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Tuba, miritm spargens soniim Per sepiilchra regioniiin, Coget omncs aute throiiiini.
Quelle énergie et quelle magnificence de langage ! En quelques mots le Dics inc résume tout ce que l'Ancien Testament et le Nouveau nous ont prédit touchant LA RÉSURRECTION DES MORTS.'
« La multitude de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveillera, les uns pour jouir de la vie éternelle, les autres pour contempler à jamais leur opprobre. » (Daniel xiu, 2.) La résur-
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Arrachant les morts au tombeau, }/ers Dieu la trompette effrayante Les poussera comme un troupeau.
rection, c'est l'espoir des saints qui ont combattu le bon combat : « Le Roi du monde, s'écrie l'un des jeunes Machabées en face du tyran Antiocluis, le Roi du monde nous ressuscitera pour la vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois. » (11 Mach. vn, 9.)
C'est la consolation de ceux qui souffrent et le secret de leur héroïque patience. « Oh ! qui me donnera que mes
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paroles soient écrites ! Qui me donnera qu'elles soient tracées dans un livre, gravées avec un stylet de fer sur une lame de plomb ou avec le ciseau sur la pierre? » Qu'est-ce donc que Job souhaite transmettre ainsi à la postérité ? « Je sais, dit-il, que mon Rédemf)teur est vivant, que je ressusciterai de la terre au dernier jour, que je serai alors revêtu de ma peau et que dans ma chair je verrai mon Dieu.
Je le verrai moi-même et non pas un autre ; je le contemplerai de mes yeux. Cette espérance repose en mon sein. »
(Job, XIX, 23-27.)
Le Rédempteurque le patriarche voyait et saluait de loin, s'étant montré sur la terre pour converser avec les hommes, plein de grâce et de vérité, se plut à préluder à la résurrection générale en
•^ 77 -^ rappelant à la vie le fils de la veuve tle Naïm, la fille de Jaïre, le frère de Marthe et de Marie. Debout au bord du tombeau de Lazare, il disait à Marthe éplorée : « Votre frère ressuscitera. » Et Marthe lui répondant : « Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour », Jésus ajoute : Je suis la rcsiirrcctioii et la vie. 11 a bien le pouvoir de rendre ce qu'il a donné, lui qui « tient en ses mains les clefs de la mort et de l'enfer ». Les apôtres consignent la promesse du Maître dans leur symbole : Credo rcsiirrectioiiein iiiortitonim ! C'est, avec la divinité de Jésus- Christ et le salut du monde par la Croix, l'objet principal de leur prédication. «Eux et moi, dit saint Paul, voilà ce que nous prêchons. » Jésus-Christ est ressuscité, comme prémices de ceux qui dorment :
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tous nous ressusciterons à notre tour.
Événement grandiose ! Au même instant, en un clin d'œil, au dernier coup de trompette, — car la trompette sonnera — les morts ressusciteront incorruptibles. (1 Cor. XV.) Ce sera l'heure du grand triomphe de Dieu. Alors sera rétabli le plan primitif suivant lequel l'homme avait été créé pour l'immortalité; la mort, vaincue une première fois au saint sépulcre, essuiera une défaite irrémédiable au fond de chaque tombe : Per sc'ptilchra regioiium. « O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon ? » L'Apôtre ne contient plus son enthousiasme : « Rendons grâces à Dieu, s'écriet-il, qui nous a donné la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Donc, mes frères bien-aimés, demeurez fermes et
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T*- 79 -ïiiu'bniiil.ibles; travaillez avec fruit à l'œuvre du Seigneur, sacliaiit qu'en lui votre travail ne restera pas sans récompense. » (1 Cor. XV.)
On le voit, toute l'Ecriture nous parle de cette heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu. (Joan. v, 2^.)
« Que si vous me demandez, dit Bossuet, pourquoi Dieu adresse encoie à la fin des siècles une seconde parole aux morts gisants et ensevelis dans les tombeaux, je vous le dirai en un mot, parce que la ciiose est assez connue.
L"àme a péché par le ministère et en quelque sorte par l'instigation du corps ; et c'est pourquoi il est juste qu'elle soit punie avec son complice. L'âme s'est aussi servie, dans les bonnes oeuvres,
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du ministère du corps qu'elle a pris soin de dompter, afin, comme dit l'Apôtre, que la justice de Dieu s'assujettît à ellemême nos membres, et leur fît porter le joug honorable de Jésus-Christ et de l'Evangile. Ainsi ce corps qui a eu sa part aux travaux doit être aussi appelé comme un compagnon fidèle à la société de la gloire.
« Ou si vous voulez que je vous apporte une raison plus sublime et plus digne encore de la majesté du Sauveur, il était juste que le Fils de Dieu ayant pris un corps aussi bien qu'une âme et ayant uni l'homme tout entier à sa divine personne, il fît sentir sa puissance au corps et à l'âme et qu'il soumît l'homme tout entier à l'autorité de son tribunal. C'est pourquoi, après avoir parlé
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aux morts spirituels pour ressusciter leurs âmes, il parle à la fm des siècles aux morts gisant dans les sépulcres, pour les en faire sortir et leur rendre la vie, et ci-iix qui riiitcndioiit liiroiit.
« Qiiand donc cette heure dernière sera arrivée, à laquelle Dieu a résolu de réveiller les élus de leur sommeil, une voix sortira du trône et de la propre bouche du Fils de Dieu, qui ordonnera aux morts de revivre : « Os arides, os des- « séchés, écoutezla parole du Seigneur ! »
« Au son de cette voix toute-puissante, qui se fera entendre en un moment de rOrient jusqu'à l'Occident et du Septentrion jusqu'au Midi, les corps gisants, les os desséchés, la cendre et la poussière froide et insensible seront émus dans le creux de leurs tombeaux ;
T^ 82 Htoute la nature commencera à se remuer; et la mer et la terre et les abîmes se prépareront à rendre leurs morts qu'on croyait qu'ils eussent engloutis comme leur proie, mais qu'ils avaient seulement reçus comme un dépôt pour le remettre fidèlement au premier ordre.
Car Jésus, qui aime les siens, et les aime jusqu'à la fin, prendra soin de ramasser dans toutes les parties du monde leurs restes toujours précieux devant lui. « Ne vous étonnez pas d'un si grand effet ; c'est de lui qu'il est écrit qu'il porte tout l'un il ers par sa parole très efficace. Toute la vaste étendue de la terre, et les profondeurs des mers, et toute l'immensité du monde n'est qu'un point devant ses yeux. Il soutient de son doigt les fondements de la terre, l'uni-
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viTs ciitiiT est sous sa main. Ht lui. qui a bit'ii su trouver nos corps dans le néant niènie d où il les a tirés par sa parole, ne les laissera pas échapper à sa puissance au milieu de ses ciéatures. Car cette matière de nos corps n'est pas moins à lui pour avoir changé de nom et de forme. Ainsi il saura bien ramasser les restes dispersés de nos corps, c]ui I lui sont toujours chers parce qu'il les a uiie fois unis à une âme qui est son image, qu'il remplit de sa grâce, et qu'ils sont toujours gardés sous sa main puissante, en quelque coin de l'univers que la loi des changements ait jeté ces restes précieux. Et quand ia violence de lamortles aurait poussés jusqu'au néant, Dieu ne les aurait pas p?rdus pour cela; car ;'/ appelle a qui n'est ^^as avec la
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inciue facilit'' que ce qui est. Et Tcrtullien a raison de dire que le néant est à kii aussi bien que tout : Ejus est nikiliiiii ipsuiu cujus et uitivcrsuin. •» (Bossuet, Sermon sur la résurrection dernière.)
Seigneur Jésus, qui êtes la résurrection des morts, expecto resurrectionem niortuorum, (Sjmbole de Nicée), je l'attends, sachant, ô mon Rédempteur, que vous êtes vivant, et que vous me rendre:^ la vie. afin que de mes jeux je voie votre face.
La mort du chrétien n'est qu'un sommeil ; son corps repose à l'ombre de votre croix, en un lieu bénit par votre Eglise et qui porte un nom simple et touchant : cimetilve (dorniitorium, dortoir).
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La lisuiiiclioii Sii n h- riiri! : Siirgeqiii dormis et exsiirge a mortiiis et illiiniinabit te Cliristiis. (Eplies. v, 14.) Jii<.quc-Vj, TOUS gardi-rc^, Seigneur, les os de vos saints. ('Ps. xxxiii, 2 1 .) ^^OIls lie permettre^ pas que la corrufiioii détniise pour jamais leur eorps, devenu par le baptême le temple de votre Esprit et par la eoiiinnniioii vctre taberiiaele. Vienne doue r heure où, à la voix de l' Archange, au son de la trompette, vous deseendre^^ du ciel, et oit ceux qui sont morts en vous, ressuscites par vctre puissance, seront emportés à votre rencontre au milieu des airs, pour vivre éternellement avec vous ! Au milieu de toutes les tristesses du temps, voilà l'espérance qui nie console. (1 Thessal. iv.)
Mors sliipebit et uatiira, Oiiiini resiirget creatura Jiiilicaiifi responsura.
La résurrection des morts, espérance et consolation des justes, est un mystère TKRRiBLu pour l'Impie et le pécheur." L'orgueil se révolte contre ce qu'il y a de mystérieux et d'incompréhensible en ce dogme de foi ; la conscience criminelle en repousse la pensée, qui troublerait sa fausse paix.
Quelqu'un dira : « Comment les morts ressuscitent-ils r quel est le corps
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La mort et la nature en lieiiil.
Dans la stupeur et l'épouvante.
Les verront sortir Ju eereueil.
aveclequel ils reviendront? — Insensé! »
répond saint Paul à l'orgueilleux qui demande : Comment ? « insensé ! ce que vous semez, pour revivre, doit d'abord mourir ; et ce que vous semez, ce n'est point la plante qui doit pousser, mais un simple grain de blé, par exemple, ou toute autre chose semblable.
Mais Dieu lui donne un corps tel qu'il lui plaît, et à chaque semence le corps
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qui lui est propre... 11 en arrivera de même dans la résurrection des morts. Notre corps, jeté en terre comme une semence de corruption, ressuscitera incorruptible ; j enseveli dans l'ignominie, il ressuscitera glorieux ; inerte , il ressuscitera plein de vigueur ; corps tout animal et grossier, il ressuscitera tout spirituel... Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu d'incorruptibilité, que ce corps mortel soit revêtu d'immortalité. » (l Cor. xv.)
Ainsi, ce prodige qui remplit de stupeur la mort et la nature, selon la belle expression de notre poète : Mors stiipehit et finfiira, — ce prodige a des analogies avec les phénomènes naturels que nous considérons chaque jour. Incapables d'expliquer comment Tépi sort d'un germe que pourrit la terre, vous ne
nieriez pns le fait sans folie. Insensé, qui niez la résurrection, parce que vous ne la comprenez pas !
Regardez autour de vous ; partout vous en retrouvez Tiniage et le présage. Oui, « tout Tordre des changements de la nature, dit Tertullien, rend témoignage à la résurrection des morts.
Dieu l'a écrite dans ses oeuvres, avant de la consigner dans les saints Livres ; il l'a prèchée par les fécondes vertus de la nature avant de l'annoncer par les prophètes 11 t'a donné, avant la prophétie, la nature pour maîtresse, afin que, disciple de celle-ci, tu ajoutes foi plus facilement à celle-là, et que, voyant de tes yeux ce qu'entendent tes oreilles, tu ne doutes pas que Dieu, restaurateur de toutes choses, est aussi l'auteur de la
résurrection de la chair : iiec dubitcs Deuil! cariiis resiiscitcitoreiii, qiiciii oiiiiiiiiiii noris restitutorcin. » (De resiirrect.
CiVIl., C. XII.)
Si l'on refuse de croire à ce mystère, c'est, le plus souvent, qu'on a trop de motifs de l'appréhender. Ce qui réjouit les saints, effraye les pécheurs; la même attente nous remplit de joie ou de crainte, selon le témoignage que nous rend notre vie. Et cependant rien n'est plus salutaire à tous que de méditer ce grand événement : Qiiiiin resiirget ercatiira... Dans cette pensée les uns trouvent de quoi se consoler, les autres de quoi se convertir.
Transportons-nous en esprit au dernier jour ; assistons à ce réveil de tous les morts. « Quel spectccle se prépare ! »
disait Tertullien, décrivant cfttf incomparable scène aux chrétiens pour les affermir, aux persécuteurs pour les épouvanter. — « O avènement du Seigneur désormais reconnu, sublime, triomphant!
Allégresse des anges, splendeur des saints ressuscites, royaume des justes, cité de la nouvelle Jérusalem !... Voici le jour du jugement, jour suprême et sans déclin, jour imprévu, jour tant raillé, oij s'engloutiront dans un même incendie tant de générations et tant de siècles ! Qii'il est vaste, le théâtre ! Pour moi quelle surprise, quel rire, quelle joie, quel tressaillement d'aise, de voir tous ces rois, qu'on plaçait au ciel, gémissant au. fond des ténèbres avec Jupiter et les auteurs de leurs apothéoses ; ces préfets persécuteurs du nom
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de Jésus, fondant aux ardeurs d'un brasier plus cruel que tous les bûchers allumés pour les chrétiens ; ces sages philosophes honteux de brûler ensemble sous les yeux de leurs disciples auxquels ils affirmaient que rien n'est à Dieu, que l'àme n'existe pas ou ne doit pas regagner son corps; ces poètes palpitant d'effroi, non point au tribunal de Rhadamante ou de Minos, mais à celui de Jésus-Christ, qu'ils n'attendaient pas!
Alors les tragédiens auront les plus lamentables accents pour plaindre leur propre infortune ; alors les danseurs déploieront plus d'agilité dans les flammes, les cochers du cirque seront rouges du feu de leur char embrasé et les athlètes auront les enfers pour gymnase.
« De tels spectacles, de tels plaisirs,
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•h 93 ^ ilLU'l préteur, quel consul, qiw\ questeur, quel pontife te pourrait faire la libéralité? Et pourtant, nous en jouissons déjà par la foi, nous en donnons la représentation anticipée à notre esprit, bien que l'œil n'ait jamais vu, ni l'oreille entendu, ni le cœur compris ce qu'ils sont en réalité. » (De spcctacuUs.)
Ceux qui vous ojfensent, ô mon Dieu, s'efforcent de calmer leurs justes frayeurs en se disant : La mort est un retour au néant; la résurrection, une fable ! Ce qu'il y aurait pour eux de plus épouvantable, ce serait d'être persuadés de leur erreur. Quel réveil au dernier jour ! « A cette vue ils seront troublés d'une horrible crainte; étonnés en voyant tout à
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l'otip, contre leur attente, les justes sauvés, ils se diront entre eux, pleins de regret et poussant des soupirs d'angoisse : Voilà ceux que naguère nous tournions en risée et que nous regardions comme 11)1 tjpe d'opprobre.
« Insensés, nous estimions leur -cie une folie et leur fin une honte : voj'e^-les au nombre des enfants de Dieu, partageant le sort des saints I
« Nous nous sommes donc égarés hors de la voie de la vérité ; Ici lumière de la justice n'a point lui pour nous, et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé sur nous.
« Nous nous sommes lassés dans le chemin d'iniquité et de perdition; nous avons marché par des sentiers difficiles et nous avons ignoré la voie du Seigneur.
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« Dr quoi nous a servi notre or une il? Qjiel profil dans la vainc oslcnlalion de nos richesses'!' Tout a passe comme une ombre, comme un courrier qui disparaît, connue un vaisseau qui fend les Jlots agités et ne laisse nul sillon creusé par sa carène...
« Ainsi iious-niéincs ! à peine étionsnous nés, nous avons cessé d'être; nous n'avons pu montrer en nous aucune trace de vertu, et nous avons été consumés par notre malice.
« y^oilà ce que les pécheurs diront dans l'enfer; parce que l'espérance de l'impie est comme un fétu de paille qu'emporte le vent, comme l'écume légère dispersée par la tempête, comme la fumée qui s'égare dans l'air, on le souvenir d'un hôte d'un jour. (Sap. v.)
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Liber script iis profère fur In qiio totiiDi contiiietiir Unde 1)1 un ci lis judicefur.
« Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône ; et des livres furent ouverts, et puis on en ouvrit un autre, qui est le Livre de vie : et les morts furent jugés d'après ce qui était écrit dans les livres, selon leurs œuvres. » (ApOC. XX, 12.)
Le formidable procès intenté par la Justice divine à toute la race humaine ne connaîtra ni les longs débats, ni la
Et le livre mystérieux
Qjii doit dicter toute senteuce
Nous sera mis devant les yeux.
discussion laborieuse des preuves, ni la contradiction des témoignages. A peine la Cour souveraine — Jésus-Christ et ses assesseurs, les Anges et les Saints — aura-t-elle pris place, que la cause, en un moment instruite, se lira dans les livres ouverts : Judicium sedit, et libri apt'rti stiut. (Dmiel, viii, lo.)
Quels sont ces livres? — D'abord le livre multiple des consciences, dont saint
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4* 93 *+ Jean nous parle en premier lieu. Chaque homme a le sien ; là sont écrites toutes ses œuvres bonnes ou mauvaises, ainsi que toutes les grâces de Dieu, avec mention de l'usage qui en a été fait. Au dernier jugement, tout prévenu deviendra et son accusateur et son témoin ; il lira couramment sa propre histoire au plus intime de son âme. Les consciences aux replis obscurs se dérouleront tout à coup comme le volume antique, et laisseront voir à tous les yeux des caractères qui semblaient effacés. « Alors le Seigneur illuminera les secrets des ténèbres et manifestera les conseils cachés des cœurs. » (1 Cor. IV, 5.) « Alors notre conscience rendra témoignage et nos propres pensées nous accuseront ou nous défendront, en ce jour où Dieu jugera par Jésus-
4+ 99 ■*^ Christ, selon l'Evangile, ce qu'il y a au fond lie nos cœurs. » (Rom. ii, 15, 16.) « Dieu sera juge, et ma conscience témoin : entre ce juste juge et ma conscience, il n'y a à craindre que la faiblesse de ma cause! » (Aug. in Psalni. xxxvii.) « Malheur à moi qui voudrais me cacher et ne le puis ! Comment me cacherais-je^ quand je porte écrite jusque sur mon corps la sentence de mes péchés ? » (S. Ambr. m /Ipolog. David.) Mais il est un autre livre qui apparaîtra au dernier jour, le Livre de vie, ou, comme dit encore l'Apocalypse (xxT, 27), le Livre de vie de l'y^gnrau : « /// Libro vitcv Âgiii. » — D'après saint Bernard et plusieurs autres Pères, ce livre mystérieux, c'est Jésus lui-même.
Le Verbe de Dieu est au ciel le livre
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que lisent éternellement les bienheureux. (Aug. Coiifcss., 1. XIII, c. XV.) Et ce même Verbe fait chair est notre livre ici-bas, livre écrit « par dedans et par dehors », intiis etforis (Apec, v, i), c'est-à-dire contenant les attributs de la Divinité et de l'Humanité sainte, les perfections de l'âme et du corps du Seigneur.
C'est dans ce livre que saint Paul reprochait aux chrétiens de la Galatie de ne savoir pas lire encore, eux devant qui Jésus était exposé comme unepage écrite: ante quorum ociiJos Jésus Christus prœscriptiisest(G2\. lu, i); livre que «le Sauveur n'a pas écrit sur le papier, la pierre, ou le bois, mais sur sa chair avec son sang, et qu'il présente aux regards de tous, pour que tous puissent le lire,»
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connue le dit S. Laurent Jiistinicn.
{De tiiumphali Christi agonc.)
Dans ce livre sont retracés les desseins éternels de Dieu, les préceptes de sa loi, et les destinées de chacun de nous : car Jésus est la Vérité, la Voie et la Vie.
D'autres interprètes, il est vrai, entendent par le Livre de îvV la prescience divine ; d'autres, le saint Evangile; d'autres enfin, le catalogue des Elus. Mais Jésus n'est-il pas, à lui seul, tout cela? N'est-il pas la science du Père, la vivante parole de Dieu, le chef dont les élus sont les membres ? In ïihro tuo omuesscriboitur (Ps.cxxxviii): «Tousceuxquidoiventètrc là-haut participants de votre gloire, seront écrits dans votre livre, c'est-àdire dans votre Fils attaché à la croix. » (Saint-Jure, le Liz're des élus, ch. i.)
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Liber scriptits proferetur. — Dans les merveilleux vitraux de la cathédrale de Bourges, les peintres-verriers, voulant représenter le Christ traditionnel dans la gloire de son dernier avènement, nous le montrent assis sur la sphère céleste, dans un firmament étoile, la tête couronnée d"un nimbe où rayonne la croix.
De son côté entr'ouvert, de ses pieds, de ses mains élevées comme celles du prêtre à l'autel, s'échappent des ruisseaux de sang dont deux coulent sur le front d'anges en prière, tandis que les* autres semblent inonder Marie, et de là couvrir la terre. (Voy. la Monographie des litraiix de Bourges, par les PP. A.
Martin et Ch. Cahier.) C'est dire que, pour juger, Jésus n'a qu'à se montrer:
ceux-là seront sauvés qui lui ressemble-
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ront, qui auront rt-procluit en eux son image: Vocati sunt sancti,... qiios prœdcstiiiavit coiifornics j'wri iiimgiiii Filii .<«/. (Rom. VIII, 29.) Ceux-là entreront dans sa gloire qui auront profité de sa grâce ; car la grâce est la vie de Jésus en nous, vie commencée dont la gloire est la consommation.
Mais qui n'a rien de commun avec Jésus ici-bas, comment aurait-il part à son héritage? De lui-même, en se séparant de Jésus il s'est mis hors de la voie et hors du terme. Qiiiconque a ce malheur, s'est condamné lui-même et mérite d'entendre la terrible parole : Nescio vos ! « Je ne sais qui vous êtes, ni d'où vous êtes : loin de moi, arrière, vous tous, ouvriers d'iniquité ! » (Luc xiii, 27.) Quoi de plus terrible que
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d'être ignoré de Celui qui sait tout ce qui est?
Ceux que Jésus ignorera dans sa colère au jour du jugement, il les a cependant connus dans son amour, alors qu'il les appelait du néant, qu"il mourait pour eux sur la croix, qu'il les poursuivait des appels de la grâce. Son sang, ses plaies, crieront : « Qu'ai-je pu faire pour vous sauver, que je n'aie fait 7 Le livre est ouvert : lisez sur mon corps déchiré, lisez dans mon cœur percé. Copistes infidèles, vous n'avez pas reproduit l'original divin dans le livre de votre vie : Nesciovos! En vous, je ne me reconnais pas. » Coiidenuiat Justus mortuus vivos iiiipios. (Sap. IV, 16.)
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T)aigiu'{ établir, Scig)icur, une parfaite concordance entre le Libère de vie, qui est vous-mcme,et celui que j'écris chaque jour avec mes œuvres, afin qu'à la lumière du Soleil de votre Justice, je me reconnaisse en vous et que vous vous reconnaissiez en moi. Vous m'ave^ donné l'exemple, afin que j'accomplisse, aidé de votre grâce, ce que vous ave^ fait (Joan. XIII, 15.) Puissé-je, 6 mon Dieu crucifié, imiter si bien le Modèle qui m'est montré sur la montagne, que la copie ne soit pas jugée indigne de vous, quand vous en ferei le sévère examen.
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Judex ergo quum sedebii, Qtiidqitid latet apparebit; Nil ùmltum remanehit.
A cette session solennelle, à ce lit de justice que tiendra Jésus-Christ, se fera donc la grande révélation. Car « il n'est rien de caché qui ne doive se découvrir, il n'est rien de secret qui ne doive être connu. » (Matt. x, 26.)
Du côté de Dieu, que de merveilles seront alors manifestées ! Le monde surnaturel, environné maintenant de tant d'ombres, nous apparaîtra dans
Le Juge assis au tribunal, Rien ne restera sans vengeance, Tout sera connu, bien et mal.
toute sa splendeur, avec les desseins d'ineffable miséricorde concertés de toute éternité entre les trois Personnes divines; avec les amabilités incomparables du Dieu fait homme et les dévouements d'une charité plus forte que la mort ; avec les merveilleuses opérations du Saint-Esprit dans les âmes, les sollicitudes maternelles de Marie, les intercessions des saints, et tout ce qui, dans
l'Eglise, se fait pour le salut des hommes.
Et du côté du monde, dont l'image alors s'évanouira comme un fantôme au lever du jour, quelles déceptions et quelles hontes! Quelle bassesse chez ses héros, quelle folie chez ses sages, quelle indigence et quelle misère chez ses riches et ses heureux! Et erunt post hœc dccidentcs sine honore. (Sap. iv, 19.) Alors se tairont les langues trompeuses qui proféraient contre le juste le mensonge et l'iniquité. (Ps. xxx.) Alors seront mises au grand jour les secrètes pensées des persécuteurs hypocrites, les mobiles inavouables des hérésiarques qui, en criant: Vérité! réforme! ont déchiré la robe du Christ. Dans leur confusion extrême, ces renégats, ces traîtres, ces
■5+ 109 **■ imposteurs « commenceront à dire aux montagnes : Tombez sur nous! et aux collines : cachez-nous! » (Luc. xxiu, 30.) Mais en vain souiiaiteront-ils d'être engloutis dans les entrailles de la terre : ils n'échapperont pas au regard de Dieu. « Je viendrai à vous pour vous juger, dit le Seigneur, et je serai un témoin prompt à déposer contre les adultères et les parjures. » (Malach. 'i, 15.) Dieu parle de la promptitude de son témoignage , parce que, — c'est l'explication de saint Augustin — sans longs discours il convaincra les consciences, rappelant soudain à la mémoire de chacun ce qui le rend digne de condamnation et de châtiment.
Ah ! si nous pensions que, dès cette vie, Dieu est le témoin de toutes nos
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œuvres et de nos plus intimes pensées, le grand spectateur de tout ce qui se passe en nous, dit saint Grégoire de Nazianze : 0£Ô:^, [J-éya- 0£a-:r,q!
« Non seulement les pécheurs seront vus par la lumière, mais dans la lumière, non seulement par Dieu, mais en Dieu, exposés aux yeux de la multitude des anges et des hommes. Et cependant, en face de cette foule innombrable, le regard que chacun trouvera plus pénible, ce sera le sien : ntiUus molestior ocitlus siio cujusqtie. » (S. Bernard, de Consideratione, lib. V, c. xn.)
Rien ne demeurant caché, rien ne restera donc impuni : nil ïiniltum revianehit. — II en sera de chaque coupable comme de Balthasar, à qui Daniel interprétait les paroles flamboyantes
écrites sur la muraille : il sera pesé dans la balance de la justice divine. Malheur à qui sera trouvé trop léger!
Maùs heureux l'homme qui est toujours tremblant à la pensée de vos jugements, ô mon Dieu! (Proverb. xxvni, 14.) Heureux celui qui n'ose se juger favorablement, quand bien même il ne se sent coupable de rien ; il ne se croit pas pour cela justijié, jusqu'à ce que vous venie^. Seigneur, éclairer ce qui est caché dans les ténèbres et manifester les secrets des cœurs. (1 Cor. iv, 3-5.)
l ^:'^f^i^^^r^^!0^^HSi^S^-^É=î2ëé^^^^^^^^^^}:
Qiiid sitm miser tiinc didunis, Qîiem patronum rogaturm, Qiium vix justiis sit secnrm ?
Toute la première partie du Dics irœ respire répouvante du dernier jour :
Quatittis tremor estfutiirws !. . . Mors stupebit et natura... NU inultum remanehit.
En outre, dans les six strophes que nous avons méditées, le poète s'est contenté d'exposer à grands traits le dogme des fins dernières dans sa généralité abstraite. La conflagration de l'univers, l'avènement du Fils de l'homme, la résurrec-
Si
Malheureux, que dirai-je alors.
Et qui donc prendra ma défense.
Quand le saint n'est pas sans [remords ?
tion de la chair, la manifestation des consciences : autant de vérités capitales dont il réveille le souvenir.
Mais voici, par un contraste saisissant, que la miséricorde désarme la justice et que la confiance se mêle à la crainte : dans le Juge irrité je reconnais mon Sauveur. Car c'est moi-même qui entre en scène; c'est ma cause qui se débat; c'est mon sort éternel qui se décide. Je ne suis
MÛ
plus seulement un spectateur ému ; je deviens l'acteur principal, unique en quelque sorte, le seul accusé devant le tribulial.
Tout se concentre et se personnifie en moi ; l'immense tableau se résume en un épisode qui fixe mon regard et absorbe mon attention.
Si toutes les générations humaines, toutes les nations de la terre ne sont devant Dieu qu'une goutte d'eau, un grain de sable, un pur néant : quasi nihilum et inane... (Isai. xl, 17). moi, qui ne suis qu'un atome perdu dans leur multitude, que serai-je en présence de l'infini? Dans ce fracas effrayant qui accompagnera l'écroulement du monde, au milieu du bruit des tonnerres et des trompettes, des gémissements et des cris pareils à la voix des grandes eaux,
comment poiirrai-je me faire entendre ?
Aussi bien, que dirai-je alors? (/h/c/ siirii iiiisi'r tiiiic dictiini$? quand j'aurai constaté ce que je suis en réalité : « malheureux et misérable, pauvre, aveugle et nu.... » (Apoc. m, 17.)
Du moins si je pouvais trouver un avocat pour plaider ma cause ! Il n'en est plus! La Vierge Marie elle-même se
I tait ; les justes redoutent le regard de Celui qui trouve des imperfections jus-
I que dans ses anges. (Job, iv, i8.)Qiiand U's saints ont peine à se sauver, comment l'impie et le pécheur oseraient-ils paiaitrer (1 Petr. iv, 18.)
Dieu dit : Je viiiteiài Its coins les plus obscurs de Jérusalem, le flambeau à la main. (Sophon. 1, 12.) Si un pareil examen attend Jérusalem, quelle sécu-
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rite y aura-t-il pour Babylone r (S. Bern. Serin, jt in Cantic.)
jh'.LS, qui ave^ dit aux filles de Jérusalem : Ne pleure:^ pas sur moi; pleure{vo'.is vous-mcincs et vos enfants... car si l'on traite ainsi le bois vert, que ferat-on du bois sec? (Luc, xxxni, 28, 31) daigne^ me placer des aujourd'hui en face de la redoutable réalité. Que je nie voie tel que je suis, ayant à ma droite mes péchés qui m'accusent ; à ma gauche, la multitude des démons; sous mes pieds, l'horrible chaos de l'enfer ; sur ma tête, un juge irrité ; au dehors, un monde embrasé ; au dedans, une conscience qui me brûle comme un fer rouge. » (Saint Anselme, de Similitudine mundi.) Si je
i-rtiiiis tout iiiaiiitciia)it, plus tard j'aurai tnoiiis à crahidrc.
Et vous, ô Marie, dont les supplications sont aujourd'hui toutes-puissantes sur le cœur de Dieu, sqye{ mon avocate auprès de votre Fils. Mère de nUséricorde, refuge despécheurs, ma misère même et mes crimes me donnent auprès de vous droit d'asile. Ne me repousse^ pas, plaide:^ si bien ma cause, que, malgré les charges accablantes qui pèsent sur moi, je sois renvoyé absous. Rappelez-vous que Jésus, en vous montrant chacun de nous, vous a dit, du haut de la croix : Voilà votre fils ! — Marie, montrez-vous ma mère et saules-moi; car, après Dieu, je n'ai d'espoir qu'en vous.
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Rex treinendœ majestatis, Qiii salvandos salvas gratis, Salva me, fouspietatis!
Jésus, roi et père des hommes, veut que tous soient sauvés. (I Tim. ii, 4.) 11 est venu en ce monde pour sauver tout ce qui avait péri (Luc. xix, 10), et c'est pour cela même qu'il porte le nom béni de Jésus (Matt. 1, 2<), seul nom qui puisse assurer notre salut. 'Act.