XXXII
Le inonde ne sera pourtant pas anéanti. Sans doute « en ce jour les cieux disparaîtront avec une extrême vitesse; les éléments se dissoudront par l'activité du feu ; la terre avec tous les ouvrages qui la couvrent sera brûlée... ]Mais nous attendons, selon les promesses du Seigneur, de nouveaux cieux et une terre nouvelle, où la justice habite. » (II Petr. m, 12.) « Alors toute créature sera délivrée de la servitude de la corruption pour prendre part à la liberté qui fait la gloire des enfants de Dieu. >.
(Rom. vm, 21.) Mystérieux changement auquel nous devons croire, sans pouvoir en pressentir la nature. Mais qui ne serait tenté de poser la question des apôtres à leur divin Maître : Quand donc cela doit-il arriver? Question téméraire, inopportune. « C'est la Vérité elle-même, dit saint Augustin, qui nous répond qu'il ne nous appartient pas de le savoir. » Le dernier jour viendra « quand le nombre des élus sera co:iiplet ; mais nul ne sait le jour ni l'heure. » (Matth. xxiv, 36, 44; Marc, xin, 32.) Ce qui est certain, c'est qu'il vien Ira « comme un voleur de nuit ». (Matth. ui, 24, 4-;.) «Tel l'éclair qui, parti de l'orient, brille aussitôt à l'occident, tel sera l'civèncment l'u Fils de l'homme. » (Matth. xxiv, 27.) « Veillez donc et priez sans cesse, afin
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d'être trouvés dignes de fuir ces maux à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. » (Luc. xxi, 36.)
Voilà le grand enseignement que résume eu deux vers la première stance du Dics iiiV :
Dus ira-, dics il la Soh'ct sa-chiiii in favilla !
Mais le vieux poète a-t-il eu tort d'ajouter : Teste David eu m SibjUa ? Une ancienne version que nous avons citée a remplacé le nom du Roi-Prophète par celui du prince des apôtres; correction inutile, car David a prédit le grand désastre du dernier jour non moins clairement que saint Pierre : « Les cieux périront, ils s'useront comme un vêtement ; comme une tente, vous les chan-
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gérez, Seigneur, et ils seront changés. » (Ps. Cl, 27.) Et encore : « Le Seigneur a régné... la justice et le jugement sont l'appui de son trône. Le feu marchera devant lui et embrasera autour de lui ses ennemis. Les éclairs ont illuminé la terre : la terre les a vus, et elle a été ébranlée. Les monts se sont fondus comme la cire à la face du Seigneur; à la face du Seigneur s'est dissipée la , terre ! » (Ps. xcvi, 29.)
Aussi bien, dans la pensée de Thomas de Celano, David est ici le représentant de la révélation biblique; en lui se personnifie la prophétie tout entière, de même que la Sibylle, de son côté, personnifie la tradition primitive dont la Gentilité, au milieu de ses erreurs, conservait précieusement les débris.
On sait l'usage fréquent que les anciens Pères de l'Église, Justin, Atliénagore, Origène, Lactance, Clément d'Alexandrie, etc., firent des ver; sibyllins dans leurs apologies du Christianisme. Saint Augustin, marchant sur leurs traces, a reproduit les prédictions de la Sibylle Hrytiirée dans le chapitre xxiu du dixiuiitième livre de la Cité de Dieu. A l'exemple de saint Jérôme, il cite Varron et les autres auteurs ]>rotanes qui ont regardé l'existence des Sibylles comme un fait historique absolument certain.
Et, en effet, elle est affirmée par Tite- Live, Cicéron, Virgile, Ovide, Suétone, Plutarque, Pausanias, Denys d'Halicarnasse, Tacite, Pline, Ammien Marcellin, etc. Thomas de Celano suivait donc d'illustres modèles.
Adalbert Daniel {Thcsaurus lymuologicus, t. 11, p. 124) rapproche de la première strophe du Dies irœ un fragment des Oracles sibyllins dont nous citerons quelques vers.
Vœ quibus illam
Contigerit vidisse diem ! Nam totus ab ortu Solis ad occasus austroque aquiloneque mundus Tetrae involvetur noctis caligine cœca.
Tune ardens fluvius cœlo manabit ab alto Igneus, atque locum consumet funditus omnem
Vocabit
Ad solium cunctos, nec non quos igneus auctor Absorpsit flammis ad judiciale tribunal Coget adesse Dei.
Quoi qu'il en soit de l'authenticité des recueils qui nous restent sous le nom d'Oracles sibyllins, à nous en tenir aux fragments cités par les auteurs païens et les Pères de TEglise, il est hors de doute que les Sibylles ont de tout temps
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représenté l'antique tradition du genre humain touchant les grands faits de son histoire future.
Voilà pourquoi l'Eglise romaine unit leur témoignage à celui des prophètes : grande pensée que Clément Vill fit exprimer dans la Basilique de Lorette en entremêlant les statues des Foiuiiits d'hraël et les statues des Voj'aiites de la Gentilité.
Micliel-Ange, dans ses immortelles peintures de la chapelle Sixtine, s'est inspiré aux mêmes sources. Comme l'e.xplique fort bien un critique allemand, Staudenmaier (fieist des Cbriskiitbiinis., Il, p. 483), « dans l'œuvre sublime et |= profonde de Michel-Ange Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, tout à la fois prédit par les Prophètes et annoncé par les
Sibylles d'après d'antiques traditions, apparaît comme le Juge universel ».
Saint Bernard ne disait-il pas (In caulictim Laetabuntur) : « Si l'on n'en croit point les prophètes, qu'on en croie les oracles de la Gentilité et les vers des Sibylles. »
Bien mal inspirés furent donc les correcteurs de la liturgie gallicane en retouchant le poème de Thomas de Celano. Crue i s expandeiis vexilla... grande et juste pensée sans doute, mais que valait celle qu'ils supprimaient avec tant de témérité.
Sciirncur, donl la parole toute-puissaiiie a eréc le ciel et la ferre, vous dire^ un mot, et c'en sera fait de cet univers. Vous
piVailit-;, et hi tcn\' se fondra devant vous. (Ps. Lxxiv.) /lu souffle brûlant de votre eolère, s' abîmera dans le néant tout ee qui nourrit notre orgueil, aiguise notre convoitise ou flatte notre sensualité. Les choses du temps passeront ' comme une ombre; vous seul, à Dieu éternel, sans commencement et sans fin, demeure; immuable. Détache^ donc nos i cœurs du fantôme de ce monde éphémère et fixe^-lcs en vous, source et centre des véritables Joies : Ibi nostrafixasint corda iibi vera sunt gaudia ! (Oraison de l'Eglise.)
yM((:]^iaiQigigiaigia'&i^iai&iis^i^'iaiê^i(gii
Qiiautm tremor cstfiitunis, Oiiaiido Judex est veniunis, Ciiiidci stricte disci/ssiirus !
« Et je vis un grand trône éclatant de blancheur, et qui-Iqu' un assis, à l'aspect de qui la terre et les cieux s'enfuirent, et il n'en resta pas même la place. »
C'est ainsi que saint Jean, dans son Apocalypse (xx, ii), parle de Jésus-Christ, Juge des vivants et des