Youivre , pendant que de l'autre il pressait contre sa poitrine la pauvre Pâquerette.

Le sire de l'Aigle recula involontairement, et ses soldats, terrifiés, tombèrent à genoux autour de lui.

La Vouivre cria encore :

— La Guzon! la Cuzon ! la Cuzon!

Son vol saccadé se fit entendre, puis elle disparut, et la tour de l'Aiguille fut de nouveau plongée dans les ténèbres.

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