‹ Le dimanche (volume 2)Chapitre 11 sur 29 · LE GUET-APENS · texte numérisé non relu

LE GUET-APENS

.... Eo s'embaïqatnt le loir» ftrm^, cuirassé*.. •

Une clepsydre placée dcms un coin de l'hôtellerie, annonçait qu'il était neuf heures du soir, car Henri de Wick n'avait pas encore orné le Palais de la première horloge que les Parisiens eussent vue. Rasse (ainsi se nommait le damoisel) n'était comparable en rien à ces personnages des romans de chevalerie qui , dédaignant de s'occuper des soins de leur estomac et de leur toilette , parcouraient les bois des mois entiers sans songer à leur diner, ni aux ablutions les plus indispensables , et nonobstant ne cessaient point d'avoir le teint frais et de sentir

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l'ambre. Rasse, dont l'esprit allait terre à terre, matéridisaît singalièretnent l'existence. Ses rqias etce^it de son cheval étaient ponr lui une affaire importante; en arrivant, mettre son petit bagage en état , réparer [e tort que la route avait fait à ses vétemens , rendre au poil de son palefroi le lustre que lui avaient été la poussière et la sueur , aux harnais du fidèle animal leur éclat amorti^ c'étaient des devoirs auxquels il consacrait un temps considérable , ne rougissantpas de se servir lui-même et de manier le seau , Tauge , l'étrille et la brosse. Ses mains blanches mais fortes , un peu calleuses , remuaient aisément les plus lourds fardeaux , et sa jolie figure se colorait d'un incarnat plus vif à la suite de ces pénibles exercices. Au reste , il les abrégeait en entonnant quelques-uns des airs simples , monotones de l'ancienne musique, qui , même pour exprimer le mouvement et la gaieté , pinçait souvent les cordes mélancoliques de l'âme.

Tout en se livrant à ces anti-poétiques occupations , auxquelles dame Gertrade prenait le plus de part qu'elle pouvait , en époussetant , en retapant surtout son chapcl rabougri , Ras8<;

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avait atteint le soir. Il devait oependant sortir encore pour se procurer une armure , et la chose l'embarrassait fort, attendu qu'à neuf heures les boutiques étaient fermées ; en outre il ne savait pas où s'adresser pour être bien servi sans faire une dépense au - dessus de ses moyens. Pariset , domicilié à deux portes de rhôtellerie , offrit de le mener chez un armurier de ses amis, qui lui louerait une panoplie complète à un prix raisonnable , si du moins ce n'était pas s'y prendre trop tard, la veille d'une passe d'armes. A la vérité, il demeurait au delà des ponts, et la prudence déconseillait de s'aventurer au loin à une heure indue. Mais Pariset prenait Rasse de plus en plus en amitié. Baudouin le sénpchal, qui ne lui cédait aucunement sur ce point , voulut sortir en même temps , à condition qu'on le conduirait jusqu'au Palais , où son maître le sire de Gavre était logé et défrayé par le roi , ainsi que le duc d'Athènes , le seigneur d'Ënghien , leurs parens et presque toute leur suite.

Le Palais qui cessa d'être habité par les rois de France seulement sous Charles VU , formait alors une des extrémités de l'ile de la Cité ,

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dont la pointe occidentale fut alongëe lorsqu'au «eizième siècle on construisit le Pont-Neuf, le plus Tieux , je crois ^ des ponts de Paris. Pour ise rendre à cette royale demeure du centre de la Cité, il fallait traverser plusieurs rues étroites , boueuses , mal ou point pavées , d'autant plus obscures qu'elles étaient surplombées par les étagr^s supérieurs des maisons dont quelques-unes communiquaient d'un rang à l'autre par des galeries en bois jetées entr'elles comme un pont. Pariset , en qualité d'habitant de la grande ville et par conséquent d'homme connaissant le pays, marchait en avant avec une lanterne , maître Baudouin que son embonpoint faisait trébucher à chaque pas , s'appuyâîtNIourdement sur le bras de Basse. Celui-ci, par extraordinaire, n'avait point mis le singulier couvre-chef qu'il appelait son talisman ; il lui avait substitué une de ces coiffes de maille que portaient les chevaliers sous leur heaume. Pas une porte n'était ouverte à l'exception de celles des taverniers et des filles folles de leur corps, qui se tenaient sur le seuil , dans leurs plusbeaux atours, et ayant à côté d'elles une petite lampe , afin qu'on les pût voir. De temps

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à autre on entendait le refrain désordonné de quelques ivrognes , lesjnremens des mauvais garçons et des écoliers qui se battaient ou frappaient à coups redoublés sur les portes des paisibles bourgeois afin de les épouvanter. A chacun de ces bruits , Baudouin éprouvait une peur qu'il ne songeait pas à déguiser. Depuis quelques minutes ils n'entendaient plus rien et approchaient des hautes tours du Palais. Mais voilà qu'à Fentrée d'une impasse ou oul-de-sac, qu'on appelait dans ce temps une rue êans chief, ils crurent distinguer les trépignemens de personnes acharnées à lutter entre elles ; puis des gémissemens étouffés , puis tout retombait dans le silence. Pariset vint se plaoer à c6té de Rasse qui tira sa longue épée y tandis que le sénéchal le suppliait de rebrousser chemin. La lune, en ce moment , parut au sommet d'une dieminée , comme un boulet rouge échappé de l'obusier, et laissa tomber quelques rayons très-vifs sur deux hommes qui en chargeaient un autre, après avoir essayé de l'étrangler au moyen d'une corde. En une seconde , Rasse fut sur eux ; il poussa un cri terrible ; l'un des assaillans eut le temps de se sauver, mais son complice reçut un

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Si furieux ooap d*efl4raiiiaçon qu'il tomlM roide mort sur la place. Dans rinterralle , la g;arde du Palais étant aocottrue , manie de flambeaux, l'on aperçut on vieillard, qui d'une main s'efforçait d'arrêter le nœud coulant qu'on lui avait jeté à la gorge, et de l'autre, se défendait intrépidement avec son poignard. Mais déjà il était épuisé , et sans le secours qui lui arrivait û à propos , il allait certainement succomber* Par une rencontre singulière , ce vieillard était le sire de Gavre , le maître même de Baudouin. U conta qu'ayant été promener sur la Inrune dans le jardin du Palais , il avait trouvé , à sa grande surprise , un moine qui autrefois avait habité sa maison en Flandre et exercé une sérieuse influence sur quelques-unes des déterminations les plus importantes de sa vie ; qu'après une reconnaissance où cet individu avait tà<dié de justifier sa conduite passée et fait parade d'un entier dévouement, il avait proposé au sire de Gavre de le suivre dans un lieu voisin pour apprendre des secrets d'où dépendait le salut du comte Louis de Nevers ; que lui , sire de Gavre, n'avait pas balancé, mais qu'arrivé dans une impasse où , du Palais , l'on ne pouvait rien

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discerner , le scélérat lui avait passé traitreu-sèment son cordon autoar de la gorge; aa même instant un homme qui mêlait des blasphème»

prononcés en anglais an nom d'Artevelde , s'était élancé d'une embuscade et l'avait assailli. À ces mots , Rasse saisit une torche, et poussant du pied le visage du mort : « Dieu me pardonne , s'écria*t-il , c'est mon voleur ! désormais nous avons vidé nos comptes. » Baudouin présenta alors son commensal au sire de Gavre qui demanda pardon au damoisel de n'avoir pas commencé, dans son trouble , par lui offrir ses remercimens. Il loua sa présence d'esprit y déclara hautement qu'il lui devait la vie et l'invita avec instance à l'accompagner au Palais pour y recevoir le prix de sa belle action. Rasse qui croyait n'avoir rien fait que de trèsnaturel , et qui , malgré ses manières simples et modestes, nourrissait au fond du cœur la fierté d'un vrai gentilhomme, protesta qu'il était trop récompensé en conservant au comte de Flandre un de ses plus dignes chevaliers , dont il avait appris dès l'enfance à respecter le nom* et la bravoure. Le sire de Gavre charmé, de sa répartie, l'engagea du moins à accepter quelques

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rafraicliissemens , mais Rasse s^excnsa de rechef sur la nécessité où il était d'aller chercher une armure pour le tournoi du lendemain. «Une armure, reprit le noble vieillard, oh! pour cette fois tous ne me refuserez pas ; j*en ai une à votre disposition; elle est justement à votre taille, et si vous le permettez j'y joindrai les bardes nécessaires à votre cheval , à moins que vous n'acceptiez un des miens. 11 faudra bien au surplus que vous approuviez cet arrangement, car à l'heure qu'il est, il n'y a pas une boutique d'armurier qui ne soit dégarnie : vous ne trouveriez pas à vous pourvoir , parce que tout le monde s'est pourvu avant vous. Ainsi donc à moins de renoncer au tournoi, force vous sera de m'obliger encore en souffrant que je vous sois utile à quelque chose. » Le sénéchal et Pariset lui-même appuyèrent l'observation du sire de Gavre. Rasse consentit à user comme d'un prêt, de l'armure et desbardes qu'on lui proposait , ajoutant que quant au cheval , il était accoutumé au sien et ne voulait pas lui faire l'affront de le laisser inactif en un jour solennel. Là-dessus il souhaita le bonsoir au vieux

chevalier, qui lui donna quelques hommes ar-

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mes poar Tescorter ainsi que Pariset , de peur qu'ils ne tombassent à leur tour dans un guetà*peDs. Baudouin le sénéchal resta au palab , parce que son maître avait besoin de «es services.

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