‹ Le Dieu Qui DanseChapitre 13 sur 19 · LES DEUX NATIVITÉS · texte numérisé non relu

LES DEUX NATIVITÉS

Lorsque Bouddha descendit vers Kapila, ville sainte et royale, pour s'incarner en la personne de Siddhârta, le cœur de la terre se mit à battre, èt toutes les créatures qui peuplent le sol» les eaux, Tair et le ciel s'émurent à sa venue.

Aussitôt le firmament se remplit d'étoiles et d'oiseaux : les étoiles se joignirent et dessinèrent, sur l'azur éveillé, des maximes de prudence; les oiseaux s'abattirent sur le palais, couvrant ses terrasses, ses balustrades et ses portiques, de chante et de battements d'ailes. Les lions, les tigres et les ours sortirent des forêts et accoururent vers la cité en criant de plaisir; mais ils demeurèreat devant les portes, avec 1^^ boe?ufe, les moutoss et

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les chèvres, sans leur faire aucun mal. Les pois-»

sons bondirent hors des fleuves et s'acheniînèrenî sur !es routes. Toutes les cigales se mirent à chanter, toutes les abeilles sussurèrent en interrompant leurs travaux. Les voix menues de mille millions d'insectes couvrirent les montagnes d'un bourdonnement allègre. Les serpents tressaillirent et, mordant leur queue, figurèrent le cercle de l'éternité. Cinq cents éléphants, plus blancs que l'ivoire de leurs défenses, gravirent les escaliers du trône et vinrent caresser de leur trompe les pieds du roi Çakya, père de Siddhârta.

Dans les maisons, les hommes se regardèrent avec bienveillance, et des sentiments tendres et caressants occupèrent leur pensée. Toutes les souffrances s'adoucirent, tous les deuils furent taris. Le menteur avoua et n'en ressentit aucune honte. L'adultère oublia son péché. Les ennemis s'assirent à la même table et mangèrent des aliments frugaux qui leur semblaient délicieux : à mesure qu'ils les consommaient, le vin, le beurre, le miel et les sucreries comblaient à nouveau les récipients, et la huche était toujours fournie de pain frais. Les parquets se trouvèrent luisants comme des jades; toutes les poussières disparurent. Les harpes, les cymbales, Içs cithares, les tambours, ssins être

touclîés par personne, résonnèrent mélodieusemenL Le feu cessa de brûler dans lés aires. Tous les vases se remplirent de fleurs; tous les cierges §*allumèrent en répandant des parfums. Et dix 'mille urnes pleines de liqueurs agréables apparurent sur le flanc des montagnes et firent le tour de Kapila.

Les étangs et les canaux se couvrirent ât lotus; il y eut des roses sur les cyprès; la terre s'entr'ouvrit, et de jeunes scions, se développant tout à coup, déplièrent leurs folioles. En même temps, les fruits gonflèrent et mûrirent, des régimes se balancèrent entre les feuilles des bananiers; les vergers furent pleins de pommes et d'oranges, le3 vignes plièrent sous le poids des grappes. Les prairies, fleuries d'orchidées, exhalaient des senteurs surabondantes.

Puis les simandres des pagoles s'animèrent toutes seules, et le ciel et la terre furent peuplés de dieux innombrables.

ÎIs venaient des dix horizons et descendaient sur des nuées, sur des rayons, sur des écharpes de pluie. Les déesses, montrant leur têt«, leurs épaule$ «t leurs seins, se balançaient dans les airs ; di^ milU vierges s'éventaient au milieu de l'azur avec des palmes rondes et des plumes de paon; cent mille

filles des dieux, oméee de ceintures et de colliers, glissaient toutes droites sur un chemm de fils d*or. Une grande splendeur les faisait chavirer par instants dans la lumière. Les divinités des bois et des forêts se dégagèrent de l'écorcet firent trembler leurs feuilles et se balancèrent harmonieuse^ ment, comme si la brise passait dans leurs ramures. De chaque flot, de chaque ride des étangs, de toutes les sources, s'élevèrent les Apsarasas, avec leur vêtement glauque semé de pierreries.

Sur le palais, sur les jardins, sur la ville, sur les campagnes et sur le^ bois, des rayons de cent mille couleurs se répandirent. On vit des colliers de perles et de rubis se suspendre aux corniches, aux arceaux des portes et des fenêtres, des guirlandes s'enchaîner aux verdures, des parasols s'épanouir dans les airs, des éventails palpiter et de petites flammes obîongues luire à la cime des arbres.

Ensuite, un grand silence enferma le monde. Toutes les choses devinrent immobiles, La brise resta suspendue; les rivières et les fleuves cessèrent de couler; les torrents s'arrêtèroit sur I@s pejites. Le soleil demeura fixé dans le del, au milieu d'une couronne d'étoiles. La lune cessa de tourner sur elle-même. La vie lente des végétaux et la vie

plus lente du mméral s*mterrôi]apireût pour la première fois. Toutes les respirations tombèrent*

Au milieu du recueillement de tous les êtres» la reine marchait dans les jardins enchantés; elle ne voyait rien des merveilles qui Tentouraient : ni les herbes qui poussaient leur tige sous ses pieds» ni les arbres inclinant leurs branches pour la caresser» ni les fleurs qui dénouaient leurs corolles et semaient leurs pétales sur son passage. Elle s*arrêta, eut un bâillement» un sourire; et elle demeurait debout en regardant le ciel.

Alors Bouddha jaillit de son côté sans lui faire de blessure : im lotus qui venait de s*épanouir le recueillit dans son calice» et pour le bercer» se balança sur sa tige. Des eaux tièdes et parfumées sortirent de la roche. Un parasol se détacha de la nue et couvrit Siddhârta. Des abeilles vinrent déposer le miel sur ses lèvres» et des colombes lui apportaient le froment trituré. Une lumière blanche revêtait le dieu de langes impalpables.

L'épîphanie s'étant révélée, toutes les choses se murent à nouveau* Les astres reprirent leur place dans k firmament et continuèrent leur course isamuable, Lm dieux rentrèrent dans Tonde et Tarbre, dans Tair et le vent Les fleuv<^ recommencèrent leur marche lente et sublime entre

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rives populeuses. Tous les animaux s'agenomllèrenl, frappant du front le sol, par trois fois, et se dispersant ensuite de tous côtés, ils reprirent leurs travaux et leurs luttes, au nom des saintes ÎCHS de Texistence, Seul, le miracle végétal subsista, et les fruits et les fleurs renaissaient à mesure qu*on en dépouillait les branches.

Les hommes, de tous les points de TAsie» s*acheminèrent vers l'Enfant qui venait de naître, mais possédait la sagesse immobile.

Des plus lointaines provinces, des rives océaniques, les cortèges se détachaient et montaient vers Kapîlâ. Tout le pays triangulaire tremblait d'une grande rimieur de foule. Les routes palpitaient sous les roues amassées. D'un bout à l'autre des équipages, les couleurs et les musiques flamboyaient. La soif du peuple en marche tarissait les fleuves; mais sa faim ne pouvait épuiser la fétondîté des arbres.

Chacun portait les trésors de son foyer. Les villes envoyaient des offrandes sur des palanquins de bois précieux, sur des chars tirés par des vaches blanche : on y voyait d«s statues aux bras mul** tiples, avec leurs gestes d'or, des palmiers aux fibres de bronze, des temples d'ivoire tout bruis* $aivk6 de cloçhettii, #t le relief de la cité, avM em

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jardins, ses maisons et ses pagodes taillés en proportions minuscules dans l'ambre et la sarde. Les guerriers portaient leurs armes, les femmes leurs parures, les vieillards des livres, et les enfants, des rayons de miel. Et toujours, un roi, sur im éléphant chamarré, marchait en tête du cortège.

Quand ils arrivaient devant le palais d*albâtre aux huit mille terrasses, il y avait tant de monde aux alentours et tant de richesses parmi ce monde, que la montagne et ses pentes piétinées par la cohue semblaient une jonchée mouvante de pierreries.

Vers la même époque — car dans Tinfini du temps les siècles n*ont pas de durée — un dieu naissait dans une étable, d'une mère triste et d'un vieillard. On le coucha sur la paille, près d'un âne, d'un bœuf et d'un pourceau. Les bergers des environs apportèrent à ces pauvres gens de quoi boire et manger. Et trois chefs de tribus nomades qui passaient par là, ayant vu luire une comète, «€ souvinrent d'anciennes traditions et apportèrent ce qu'ils avaient : de l'^nceBs. d@ la myrrhe •( un i^u d or.

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