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Nous avons fait allusion plus haut à la tiagéilie de Fiiiis/. Goethe, vers la fui de la pieniièrc partie, représente Marguerite coupable, à genoux au milieu de la foule qui remplit la cathédrale et comme frappée de la foudre quand éclate à ses oreilles le lugubre chant des morts, dont chaque strophe lui est commentée par l'esprit du mal. Mais le poète n'a reproduit que les stropiies terribles ; Dics iiw, c/ics illa... Jiidcx crgo qitiiiii sedcbit... Ojiid sinii iiiisi'r tune dictitnis... En face de l'ange du désespoir qui crie à l'infortunée ; « W^t'/' rf/V/ Malheur à toi I » il a oublié de placer l'ange de l'espérance chrétienne montrant à la femme tombée le Sauveur qui releva Madeleine : O'" Mariain ahsolvisti... et qui s" est lassé à la poursuite de sa brebis perdue : Qiiari'iis nie sedisti
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Icissits... Goethe, malgré son génie, est resté bien au-dessous du pieux moine de l'Abruzze : la foi lui manquait.
11 n'en est pas ainsi des vieux peintres ou sculpteurs italiens qui s'inspirèrent tour à tour aux mêmes sources que Thomas de Celano. Comme ils ont bien compris et exprimé la physionomie divine de Jésus-Christ, juge des vivants et des morts !
Dans les Jugements derniers sculptés par Nicolas de Pise, le Christ apparaît les mains également levées, calme, impassible; sa présence suffit à rétablir Tordre; la justice donne le baiser à la paix, le repentir prend place auprès de l'innocence. On se rappelle ce vers touchant : Sed tu bonus fac bénigne.
C'est dans cette attitude merveilleu-
sèment grande et calnio que les artistes tiu moyen âge, si fidèles à la tradition, montraient le divin Juge, dont les plaies ouvertes semblaient crier à tous : Qiiid potiii facci\' et non fccil
Orcagna, novateur déjà, représente le Rédempteur en manteau royal, la couronne en tète, assis sur un trône, découvrant d'une main la plaie de son cœur, élevant l'autre main percée, pour attester, en se tournant vers les coupables, qu'il a tout fait pour les sauver et qu'ils sont les seuls artisans de leur perte.
Frà Angelico voit surtout dans le jugement dernier le triomphe des Élus.
Jésus regarde vers la droite; son geste semble accompagner la douce parole :
Vciic-, la. bt'iiis de luoii Pèrr.
Que dirai-je de Michel-Ange? Quel contraste entre ceux que je viens de nommer et ce mâle et sombre génie !
La peinture qu'il nous fait du dernier jugement est terrible ; mais comme elle est d'inspiration plus humaine, moins surnaturelle! Pourquoi cette frayeur convulsive chez les Saints et la sainte Vierge elle-même? Pourquoi cet étalage inconvenant de nudités et d'attitudes violentes? Est-ce le Christ de l'Évi^ngile qui occupe la place d'honneur? N'est-ce pas plutôt Hercule écrasant les monstres? Le paganisme de la Renaissance étouffe ici la pensée chrétienne. C'est ce que démontre, avec la compétenced'un artiste et d'un savant, l'auteur des Causeries florentines, M. Julian Klasko. (Chap. i"\ Dante et Micbel-Àngc.)
Aux musiciens il appartenait de commenter avec plus de fidélité le Dics inr, et plusieurs y ont réussi; qu'il suffise de citer trois noms : Cherubini, Mozart, Berlioz. On a dit qu'en écoutant le Dies inc de Cherubini on ne pouvait s'empêcher de pleurer, mais qu'en écoutant celui de Mozart on aspirait à mourir. Mozart composait sa messe de Requiem, atteint déjà du mal qui allait l'emporter à trentesi.x ans, et il la composait pour luimême. 11 ne put l'achever, laissant à son disciple Sussmayer le soin de mettre la dernière main au chef-d'œuvre. Une fois, dit-on, en écoutant le début du Laaynwsa, il fondit en larmes. Mozart était un croyant : il a exprime ce qu'il avait senti.
Après les premières notes du Dies
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ira-, la musique devient de plus en plus retentissante; les trompettes éclatent avec les sanglots despécheurs; les voix tombent et s'élèvent avec une alternance de sons qui exprime les douloureuses incertitudes de l'âme, quand soudain cette agonie est suspendue par le formidable Rcx tremendce majcstatis. Mais bientôt, dominant l'épouvante universelle, retentit la touchante supplication : SaJva me.
fous pietatis ! Le Laciymosa est un adieu au monde, adieu mêlé de larmes et de sourires qui va se perdre dans un dernier soupir: Huic crgo parce, Deiis! — Voilà certes une des plus parfaites interprétations de l'hymne grandiose du moyen âge.
Et pourtant, l'impression n'est-elle pas plus profonde encore, quand tout
un peuple, sous les voûtes d'une aiitiiiue église, mêlant ses mille voix aux graves accords de l'orgue, fait entendre le Dics iiw en plain-ciiant?
J'ai nommé Berlioz. Nous avons de lui une Mess,- des morts composée pour les obsèques du général Damrémont, dans laquelle le puissant compositeur semble lutter avec Michel-Ange en effets terribles et saisissants. Dans sa Sj'iiiphonie fantastique, c'est le chant liturgique du Dies ira' qui va poursuivre le damné jusqu'au fond des enfers, et se mêle à l'orgie diabolique, comme un glas funèbre et un remords éternel.
Le Dies ira' mérite donc d'être sérieusement étudié, non seulement à cause
des grandes vérités dont il ravive en nous le souvenir, mais pour les beautés littéraires et musicales qu'il renferme.
Le traduire en vers de même rhythme est, je le sais bien, uriç entreprise téméraire. J'avoue sans peine que parfois je n'ai pu rendre tout ce que renfermaient de sens profond, d'admirable poésie ces termines dantesques. Qu'on me pardonne de l'avoir tenté ! In magnis vohtisse saiis. J'ai pour excuse l'exemple de tous ceux qui s'y sont essayés déjà. Crashaw a donné de notre poème une traduction en vers anglais, et lord Roscomnion s'en est inspiré dans son poème du Jugement dernier. En Allemagne Daniel, Lisco et bien d'autres ont lutté avec les difficultés d'une version littérale. Hildner a imité le Dics irœ en
•h 27 -T grec. Chez nous aussi je trouve des exemples qui remontent bien haut. Lucas Wadding ne signale-t-il pas (Scriptoics oni. Miiior. Ronnç, 1630) une version en vers français du Dics ira', œuvre du moine Célestin Benoît Gononus ? Et La Fontaine converti n'a-t-il pas paraphrasé le poème du jugement dernier en fort beaux vers? (LaFontaine, éd. Walkenaer, t. VI, p. 32, ode VI.)
Dieu détruira le siècle au jour de sa fureur,
Un vaste embrasement sera l'avanî-coureiir :
Des suites du péché long et juste salaire,
Le feu ravagera l'univers à son tour ;
Terre et cieux passeront, et ce temps de colère
Pour la dernière fois fera naitre le jour.
Tout sera révélé par ce Livre fatal, Rien d'impuni. Le Juge, assis au tribunal, iVlarquera sur son front sa volonté suprême. Qiii prierai-je en ce jour d'être mon défenseur:
On le voit, le grand poète s'est plutôt inspiré du sens général; il a paraphrasé le texte, parfois en l'affaiblissant. Notre but a été, au contraire^ de reproduire autant que possible le sens, le rhythme, le mouvement de chaque strophe; et puis, pour combler les lacunes de notre traduction, d'expliquer rigoureusement la doctrine théologique du Dies iiw dans un commentaire emprunté à la sainte Ecriture, aux saints Pères et aux docteurs catholiques.
Puisse la méditation de ce grand et pathétique poème des Fins dernières nous exciter à bien vivre et nous aider .■) bien mourir!
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